Radicalisation frériste : des activités inquiétantes observées au Collège Vanier

Une source anonyme au sein du Collège Vanier, à Montréal, a exprimé de vives préoccupations à Québec Nouvelles concernant la nature de certaines activités islamiques tenues récemment dans l’établissement. Selon elle, des événements organisés sous l’égide de clubs étudiants musulmans et pro-palestiniens révèleraient une orientation islamiste préoccupante, évoquant une possible influence de la mouvance des Frères musulmans.

Ces inquiétudes s’inscrivent dans un contexte plus large de recrudescence du militantisme politique et religieux sur les campus, notamment depuis les attaques du 7 octobre en Israël. Le Collège Vanier serait, selon cette source, l’un des nombreux établissements où des groupes étudiants adoptent une rhétorique de plus en plus islamiste et rigoriste.

Documents à teneur religieuse et séparations genrées

Parmi les éléments ayant suscité ses préoccupations, la source mentionne un pamphlet distribué à l’intérieur du collège, qu’elle affirme avoir été réalisé « en association avec l’université Al-Azhar », au Caire. Rédigé en anglais, le document présente les principes religieux entourant le port du hijab dans une forme pédagogique, mais doctrinale. L’Université Al-Azhar, bien qu’institution de référence dans le monde sunnite, est aussi identifiée par plusieurs chercheurs comme l’un des vecteurs idéologiques historiques de la mouvance des Frères musulmans, notamment à travers certains de ses courants les plus conservateurs.

Le pamphlet prosélyte conçu en collaboration avec l’Université Al-Ahzar, reconnue comme pôle d’influence frériste.

Toujours selon les observations recueillies, des événements ont été organisés avec une séparation explicite entre les hommes et les femmes, tant dans l’aménagement de l’espace que dans l’accès à certaines activités ou zones de prière improvisées. Certaines affiches annonçant ces événements faisaient également mention de Jérusalem comme « capitale de la Palestine », dans un langage souvent plus politique que pédagogique.

Une publication de l’Organisation palestinienne du Collège de Vanier (Ardouna Palestinian Association) sur instagram

La source interrogée ne conteste pas le droit des étudiants à se réunir, à pratiquer leur religion ou à s’engager politiquement, mais s’interroge sur l’absence de regard critique ou de cadre clair entourant ces activités. Elle craint que des concepts religieux ou militants ne soient introduits sans filtrage dans un environnement éducatif où le pluralisme et la neutralité devraient prévaloir.

Des activités réservées strictement «aux frères» d’un côté et «aux soeurs» de l’autre.

Des préoccupations plus larges depuis le 7 octobre

Depuis les attaques terroristes du 7 octobre 2023 menées par le Hamas contre Israël, plusieurs services de renseignement occidentaux, dont le SCRS et la GRC, ont fait état d’une recrudescence de l’extrémisme idéologique, en particulier dans les milieux étudiants. La GRC rapportait en décembre une série d’arrestations liées à des projets d’attentats contre la communauté juive, impliquant notamment des adolescents.

Dans les mois qui ont suivi, plusieurs universités canadiennes ont été le théâtre de campements et d’occupations pro-palestiniennes, souvent organisées par des associations étudiantes telles que SPHR (Solidarity for Palestinian Human Rights). À McGill, des publications publiques de ces groupes faisaient directement référence à des figures de la révolution maoïste et aux fedayins du Fatah, dans ce qui fut présenté comme un « camp d’éducation révolutionnaire » pour la jeunesse.

Si ces associations ne sont pas directement liées à celles de Vanier, plusieurs observateurs notent une parenté idéologique, sinon organisationnelle, dans les mots d’ordre, les références et les modèles de mobilisation.

L’influence des Frères musulmans au Canada

Au Canada, plusieurs organismes ont été identifiés par les services fiscaux et de renseignement comme étant liés, directement ou indirectement, à la mouvance des Frères musulmans, notamment par le biais de financements ou de formations idéologiques. L’Association musulmane du Canada (MAC), par exemple, a fait l’objet d’un audit du fisc fédéral en raison de liens présumés avec des réseaux affiliés au Hamas. Dans une lettre rendue publique en 2021, les autorités fiscales ont évoqué des transferts de fonds et des influences idéologiques jugées préoccupantes.

Dans ce contexte, la réapparition sur les campus de documents ou d’activités qui s’inspirent de figures ou d’institutions associées à cette mouvance suscite une vigilance croissante. Le fait que des clubs étudiants se réclament implicitement d’Al-Azhar ou reprennent des pratiques genrées rigides contribue à alimenter les inquiétudes d’enseignants, de parents et d’administrateurs.

Une convergence militante aux accents explosifs

L’un des éléments les plus troublants pour la source ayant contacté Québec Nouvelles est que certaines de ces activités ne sont pas uniquement organisées par des étudiants, mais bénéficient d’un appui institutionnel indirect.

« Dans le dernier cas, il s’agit de l’association des étudiants musulmans qui organise une activité avec la partie autochtone des services aux étudiants. En d’autres termes, ce ne sont pas seulement les étudiants qui organisent des activités de ce type, comme le prétend l’école, mais les services aux étudiants, qui font partie du collège. »

Cette coopération entre la MSA et les services étudiants autochtones du collège révèle un glissement plus profond : celui de l’alignement croissant entre les causes pro-palestiniennes et certains courants militants autochtones. Bien que distinctes dans leurs revendications historiques, ces luttes tendent à se rejoindre dans une grille d’analyse décoloniale commune, souvent accompagnée d’une rhétorique antisioniste ou anti-occidentale agressive.

Un évènement-diffusion de cinéma militant organisé par des professeurs du collège dans le but d’établir un lien entre la Crise d’Oka et la cause palestinienne.

La source note que les étudiants sont « exposés aux événements en cours par la télévision et les médias sociaux », ce qui favorise, selon elle, une importation brutale de récits polarisés. Des récits qui, dans leurs versions extrêmes, s’accompagnent parfois de visuels explicites : kalachnikovs brandies par des fedayins, visages de martyrs affichés comme modèles à suivre, glorification du combat armé.

Une autre publication de l’Association palestinienne du collège Vanier (Ardouna Palestinian Association) tentant de faire un parallèle culturel entre autochtones et palestiniens.

Qu’il s’agisse de figures du Fatah en Palestine ou de guerriers autochtones dans les manifestations de blocage, ces imageries véhiculent une esthétique de la lutte qui dépasse largement la simple solidarité symbolique. Elles participent à une culture politique où la radicalité visuelle et l’idéologie du sacrifice deviennent des traits communs à plusieurs mouvements.

Comme le rappelle la militante pour le droit des femmes et critique de l’islamisme Mandana Javan :

«Le point idéologique commun dans toutes ces luttes révolutionnaires est le désire de combattre pour se venger de l’Occident, qui est représentant de l’Impérialisme, du colonialisme, de l’État d’Israël, du capitalisme, etc. C’est toujours une question d’aller chercher les groupes qui ont du potentiel, qui sont frustrés et complexés pour diverses raisons […] et les faire embarquer comme des soldats innocents aux lignes de fronts…»

Dans ce contexte, la situation du Collège Vanier, si elle peut sembler marginale, mérite une attention sérieuse. Car là où l’éducation devrait promouvoir l’esprit critique et la mise à distance des extrêmes, on voit désormais apparaître des jonctions idéologiques dont les ramifications ne sont pas sans danger.

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