Deux golfeuses transgenres nées de sexe masculin ont remporté à elles seules cinq championnats féminins en Alberta et en Colombie-Britannique au cours de l’été 2026, relançant de manière spectaculaire le débat sur l’équité des catégories réservées aux femmes dans le sport.
Le phénomène a été mis en lumière vendredi par la chroniqueuse Amy Hamm dans le National Post, après avoir également été rapporté à la fin août par Joe Kinsey pour OutKick. Les golfeuses Veronica Ivy et Rachel Elser ont accumulé les victoires dans des compétitions féminines provinciales et de clubs au cours des derniers mois.
Rachel Elser a remporté le championnat féminin du Fort McMurray Golf Club ainsi que le Miskanaw Ladies Open 2026, en Alberta. Veronica Ivy a pour sa part décroché simultanément les titres féminin Mid-Amateur et Mid-Master de la Colombie-Britannique en juin, avant de remporter un autre championnat de club en août, dont le nom n’a pas été identifié dans les reportages disponibles.
Cinq titres féminins en l’espace d’un seul été.
Deux championnats provinciaux le même jour
Dans le cas de Veronica Ivy, il ne s’agit pas seulement de compétitions locales.
British Columbia Golf confirme officiellement qu’Ivy a remporté à Chilliwack, le 25 juin, à la fois le championnat féminin Mid-Amateur et le championnat féminin Mid-Master de la Colombie-Britannique. Avec un total de sept coups au-dessus de la normale après 54 trous, Ivy a devancé d’un coup Nonie Marler, de Vancouver.
Ivy a ensuite représenté la Colombie-Britannique au Championnat canadien féminin Mid-Amateur. Avec Nonie Marler et Aram Choi, elle a contribué en août à une troisième victoire consécutive de l’équipe britanno-colombienne au trophée interprovincial Margaret Todd.
Avant de se tourner vers le golf, Veronica Ivy était déjà connue dans le monde du cyclisme sous son ancien nom, Rachel McKinnon. Elle avait notamment remporté deux championnats du monde féminins Masters sur piste en 2018 et 2019, des victoires qui avaient déjà provoqué une importante controverse sur la présence d’athlètes transgenres nées de sexe masculin dans les catégories féminines.
Après ses récents succès au golf et les critiques qui ont suivi, Ivy n’a montré aucune intention de se retirer des compétitions féminines. Dans un message publié sur les réseaux sociaux et cité par le National Post et OutKick, elle a plutôt demandé à ses détracteurs de « rester fâchés » et de « se trouver un meilleur passe-temps ».
En Colombie-Britannique, aucune preuve n’est exigée
Ces résultats ne surviennent pas dans un vide réglementaire.
La politique officielle adoptée par British Columbia Golf en mai 2025 stipule noir sur blanc que les athlètes peuvent participer aux compétitions dans la catégorie correspondant au genre auquel ils s’identifient.
Une personne s’identifiant comme femme peut donc concourir dans les épreuves féminines. Plus étonnant encore, aucune documentation ni preuve médicale n’est exigée.
« All identifications of Gender Identity or Gender Expression by Athletes are believed to be made in good faith and do not require further disclosure or documentation », indique la politique.
Autrement dit, British Columbia Golf présume de la bonne foi de l’athlète et ne demande ni preuve de transition médicale ni traitement hormonal comme condition préalable à l’accès à la catégorie féminine.
L’organisation affirme que cette approche vise à assurer un environnement sécuritaire, respectueux et exempt de discrimination envers les personnes transgenres.
Le résultat concret est néanmoins qu’une catégorie sportive créée précisément parce que les hommes et les femmes n’ont pas, en moyenne, les mêmes capacités physiques peut désormais être déterminée par l’identité déclarée de l’athlète plutôt que par son sexe.
Une situation particulièrement étrange en Alberta
La situation albertaine est encore plus particulière.
Alberta Golf maintient dans ses politiques de compétition une politique spécifique concernant la participation des personnes transgenres. Une version adoptée en 2025 prévoyait notamment qu’une personne de sexe masculin ayant effectué une transition après la puberté pouvait accéder à la catégorie féminine après au moins un an de traitement hormonal accompagné de documentation médicale.
