D’après un article de Simon Tuck publié dans le National Post le 11 juillet 2025
Selon un sondage mené par la firme Léger et rapporté par Simon Tuck dans le National Post, les priorités des Canadiens ont subi un revirement significatif. La lutte contre les changements climatiques, autrefois au cœur des préoccupations nationales, est désormais reléguée à une place marginale dans l’esprit du public. Seulement 4 % des répondants la considèrent comme le principal défi auquel le pays est confronté aujourd’hui.
Andrew Enns, vice-président exécutif chez Léger, explique que les enjeux économiques dominent désormais les priorités citoyennes. Les relations commerciales et les tensions avec les États-Unis arrivent en tête (20 %), suivies de près par l’inflation (18 %), le logement (11 %), l’état général de l’économie (10 %), les soins de santé (9 %) et l’immigration (6 %). Les changements climatiques, l’endettement public et les impôts ferment la marche, tous ex aequo à 4 %.
Enns souligne qu’en 2019, près de 30 % des Canadiens plaçaient la lutte contre les changements climatiques parmi leurs deux principales priorités. Cette chute spectaculaire en six ans s’explique, selon lui, par un enchaînement d’événements économiques : croissance stagnante, flambée des prix, guerre commerciale avec les États-Unis et crise du logement.
Ce glissement dans l’opinion publique pourrait bien faciliter la tâche du premier ministre Mark Carney. Celui-ci fait face à des pressions croissantes pour revenir sur les politiques environnementales ambitieuses de son prédécesseur Justin Trudeau, telles que le plafonnement des émissions dans le secteur pétrolier, les quotas imposés aux véhicules électriques, l’interdiction des pétroliers au large de la Colombie-Britannique, et l’objectif d’un réseau électrique sans combustibles fossiles.
Brian Lee Crowley, directeur général du Macdonald-Laurier Institute, note que de plus en plus de Canadiens réalisent les coûts des politiques climatiques passées, notamment en ce qui concerne l’exploitation des ressources naturelles. « Ils disent : ce n’est pas un compromis que je veux faire », affirme-t-il.
L’une des premières mesures législatives du gouvernement Carney, la Loi sur l’économie canadienne unifiée, permet d’accélérer les projets d’infrastructure considérés d’intérêt national, en contournant certaines évaluations environnementales. Cette loi, désormais en vigueur, donne des pouvoirs étendus au gouvernement fédéral.
Carney a déjà aboli la portion destinée aux consommateurs de la taxe carbone et se montre ouvert à l’idée d’un nouvel oléoduc. Il a aussi rencontré les dirigeants des grandes entreprises automobiles du pays, qui lui ont demandé d’assouplir ou de repousser les quotas de vente de véhicules électriques.
Enfin, les ministres de l’Environnement de l’Alberta et de l’Ontario ont écrit à Carney pour lui demander de renoncer aux politiques de « carboneutralité », qu’ils jugent néfastes pour la compétitivité et le développement économique du Canada. Crowley conclut que les Canadiens saisissent de mieux en mieux le lien entre prospérité nationale et exploitation efficace des ressources naturelles.



