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Qu’est-ce que le sanitarisme ? | Entrevue avec Jérôme Blanchet-Gravel

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Entrevue avec Jérôme Blanchet-Gravelessayiste, journaliste et chroniqueur.

Québec Nouvelles: Comment définissez-vous le sanitarisme ?

JBG: Le sanitarisme est une nouvelle idéologie qui fait du risque zéro une nouvelle utopie. Il est très important de le saisir. L’ajout du sanitarisme à la grande famille des idéologies (socialisme, anarchisme, libéralisme, conservatisme, fascisme, écologisme, multiculturalisme, etc.) ne peut qu’être déterminant pour l’avenir de nos sociétés, compte tenu de la grande influence qu’ont sur elles ces systèmes de pensée. Un nouveau modèle de sociétés est né: c’est loin d’être banal.

Le sanitarisme vise la protection quasi absolue des gens face au Covid-19 et peut-être aussi face à d’autres virus et maladies contagieuses dans l’avenir. Il subordonne les autres grands enjeux à une lutte contre cet ennemi invisible –du moins il en fait des thèmes secondaires–, mettant au service de ses objectifs un grand nombre d’institutions publiques et d’entreprises. Que la pandémie soit bien réelle ne change rien au caractère doctrinal de ce sanitarisme. L’existence tout aussi réelle d’inégalités sociales n’a pas empêché le communisme de verser dans l’excès et d’emporter plusieurs pays dans sa folie totalitaire.

Québec Nouvelles: Y’a-t-il des ressemblances entre le wokisme et le sanitarisme?

JBG: Les ressemblances sont nombreuses. Le wokisme vise à libérer la société de toutes les formes d’oppressions patriarcales et «coloniales» imaginables, tandis que le sanitarisme vise à la délivrer des moindres traces du virus. Tous deux sont traversés par une volonté de purification ne pouvant se traduire politiquement que par de fortes tendances autoritaires.

Ces deux idéologies sont fondées sur la logique du safe space, c’est-à-dire sur cet espace à 100% sécuritaire qui ne relève bien sûr que de l’imaginaire. La sécurité absolue est un idéal dangereux et inatteignable. Il s’agirait d’étendre la zone de confort des individus le plus loin possible, comme si nos États n’avaient plus d’autres fins que d’assurer la sûreté de nos petits êtres fragiles. Leur sécurité sanitaire, écologique, psychologique et économique. À l’échelle du monde, le Canada est d’ailleurs nettement à l’avant-garde de ce sécuritarisme.

Plus concrètement, on peut voir que les deux courants de pensée utilisent les mêmes stratégies pour assurer leur hégémonie. C’est du pareil au même. Au Québec, le traitement réservé récemment au comédien Guillaume Lemay-Thivierge en témoigne inéluctablement. Culture de l’annulation, censure, stigmatisation, désignation de boucs émissaires (de l’homme blanc qu’il faut déboulonner au non-vacciné qu’il faut congédier), le wokisme et le sanitarisme sont des alter ego. Dans notre Belle Province, je m’étonne d’ailleurs de voir autant de critiques du wokisme ne pas réaliser qu’ils partagent finalement une psychologie commune avec leurs adversaires. C’est notamment le cas de notre distingué premier ministre François Legault.

Québec Nouvelles: Comment expliquer toutes ces attaques médiatiques contre les non-vaccinés?

JBG: La haine envers les non-vaccinés témoigne de la part d’irrationnel propre à toute idéologie. Dans les États comme le Canada et l’Australie où il se déploie avec le plus de zèle, le sanitarisme n’est même plus si éloigné d’une religion politique, c’est-à-dire d’une quasi-religion avec ses clercs et son orthodoxie. De manière métaphorique, le vaccin est devenu un sacrement, le baptême que reçoivent les citoyens voulant embrasser la foi en un monde délivré du Mal virologique et de ses irresponsables représentants. On dirait aussi qu’il y a dans cette haine les restes d’une société qui n’a au fond jamais réussi à atteindre le niveau de tolérance qu’elle s’était donnée comme objectif. Comme si à défaut de pouvoir discriminer sur une base raciale et religieuse, il avait fallu qu’elle se trouve une cible plus politiquement correcte, de manière à déverser sur elle toute sa frustration accumulée.

Je ne suis pas du tout contre le vaccin, mais il est important de souligner qu’il y a dans la vaccination obligatoire une rupture avec la conception du corps entretenue en Occident depuis plusieurs dizaines d’années. Une rupture avec l’idée de ce corps privé, intime et personnel que les féministes et le rapport moderne à la sexualité (sans oui c’est non) ont beaucoup renforcé. Il y a dans cette absence de choix l’idée que votre corps ne vous appartient plus en entier: il serait aussi la propriété de l’État. Nous sommes ici devant le biopouvoir théorisé par Michel Foucault. Avant de dénigrer tous les «anti-vaccin» du monde, il faudrait au moins que leurs détracteurs comprennent ce bouleversement.

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