Or, entre-temps, le gouvernement de Danielle Smith a adopté une législation allant précisément dans la direction opposée.
La Fairness and Safety in Sport Act est entrée en vigueur le 1er septembre 2025. Le gouvernement albertain explique que les organisations sportives couvertes doivent réserver leurs divisions féminines aux athlètes dont le sexe biologique est féminin. La loi vise les sports amateurs compétitifs et prévoit parallèlement la possibilité de créer des catégories mixtes.
Les victoires de Rachel Elser rapportées cet été concernent notamment des championnats de clubs, et leur statut exact au regard du champ d’application de la loi n’est pas établi dans les sources consultées. Il serait donc prématuré d’affirmer qu’une loi albertaine a été enfreinte.
La contradiction demeure néanmoins remarquable : dans une province qui a explicitement légiféré pour préserver des catégories féminines fondées sur le sexe, une athlète transgenre née de sexe masculin vient de décrocher au moins deux titres présentés comme féminins.
Le golf n’échappe pas aux différences biologiques
L’argument voulant que le golf soit suffisamment technique pour rendre les différences sexuelles secondaires résiste difficilement aux données.
Une étude publiée en 2026 sur les performances des circuits professionnels PGA et LPGA estime que la distance moyenne des coups de départ des femmes professionnelles représente environ 86 % de celle des hommes. Les chercheurs notent également que la vitesse de tête de bâton des femmes atteint environ 85 % de celle des hommes.
Plus largement, une synthèse scientifique publiée dans le Journal of Applied Physiology par Michael Joyner, Sandra Hunter et Jonathon Senefeld conclut que les écarts entre les sexes sont considérables dans les performances dépendant notamment de la force, de la puissance, de l’endurance et de la taille corporelle.
Les auteurs constatent que ces différences augmentent fortement avec la puberté masculine et que la suppression subséquente de la testostérone réduit certaines performances sans éliminer une grande partie des avantages acquis, notamment en matière de force musculaire, de puissance, de capacité aérobique, de taille et de longueur des membres.
Il s’agit précisément de la raison historique pour laquelle des catégories féminines existent.
Elles n’ont jamais été créées parce que les femmes seraient incapables de rivaliser entre elles ou parce que leur sport serait de moindre valeur. Elles existent pour permettre aux femmes d’affronter d’autres personnes soumises aux mêmes contraintes biologiques plutôt que de devoir rivaliser avec les avantages physiques moyens associés au développement masculin.
Jusqu’où faudra-t-il aller avant de reconnaître le problème?
Amy Hamm résume vendredi dans le National Post ce qu’elle considère comme l’absurdité de la situation : les organisations sportives reconnaissent elles-mêmes implicitement l’existence de différences biologiques entre les sexes lorsqu’elles imposent des règles distinctes ou des traitements hormonaux, tout en soutenant ensuite que ces différences ne justifient pas de préserver une catégorie exclusivement féminine.
La question dépasse désormais les scénarios hypothétiques.
Il ne s’agit plus de se demander si des athlètes nées de sexe masculin pourraient un jour gagner des compétitions féminines de golf au Canada. Cela vient de se produire cinq fois au cours du même été, avec deux personnes seulement.
Et pendant que les associations sportives promettent simultanément inclusion et équité, ce sont nécessairement d’autres compétitrices qui descendent d’une place au classement lorsqu’un de ces titres est remporté.
Il existe pourtant une solution remarquablement simple au conflit entre inclusion et équité : maintenir une catégorie féminine fondée sur le sexe, tout en permettant aux organisations d’offrir au besoin des catégories ouvertes ou mixtes accessibles à tous.
C’est d’ailleurs essentiellement le modèle retenu par le gouvernement de l’Alberta dans sa nouvelle loi.
Après cinq titres en quelques mois, la question devient difficile à esquiver : combien de podiums féminins devront encore être remportés par des athlètes nées de sexe masculin avant que les fédérations sportives reconnaissent que la catégorie féminine ne peut conserver sa raison d’être si le sexe cesse précisément d’en constituer le critère?



