Après des mois de signaux contradictoires et de tensions croissantes avec l’industrie automobile, Ottawa s’apprête à entériner un virage majeur de sa politique de transition électrique. Selon des informations rapportées par Nick Murray pour La Presse canadienne, et reprises par Global News, le gouvernement de Mark Carney abandonnera officiellement le mandat fédéral de vente de véhicules électriques (VÉ) au profit d’un nouveau cadre réglementaire axé sur les émissions, intégré à une stratégie automobile nationale qui sera dévoilée sous peu.
Fin du mandat de vente, place aux normes d’émissions
Tel que le rapporte Nick Murray pour La presse canadienne, le gouvernement fédéral prévoit remplacer le mandat de vente de VÉ par des normes d’émissions applicables aux nouveaux véhicules, un modèle inspiré de celui actuellement en vigueur au sein de l’Union européenne. Ces normes, connues sous le nom de corporate average fuel efficiency (CAFE), imposent aux constructeurs une moyenne d’émissions maximale pour l’ensemble de leurs ventes annuelles de voitures et de camionnettes neuves.
Selon la Commission européenne, ce régime aurait permis une réduction de 28 % des émissions des nouvelles voitures particulières entre 2019 et 2024, et de 9 % pour les nouvelles fourgonnettes. Le modèle européen vise ultimement l’atteinte de véhicules à zéro émission d’ici 2035, bien que des révisions proposées en décembre dernier ramèneraient cet objectif à 90 %, laissant une marge de manœuvre pour les hybrides rechargeables.
Des sources gouvernementales citées par La Presse canadienne affirment que le cadre canadien chercherait à s’approcher des réductions d’émissions prévues dans le mandat initial, sans toutefois imposer une cible de ventes aussi rigide.
Un mandat devenu politiquement et économiquement intenable
Le précédent gouvernement libéral avait fixé une trajectoire ambitieuse : 20 % des ventes de véhicules neufs en VÉ dès 2026, pour atteindre 100 % en 2035. Or, comme le rappelle Global News, ce mandat a été mis sur pause dès septembre dernier par le gouvernement Carney, officiellement afin de procéder à une révision de 60 jours et d’offrir une bouffée d’oxygène au secteur automobile, fragilisé par la guerre commerciale avec les États-Unis.
Les constructeurs automobiles faisaient pression depuis des mois pour l’abandon pur et simple du mandat, soutenant qu’il était redondant compte tenu des autres politiques climatiques déjà en place, et surtout déconnecté de la réalité du marché, des chaînes d’approvisionnement et de la demande des consommateurs.
Cette décision s’inscrit également dans un contexte politique plus large, marqué par les critiques répétées du premier ministre ontarien Doug Ford, qui réclamait le retrait des mandats VÉ, notamment après l’annonce d’ententes fédérales facilitant l’entrée de véhicules fabriqués en Chine sur le marché canadien.
Retour des rabais à l’achat : un signal attendu par le marché
Toujours selon Nick Murray pour La Presse canadienne, Ottawa s’apprête aussi à relancer le programme d’incitatifs à l’achat de véhicules zéro émission (iZEV), suspendu l’an dernier après l’épuisement de son enveloppe de plus de 3 milliards de dollars. Le gouvernement offrirait à nouveau des rabais allant jusqu’à 5 000 $ pour les véhicules entièrement électriques, et 2 500 $ pour les hybrides rechargeables.
Les véhicules hybrides conventionnels ne seraient toutefois plus admissibles aux rabais directs, bien que les constructeurs puissent obtenir des crédits d’émissions pour leur vente. Cette nuance marque un glissement clair : l’État ne subventionne plus indistinctement toutes les technologies intermédiaires, mais cherche à les intégrer dans une logique comptable de conformité environnementale.
Des ministres avaient promis, durant et après la dernière campagne électorale, de ramener ces incitatifs, sans jamais en préciser l’échéancier — une incertitude qui, selon des concessionnaires cités par Global News, a lourdement pesé sur les ventes, plusieurs consommateurs préférant attendre le retour des rabais avant d’acheter.
Des ventes en reprise… mais loin des cibles politiques
Les données les plus récentes de Statistique Canada, citées par La Presse canadienne, montrent que les véhicules électriques représentaient 11,3 % des ventes de véhicules neufs en novembre 2025. Un chiffre en hausse par rapport aux mois précédents, mais encore bien en deçà des objectifs initiaux du mandat fédéral.
À titre de comparaison, les ventes avaient culminé à 18,29 % en décembre 2024, juste avant la suspension du programme iZEV. Cette volatilité illustre à quel point le marché demeure dépendant des signaux gouvernementaux — et souligne les risques d’une transition forcée, mal synchronisée avec les capacités industrielles et le pouvoir d’achat des ménages.
Une transition moins idéologique, plus pragmatique?
En renonçant au mandat de vente obligatoire tout en maintenant des objectifs d’émissions et des incitatifs ciblés, le gouvernement Carney semble chercher un compromis entre ambition climatique et réalisme économique. Reste à voir si ce nouveau cadre saura réellement concilier réduction des émissions, souveraineté industrielle et acceptabilité sociale — ou s’il ne s’agit que d’un repli tactique, dicté par les contraintes du moment plutôt que par une vision cohérente à long terme de la mobilité au Canada.



