Le Bye Bye, émission traditionnellement diffusée à Radio-Canada le soir du 31 décembre, a l’habitude de faire couler beaucoup d’encre. Pendant la diffusion même du spécial de fin d’année, les commentaires fusent sur les réseaux sociaux pour critiquer ou souligner les bons moments de l’émission. Or, celui de cette année est différent. Le torchon continue de brûler une semaine après les faits. Faut-il y voir un règlement de comptes entre des politiciens conservateurs et Radio-Canada, ou au contraire un malaise plus profond au sein de la société ?
Mathieu Bock-Côté se surprend lui-même, dans sa chronique au Journal de Montréal, à parler du Bye Bye une semaine après sa diffusion. Pourtant, si les différentes éditions ont chacune connu leur part de polémique, il faut dire que celle de 2025 est probablement la plus controversée — et de loin. Déjà, bon nombre de téléspectateurs estiment que l’humour tombe à plat, que l’on crie beaucoup plus qu’on ne fait rire dans les sketchs.
De plus, les sketchs mettaient surtout en scène des politiciens honnis par ce que l’on qualifie de « clique du Plateau ». Ces artistes occupent des postes confortables à Radio-Canada, alors que la majorité de leurs confrères n’obtiennent des contrats qu’au compte-gouttes et vivent dans la précarité. On y voit Éric Duhaime être ridiculisé, présenté comme un quêteux, un orphelin sans-abri. Or, Duhaime, qu’on le veuille ou non, représente au minimum 15 % de l’électorat québécois. Des gens qui, eux aussi, paient des taxes pour financer ce média d’État canadien.
Paul St-Pierre Plamondon a également eu droit à son moment dans l’émission. Le projet de pays y est présenté comme un rêve, tout en clouant au pilori les minorités critiques à l’égard du Parti québécois. Cependant, rien ne semble égaler le Bye Bye qu’Infoman. Jean-René Dufort, qui a sans doute derrière lui le sommet de sa carrière, est toujours en « bromance » avec les libéraux, particulièrement avec Justin Trudeau. Dans une scène surréaliste, on voit Dufort et Steven Guilbeault au volant d’un pick-up très polluant détruire le chiffre « 2025 » géant sur une piste.
On y présente encore une fois l’immigration comme une évidence, un tabou auquel il ne faudrait surtout pas toucher. Or, que les libéraux qui contrôlent Radio-Canada le veuillent ou non, les Québécois ont envie de parler d’intégration, d’immigration et de laïcité. Même si le débat peut parfois déraper, les Québécois sont généralement capables de nuance et de débattre dans une démocratie qui le permet encore.
Radio-Canada tente de nous vendre mur à mur le drapeau canadien, tout comme le Parti libéral. Le parti pris de la société d’État est évident. Heureusement, les citoyens ne sont plus captifs, comme autrefois, d’une culture formatée et d’une propagande grossière. Ils ont désormais le choix. D’où la volonté des libéraux fédéraux de resserrer le contrôle du CRTC sur le streaming et sur Internet de manière générale.
Malheureusement pour eux, nous avons toujours une longueur d’avance sur la bureaucratie. Les artistes amateurs peuvent aujourd’hui créer du contenu avec des moyens dérisoires en comparaison des budgets considérables alloués à Radio-Canada par le gouvernement — tout en étant parfois meilleurs.
Vivement la liberté de choisir !



