Marc Miller, l’inimitable ministre de l’identité et de la culture canadienne, toujours dans le cabinet de Mark Carney, a promis une enveloppe budgétaire de 200 millions de dollars pour les entrepreneurs noirs. Prétendant encore une fois combattre le « racisme systémique », cette nouvelle démonstration montre que le vieux fond libéral demeure toujours un puits sans fond de revendications communautaires, au détriment de la cohésion nationale. Au-delà de la division des citoyens selon leur couleur de peau, cela soulève des interrogations quant aux possibles dérives ou problématiques qui pourraient se présenter.
À partir de quel moment est-on considéré comme une personne « noire » ? La personne doit-elle être d’ascendance afro-caribéenne, ou cela inclut-il tous ceux qui ont la peau foncée, y compris certains peuples d’Océanie ou du sous-continent indien ? La question peut faire sourire, mais avec la notion d’auto-déclaration, ce n’est généralement pas au gouvernement ou à l’organisation responsable de vous assigner une origine ethnique : cela relève de votre responsabilité et de votre droit, selon leur conception du monde particulière.
Ainsi, aux États-Unis, de nombreuses femmes en milieu universitaire ont déclaré être « noires », même si elles ne l’étaient manifestement pas, en raison des quotas et des mesures de discrimination positive dans certaines institutions. Certaines n’avaient même aucune origine afro-américaine. Cela fait écho à ce qui se passe au Canada avec les « fauxtochtones », des personnes qui prétendent descendre d’une nation autochtone pour obtenir certains droits et privilèges.
Cela peut aller de l’obtention d’un poste universitaire jusqu’à des remises de peine, voire même un transfert dans une prison moins violente. Plusieurs personnes ont un intérêt à se présenter comme issues d’une minorité jadis discriminée. Or, le Canada a-t-il prospéré pendant des siècles grâce à l’esclavage ? Non, pas vraiment. Il y a eu des esclaves en Nouvelle-France et sous le régime anglais, mais il s’agissait essentiellement de domestiques dans les maisons de certains membres des classes aisées. L’esclavage n’a pas eu le même effet structurant que dans le sud des États-Unis.
De nos jours, l’immense majorité des Noirs au Canada sont issus d’une immigration récente, souvent économique. Il y a aussi des réfugiés, mais généralement, ces personnes viennent ici chercher un meilleur niveau de vie que dans leur pays d’origine. Peut-on parler de « racisme systémique » au Québec, comme le réclament depuis des années des militants racialistes ?
Bien sûr que le racisme existe. À l’échelle individuelle, cela dit. Il n’est pas entériné dans la loi, et c’est même le contraire. Les actes racistes sont condamnés par l’ensemble des partis représentés. Des peines sont prévues pour les cas les plus évidents, notamment des compensations pour des personnes à qui on aurait refusé de louer un logement en raison de leur origine.
Ainsi, pourquoi donner 200 millions de dollars à des entrepreneurs noirs ? Qui peut se déclarer noir ? Comment sont distribuées les subventions ? Et pourquoi parle-t-on de racisme systémique dans un pays qui a fait de la diversité l’une de ses valeurs cardinales, en occultant même les autres ? Particulièrement lorsque l’on sait que la majorité des personnes noires ici sont venues en quête d’une vie meilleure au Canada. Et qu’il est peu probable qu’elles auraient choisi un pays reconnu pour son racisme.
Entreprendre est difficile. Le milieu des affaires est compétitif. Alors, pourquoi les entrepreneurs noirs auraient-ils plus de facilité à obtenir des subventions que les autres ? Pourtant, la pauvreté et le manque d’éducation touchent l’ensemble des groupes ethniques, religieux et linguistiques. Un Québécois en Gaspésie, lui, ne bénéficiera pas de subventions du fédéral, car il est considéré comme un privilégié, même si la caisse la plus proche de chez lui se trouve à 70 km.
Une bien drôle d’époque.



