L’Agence France-Presse rapportait hier que la production d’énergie issue du charbon en Chine a connu une forte hausse au premier semestre 2025, alors même que le pays battait des records mondiaux en matière de solaire et d’éolien. Cette « double face » de la Chine – à la fois premier pollueur et leader en énergie verte – prête à confusion. Beaucoup d’écologistes croient qu’il s’agit d’une simple étape : si les renouvelables progressent, disent-ils, ce n’est qu’une question de temps avant qu’elles remplacent les énergies fossiles. Or, c’est méconnaître une distinction fondamentale : les filières énergétiques ne concernent pas les mêmes usages ni les mêmes secteurs.
Une transition à deux vitesses : le cas québécois
Au Québec, l’exemple est parlant. La transition énergétique est relativement facile dans le secteur résidentiel, où le chauffage électrique domine déjà. Mais dans l’industrie lourde, la situation est tout autre. Des géants comme Rio Tinto, Parachem et ArcelorMittal, membres de l’Association des consommateurs industriels de gaz naturel, préviennent qu’ils auront encore besoin du gaz pour « 40 à 50 ans ». Comme l’expliquait Hélène Baril dans La Presse l’an passé, la réduction rapide de la consommation résidentielle et commerciale provoque une « spirale de la mort » pour le réseau gazier d’Énergir : moins de volume, mais des tarifs de plus en plus élevés pour les grands industriels qui restent captifs.
Dans l’un de mes articles à l’époque, je rappelais que la capitulation d’Énergir face aux objectifs gouvernementaux frise l’absurde : la société se montre résignée à perdre 50 % de son volume, à verdir artificiellement une partie de son approvisionnement avec du gaz renouvelable sept fois plus cher, et à refiler la facture aux industriels. Résultat : ceux-ci risquent de voir leurs coûts exploser alors qu’ils n’ont aucune alternative immédiate.
Retour à la Chine : le charbon comme colonne vertébrale industrielle
La situation chinoise illustre la même mécanique, mais à une échelle gigantesque. Comme le souligne le rapport du CREA et du Global Energy Monitor, Pékin a ajouté 21 GW de charbon au premier semestre, lancé 75 GW de nouveaux projets et redémarré l’équivalent de toute la flotte sud-coréenne. En parallèle, le pays installe des capacités solaires record – 212 GW en six mois, davantage que tout le parc américain accumulé en 2024.
Mais ces deux tendances ne se compensent pas : elles répondent à des réalités distinctes. Le solaire et l’éolien alimentent surtout la croissance de la demande résidentielle et commerciale. Le charbon, lui, reste incontournable pour l’industrie lourde – sidérurgie, ciment, aluminium, chimie – qui carbure à une échelle colossale et pour laquelle aucune solution électrique n’est encore compétitive. Comme au Québec, le temps industriel n’est pas le temps résidentiel.
Une opportunité d’affaire pour le gaz naturel canadien
C’est ici que se dessine la dimension géopolitique. Tant au Québec qu’en Chine, les industriels demeurent captifs d’une énergie fossile dont le coût ou les émissions deviennent insoutenables. Pour l’Asie, le gaz naturel liquéfié reste une voie de sortie réaliste : il réduit immédiatement les émissions par rapport au charbon, peut s’intégrer rapidement dans les réseaux existants et répond à des besoins industriels que les renouvelables ne peuvent combler seuls.
Le Canada, riche en gaz et doté d’un accès potentiel aux marchés asiatiques via la côte Ouest, a donc un argument stratégique solide : proposer une alternative transitoire qui allie réduction d’émissions, sécurité énergétique et compétitivité industrielle.
La fin des illusions : la transition est inégale
La leçon est claire : confondre la progression des énergies vertes dans le résidentiel avec la transformation de l’industrie est une erreur. En Chine comme au Québec, la transition est à deux vitesses. Le résidentiel peut s’électrifier rapidement, mais l’industrie lourde demeurera fossile encore plusieurs décennies. Cela impose un choix : soit ignorer cette réalité et fragiliser nos industries, soit l’assumer et planifier un avenir où le gaz naturel joue encore un rôle stratégique.



