Chaos carcéral au Québec : l’État canadien a-t-il perdu le contrôle de ses pénitenciers ?

Le 19 mars 2024, Robert Pickton, surnommé le boucher de Port Coquitlam, a trouvé la mort sous les coups d’un autre détenu, Martin Charest, au pénitencier de Port-Cartier. Un des pires tueurs en série de l’histoire canadienne, assassiné dans une prison à sécurité maximale. Le procès est actuellement en cours.

Un an plus, un nouveau meurtre fait les manchettes : Sylvain Kabbouchi, chef du gang Arab Power, décède à son tour, cette fois au pénitencier de Donnacona. Officiellement, les causes restent floues, mais les circonstances laissent peu de place au doute : les prisons fédérales du Québec sont devenues des poudrières.

Que se passe-t-il derrière les murs de ces institutions censées incarner l’ordre et la justice ? Comment expliquer qu’un État comme le Canada, riche et stable en apparence, se montre incapable de garantir la sécurité de ses détenus… et surtout de ses employés ?

Le désengagement du fédéral, une aubaine pour les gangs

Cela fait des années que les agents correctionnels tirent la sonnette d’alarme. Leurs syndicats, leurs témoignages, leurs cris du cœur — tout a été documenté, ignoré, mis de côté par une administration fédérale davantage préoccupée par la paperasse que par la protection de ceux qui risquent leur vie chaque jour en milieu carcéral.

Les prisons sont aujourd’hui gangrénées par la violence interne, la circulation d’armes improvisées, les téléphones cellulaires introduits illégalement et utilisés à des fins criminelles, et des comportements qui choquent par leur absurdité. Le chef d’Arab Power aurait même, selon certaines sources, commandé de la pizza à l’intérieur des murs du pénitencier. Comme si l’univers carcéral était devenu un terrain de jeu pour caïds.

Agents battus, visages fracassés, silence du gouvernement

Les cas d’agressions sur les gardiens se multiplient. Dans l’un des incidents les plus révoltants, un agent aurait été roué de coups à tel point que son visage aurait été complètement défiguré. Et que fait le gouvernement fédéral face à ce carnage ? Rien, ou si peu. Les ressources sont insuffisantes. Les protocoles de sécurité sont dépassés. Et les dirigeants, depuis Ottawa, continuent de prétendre que tout est sous contrôle.

Pourtant, c’est tout le contraire : l’État fédéral a perdu le contrôle de ses prisons. Il n’écoute plus ceux qui y travaillent. Il ne sécurise plus les établissements. Et il semble surtout avoir renoncé à faire respecter sa propre autorité. On demande aux agents correctionnels de faire des miracles avec des moyens dérisoires, au péril de leur intégrité physique et mentale.

Un symptôme plus large de la déliquescence fédérale

Ces violences répétées ne sont pas des incidents isolés. Elles sont le reflet d’un système qui se fissure, d’une structure étatique rongée par l’idéologie du laisser-faire, où la réhabilitation est devenue une formule creuse, et où on préfère l’équité, la diversité et l’inclusion à la sécurité.

Le Canada aime se voir comme un modèle de progressisme éclairé. Mais cette façade se craquelle dès qu’on regarde à l’intérieur de ses pénitenciers. À force de vouloir ménager les susceptibilités et de prêcher la tolérance jusqu’à l’absurde, le gouvernement fédéral a perdu toute capacité de gouvernance dans ses propres institutions.

Les prisons fédérales au Québec — celles-là mêmes censées enfermer les pires criminels du pays — sont aujourd’hui des territoires sous tension, livrés à la loi du plus fort. Ottawa regarde ailleurs. Et pendant ce temps, les victimes s’accumulent : détenus tués, agents mutilés, institutions discréditées.

Un État ayant abdiqué ?

Il est temps de poser la vraie question : le gouvernement canadien est-il encore capable d’assurer ses fonctions régaliennes de base ? Ou bien avons-nous affaire à un État de plus en plus spectral, qui délègue la gestion de ses prisons à des gangs et des automatismes bureaucratiques ?

Dans une société civilisée, la prison est censée être le lieu ultime du contrôle de l’État. Quand ce lieu bascule dans le chaos, ce n’est pas seulement une défaillance institutionnelle. C’est un signe de décadence profonde. Souhaitons-nous vraiment des prisons comme en Amérique du Sud ?

Et il ne faudra pas attendre qu’un autre drame éclate pour réagir. Car à ce rythme, ce ne sont pas seulement des détenus célèbres qui tomberont. C’est la crédibilité même de l’État qui finira sous les coups.

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