Le SNP réélu, mais sans mandat clair pour relancer la souveraineté écossaise ; entretien avec le politologue Louis Massicotte

En 1999, par l’entremise de la Dévolution, le Parlement britannique a transféré certains pouvoirs à l’Écosse et elle a obtenu son propre parlement. Les champs de compétence de ce dernier sont les suivants : la santé, l’éducation, les services sociaux, la justice, la police, les routes, l’environnement, les transports locaux, l’agriculture, et la pêche. Malgré tout, le gouvernement écossais a déclenché, en 2014, un référendum sur l’indépendance  (avec le consentement de Londres). Le OUI a obtenu 44,7 % des voix et ce fut une courte victoire pour le NON. Depuis ce temps, Londres s’oppose à la tenue d’un deuxième référendum. Les élections écossaises du 7 mai 2026 ont-elles permis au SNP de déclencher le processus référendaire? Je me suis entretenu avec Louis Massicotte, qui est professeur à la retraite de science politique à l’Université Laval et expert de la politique écossaise.

Entretien

Simon Leduc : Quel est le mode de scrutin qui est utilisé lors des élections écossaises?

Louis Massicotte : «C’est un système proportionnel mixte où il y a 73 députés qui sont élus dans des circonscriptions, de façon uninominale comme au Québec, sur 129 au total. Les autres (56) sont choisis sur des listes régionales. Cela permet à un parti d’obtenir une majorité même s’il n’a pas eu 50% des voix. C’est un système qui évite l’écrasement des minorités. »

Le Parti national écossais a remporté les élections et va former un gouvernement minoritaire. Quelles sont vos impressions sur ces résultats?

Louis Massicotte : «Le SNP (le parti indépendantiste) a fait élire 58 députés et il est à sept sièges de la majorité (65). Les cinq partis d’opposition ont recueilli les voix restantes.

Le SNP a été réélu malgré le fait qu’il est au pouvoir depuis 2007. Cela prouve que cette formation politique est très bien implantée dans le paysage politique écossais. Durant son  dernier mandat, le SNP a été touché par des crises politiques importantes. Par exemple, il y a eu un énorme scandale de financement de ce parti politique. Le président du SNP, Peter Murrell, avait collecté de l’argent pour un éventuel référendum. On a découvert qu’il a utilisé une partie de cette somme à des fins personnelles : achat d’une Jaguar et d’un condo. M. Murrrel était l’époux de la première ministre de l’époque, Nicola Sturgeon. Elle a dû démissionner de son poste de première ministre de l’Écosse. Son successeur Humza Yousaf n’a pas réussi à sortir le gouvernement du SNP de sa torpeur. Or, John Swinney a su redresser la situation et permis au SNP d’être réélu. La victoire de ce dernier peut s’expliquer par la chute du Parti travailliste écossais. Le Labour était le parti qui aurait pu remplacer le SNP au pouvoir. Alors, les travaillistes écossais ont beaucoup souffert de leur association avec l’impopulaire gouvernement travailliste de Keir Starmer. Il y a eu une fragmentation du vote des partis d’opposition et cela a favorisé la réélection du SNP.

On ne peut plus affirmer que le SNP est un épiphénomène, car il a réussi à survivre à un énorme scandale politique et il est au pouvoir sans interruption depuis 2007.

D’autre part, il y a eu une percée étonnante du UK Reform de l’Écosse. Nigel Farage dirige ce parti populiste de droite au niveau national. Cette formation politique n’avait pas de sièges au parlement écossais avant les élections. Or, il a réussi à faire élire 17 députés et obtenu 16,65 % des voix. Ce parti profite de l’impopularité du Parti conservateur écossais qui a obtenu seulement 12 élus et 11,79 % des suffrages. Les deux partis traditionnels ont subi des défaites importantes. Les travaillistes écossais sont passés de 22 à 17 élus au parlement écossais. Tandis que les conservateurs ont perdu 19 sièges, passant de 31 à 12 députés. Les deux seules formations politiques d’opposition qui ont fait des gains sont le Parti vert (de 2 à 8 élus) et le Parti libéral-démocrate (de 4 à 10 sièges).»

Est-ce que le Parti national écossais va gouverner l’Écosse avec le soutien du Parti vert?

Louis Massicotte : «Le SNP et le Parti vert sont des alliés naturels car ils partagent une ferveur indépendantiste. Ces derniers ont 73 députés au parlement écossais. Cela représente une bonne majorité. Le premier ministre Swinney a écarté l’idée de négocier avec le UK Reform. Cela ne me surprend pas du tout car le parti de M. Farage est très hostile au déclenchement d’un deuxième référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Je pense que les Verts vont appuyer le gouvernement minoritaire du SNP car ils sont pour la tenue d’un autre référendum.»

Ce résultat va-t-il permettre au gouvernement du SNP de déclencher un référendum sur la souveraineté de cette région du Royaume-Uni?

Louis Massicotte : «Les résultats des élections ne favorisent pas du tout la tenue d’une consultation populaire sur la souveraineté écossaise. Il faut dire que le SNP n’a pas obtenu une majorité de sièges au parlement de l’Écosse. Il faut savoir que celui-ci n’a pas le pouvoir de déclencher un référendum de la seule autorité. Il faut qu’il obtienne le consentement du gouvernement britannique, comme ce fut le cas en 2014. Avec l’accord d’Édimbourg signé le 15 octobre 2012, le gouvernement de Londres avait consenti à donner son appui sur la tenue d’un référendum sur l’indépendance de l’Écosse mais en exigeant une question claire. L’État britannique n’avait pas demandé une majorité claire pour reconnaître une victoire du OUI, contrairement au gouvernement canadien avec sa loi sur la clarté référendaire.

Le soutien au camp du OUI était seulement à 28% dans les sondages. Donc, Londres pensait que le NON triompherait facilement. Mais ce fut plus serré que prévu et le OUI a obtenu 44,7 % des voix. Alors, le gouvernement britannique ne veut pas risquer de perdre un autre référendum.

Ce dernier s’oppose à la tenue d’une nouvelle consultation populaire sur l’avenir de l’Écosse dans le R-U.

Le SNP a dit que cela serait une bonne idée de faire de la prochaine élection britannique en Écosse le test décisif sur la tenue ou non d’un autre référendum. Si le SNP gagnait une majorité de sièges au parlement britannique, il allait obtenir un mandat pour faire l’indépendance. C’est ce que l’ancienne première ministre Sturgeon voulait faire. Cependant, tous les députés de son parti à Westminster étaient contre cette mesure et c’est tombé à l’eau.

Pour conclure, à mon avis, cette élection n’a pas créé une pression politique qui aurait pu convaincre Londres de changer d’idée. Le OUI ne se démarque pas dans les sondages en ce moment. De plus, le Brexit n’a pas donné l’élan souhaité au mouvement indépendantiste. Les Écossais étaient farouchement contre le Brexit. Donc, il n’y a pas de référendum en vue sur la souveraineté de l’Écosse.»

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