Policiers corrompus : des fuites internes auraient alimenté des fusillades dans la région de Toronto

Depuis des années, les autorités canadiennes affirment que le crime organisé cherche à infiltrer les institutions publiques. L’enquête dévoilée jeudi par la police régionale de York donne à cette inquiétude une matérialité troublante : des agents assermentés, chargés de faire respecter la loi, sont désormais accusés d’avoir activement contribué à des actes violents en fournissant des informations sensibles à des réseaux criminels.

Selon Global News, qui rapporte l’affaire sous la plume de la journaliste Gabby Rodrigues, sept policiers du Service de police de Toronto ainsi qu’un policier retraité ont été accusés à l’issue d’une vaste enquête pour corruption et criminalité organisée. Les accusations découlent d’une opération baptisée Project South, menée par la York Regional Police, et qui aurait mis au jour un réseau de fuites d’informations ayant mené directement à des fusillades, des tentatives d’homicide et du trafic de stupéfiants.

Des informations confidentielles utilisées pour cibler des victimes

Lors d’une conférence de presse tenue jeudi, le chef de la police régionale de York, Jim MacSween, a expliqué que les enquêteurs allèguent que des policiers torontois ont accédé illégalement à des bases de données policières contenant des renseignements personnels confidentiels. Ces informations auraient ensuite été transmises à des criminels qui les ont utilisées pour commettre des actes de violence, dont plusieurs fusillades.

« Ces renseignements ont été acheminés vers des réseaux criminels qui ont ensuite perpétré des fusillades et d’autres crimes violents », a déclaré MacSween, propos rapportés par Global News. Il a qualifié ces révélations de « choquantes » et « totalement inacceptables », insistant sur le fait que la corruption n’a « aucune place dans le maintien de l’ordre ».

Une enquête déclenchée par un complot de meurtre

Toujours selon Global News, le sous-chef Ryan Hogan a détaillé l’origine de l’enquête, qui remonte à juin 2025. Les policiers soupçonnent alors l’existence d’un complot visant à assassiner un employé d’un établissement correctionnel ontarien. Sur une période d’environ 36 heures, plusieurs suspects se seraient rendus à au moins trois reprises au domicile de la cible, dans la région de York, avec l’intention alléguée de la tuer.

Les images de vidéosurveillance montrent, selon Hogan, des individus masqués et armés autour de la résidence. À un moment donné, un véhicule de police stationné dans l’entrée aurait même été volontairement embouti. Ces événements ont mené les enquêteurs à soupçonner l’existence de complicités internes, soupçons qui se sont renforcés au fil de l’enquête.

Des liens directs avec des réseaux criminels

Les autorités allèguent que le constable Timothy Barnhardt aurait consulté illégalement des informations confidentielles concernant la victime visée, avant de les transmettre à Brian DaCosta, décrit par la police comme une figure centrale d’un réseau criminel opérant dans la grande région de Toronto et entretenant des liens internationaux.

Ryan Hogan affirme que ces renseignements ont ensuite circulé dans d’autres réseaux criminels « presque en temps réel », entraînant une série d’actes criminels, dont des extorsions, des vols commerciaux et pas moins de sept fusillades sur le territoire de York. Global News rapporte également que le constable Elias Mouawad aurait transmis des informations confidentielles à deux autres suspects afin de soutenir des activités illicites.

L’enquête allègue en outre que le constable John Madeley (fils) et son père, le constable retraité John Madeley (père), auraient eux aussi accédé et diffusé illégalement des renseignements protégés.

Drogue, pots-de-vin et protection policière

Selon les informations rapportées par Global News, Brian DaCosta serait impliqué dans une opération sophistiquée de trafic de drogue, incluant l’exportation de cannabis et de fentanyl, ainsi que l’importation de cocaïne. Les enquêteurs soupçonnent également un vaste réseau de distribution locale de cannabis, de cocaïne et de méthamphétamine.

Quatre policiers en service — Timothy Barnhardt, le sergent Robert Black, le constable Saurabjit Bedi et le sergent Carl Grellette — sont accusés d’avoir accepté des pots-de-vin en échange d’une protection contre les enquêtes policières visant des dispensaires de cannabis illégaux associés à DaCosta.

Un autre policier, le constable Derek McCormick, a pour sa part été arrêté relativement au vol de biens personnels dans une installation policière, incluant des permis de conduire, des cartes de santé et des passeports. Une quantité importante de ces documents aurait été récupérée.

Une enquête hors norme et des répercussions institutionnelles

Ryan Hogan a qualifié Project South de l’une des enquêtes « les plus complexes et les plus difficiles » de ses 28 années de carrière, précisant que plus de 400 policiers ont été mobilisés. En plus des agents de police accusés, 19 autres suspects, dont deux mineurs, ont également été arrêtés et inculpés dans le cadre de l’opération.

Présent à la conférence de presse, le chef du Toronto Police Service, Myron Demkiw, a reconnu le caractère « douloureux et déstabilisant » de l’affaire. Il a affirmé avoir collaboré pleinement avec les autorités dès qu’il a été informé de l’enquête. Les sept policiers accusés ont été suspendus, et des démarches sont en cours pour que certains le soient sans solde.

« Le crime organisé est corrosif, et il a infecté notre service », a déclaré Demkiw, selon Global News, tout en soulignant que ces accusations ne représentent pas les plus de 8 000 membres du service.

Une confiance ébranlée

Au-delà des procédures judiciaires à venir, cette affaire soulève une question fondamentale : celle de la confiance du public envers les institutions chargées de le protéger. Les allégations, si elles sont prouvées devant les tribunaux, révèlent non seulement des dérives individuelles, mais aussi la capacité du crime organisé à exploiter des failles internes avec des conséquences directes et violentes pour la population.

Comme le rappelle Global News, les accusés devront maintenant répondre de leurs actes devant les tribunaux. Pour les services policiers, le défi sera double : assurer que justice soit faite, tout en restaurant une crédibilité mise à rude épreuve par l’une des affaires de corruption policière les plus graves des dernières années au Canada.

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