D’après un article de Beatriz Ferreira publié sur Now Toronto le 23 juillet 2025
Alors que de nombreuses entreprises canadiennes annoncent le retour obligatoire au bureau (RTO), les réactions en ligne oscillent entre incrédulité et exaspération. Comme le montre Beatriz Ferreira dans son article, plusieurs employés dénoncent une gestion déconnectée des réalités post-pandémie, dans des bureaux souvent inadaptés à cette transition.
Les grandes banques donnent le ton
En juin, la Banque Royale du Canada (RBC) a exigé de ses employés qu’ils reviennent travailler en présentiel quatre jours par semaine à compter de septembre. Un porte-parole de la RBC affirme que cette décision découle de leur volonté de préserver une culture d’entreprise basée sur la « connexion humaine », ajoutant que le succès à long terme passe par la collaboration en personne.
Dans la foulée, la Banque Scotia a annoncé des mesures similaires, bien qu’assujetties aux disponibilités immobilières : certaines équipes passeront progressivement à quatre jours de présence hebdomadaire, tandis que d’autres resteront partiellement en télétravail selon les contraintes logistiques et les rôles occupés.
Des bureaux mal préparés pour un retour en force
Malgré les ambitions de ces entreprises, Beatriz Ferreira souligne que de nombreux Canadiens doutent de la capacité réelle des bureaux à accueillir convenablement les employés. Les témoignages recueillis, notamment sur Reddit, font état de situations absurdes et contre-productives.
Un employé rapporte avoir été critiqué par ses collègues pour avoir pris des appels à son bureau, tout en étant aussi réprimandé lorsqu’il les prenait dans la cuisine. Un autre se plaint de la perte de productivité causée par l’absence de postes attitrés : il devait parfois changer de place après être allé aux toilettes. « Le retour au bureau, c’est une vraie blague », affirme-t-il.
D’autres remettent en question la nécessité même de revenir, surtout lorsque le travail se fait principalement en ligne. « Si c’est pour passer ma journée sur Zoom, autant rester chez moi », note un autre utilisateur. Plusieurs dénoncent un management toxique ou microgestionnaire, en perte de contact avec les réalités du monde du travail actuel.
Une culture de travail à redéfinir
Vanessa Salopek, partenaire exécutive chez Salopek HR, insiste dans l’article sur la nécessité pour les entreprises de s’adapter aux nouvelles dynamiques du travail. Elle rappelle que la pandémie a profondément modifié les habitudes professionnelles : les réunions en ligne ont remplacé les discussions en personne, et les espaces de travail ont été réduits pour diminuer les coûts.
« Nous voyons des équipes se battre pour utiliser l’un des rares locaux adaptés aux appels Zoom. D’autres sont reléguées dans les escaliers ou leur voiture, faute d’intimité. Cela pousse les employés à remettre en question l’intérêt de revenir », explique Salopek.
Elle souligne que les entreprises ne doivent pas se contenter d’imposer un retour, mais plutôt concevoir une stratégie claire, repensant l’espace de travail, les attentes et les communications internes. Cela passe par un réaménagement des bureaux, avec des postes suffisants, des lieux adaptés aux appels virtuels et une meilleure gestion des horaires hybrides.
Flexibilité, écoute et cohérence : les clés de la réussite
Selon l’experte, un bon retour au bureau doit être accompagné d’une « réintégration » des équipes et d’expériences sur site qui renforcent la confiance, l’engagement et la cohésion. Il est aussi essentiel de tenir compte des nouvelles priorités des employés, notamment la santé mentale, les responsabilités familiales et le temps de transport.
« Avant, être “au travail” signifiait être physiquement au bureau. Aujourd’hui, les gens définissent leur travail par ce qu’ils font, pas par l’endroit où ils sont. Ils protègent leur temps, leur énergie, et cherchent des employeurs qui offrent de la flexibilité et un réel sens », analyse Salopek.
Elle conclut que les environnements de travail doivent désormais « mériter le déplacement » : un simple retour en arrière vers des structures obsolètes, une technologie vieillissante ou un encadrement oppressant risque de faire fuir les talents.



