La nouvelle est tombée comme une confirmation brutale de ce que plusieurs observaient déjà depuis des années : Postes Canada a enregistré une perte record de 1,57 milliard de dollars en 2025. Un déficit historique, rapporté notamment par Catherine Morrison pour La Presse Canadienne, qui ne constitue pas une anomalie, mais bien l’aboutissement logique d’un lent effritement.
Depuis longtemps, nous documentons à Québec Nouvelles la perte de rentabilité chronique de la société d’État, ses conflits de travail à répétition et l’érosion progressive de sa crédibilité. Le bilan de 2025 ne fait que cristalliser ces dynamiques.
Un modèle économique dépassé par la réalité
Le cœur du problème demeure structurel. Le modèle historique de Postes Canada repose sur le courrier traditionnel — un marché en déclin constant depuis l’avènement du numérique. Comme le rapporte La Presse Canadienne, l’entreprise accumule désormais plus de 5 milliards de dollars de pertes depuis 2018.
Certes, la croissance du commerce en ligne aurait pu offrir une planche de salut. Mais même sur le marché des colis, la société d’État peine à s’imposer. En 2025, le volume de colis a chuté de 79 millions d’articles, soit une baisse de 32,6 %. Une donnée majeure, qui contredit directement l’idée selon laquelle la transition vers la livraison de colis compenserait automatiquement la disparition du courrier.
Comme le souligne David Descôteaux dans le Journal de Montréal, la concurrence accrue et les nouvelles habitudes de consommation ont profondément transformé le secteur. Les joueurs privés, plus flexibles, plus rapides et moins contraints, captent une part croissante du marché.
Grèves, incertitude et perte de confiance
Mais au-delà des mutations économiques, un facteur revient constamment : l’instabilité interne.
Les tensions entre Postes Canada et le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes durent depuis plus de deux ans. Grèves, menaces de débrayage, négociations tendues — tout cela a contribué à miner la confiance des clients.
La société d’État elle-même reconnaît que « l’incertitude liée à la main-d’œuvre » a lourdement pesé sur ses résultats en 2025. Une réalité que nous avons déjà soulignée à maintes reprises : dans un marché concurrentiel, la fiabilité est essentielle. Or, chaque conflit social pousse les entreprises et les particuliers à se tourner vers des alternatives plus prévisibles.
Le paradoxe est frappant. Alors que 60 % du conseil syndical appuie la nouvelle convention collective, la présidente du syndicat appelle à son rejet, au nom de la protection des conditions de travail. Pendant ce temps, les employés votent également sur un mandat de grève — signe que l’instabilité pourrait se prolonger.
Une transformation inévitable… et douloureuse
Face à cette situation, Postes Canada évoque désormais ouvertement la nécessité d’une transformation en profondeur. Et les mesures envisagées sont loin d’être anodines.
La conversion de près de quatre millions d’adresses vers des boîtes aux lettres communautaires, la fermeture progressive de bureaux de poste, y compris en zones rurales, et la modernisation du réseau témoignent d’un virage majeur.
Ces changements s’inscrivent dans la foulée des réformes annoncées par Ottawa, qui a levé certaines restrictions réglementaires pour permettre à la société d’État de s’adapter. Mais ils soulèvent aussi des inquiétudes, notamment pour les régions moins bien desservies.
Derrière ces décisions, une réalité s’impose : le modèle universel de livraison quotidienne à domicile, tel qu’il existait, n’est plus soutenable financièrement.
Une facture refilée aux contribuables
Car contrairement à une entreprise privée, Postes Canada ne peut pas simplement disparaître. Comme le rappelle le Journal de Montréal, la société a déjà dû bénéficier d’injections de fonds dépassant le milliard de dollars pour maintenir ses opérations.
Autrement dit, les pertes ne s’évaporent pas : elles sont absorbées par l’État.
Et c’est là que le débat devient politique. Jusqu’où les contribuables doivent-ils financer un modèle devenu obsolète ? À quel moment la réforme devient-elle inévitable, voire urgente ?
Une crise que l’on voyait venir
Le déficit de 1,57 milliard ne doit pas être interprété comme un choc isolé, mais comme un point de bascule.
Entre la chute du courrier, la concurrence féroce dans les colis, les coûts d’exploitation élevés et les conflits de travail récurrents, Postes Canada semble engagée dans une spirale difficile à inverser.
Depuis des années, les signaux d’alerte s’accumulaient. En 2025, ils convergent enfin en une réalité impossible à ignorer.
La question n’est plus de savoir si le modèle doit changer — mais comment, et à quel prix.



