Crise politique, immigration et économie : le diagnostic de Jeremy Stubbs sur la chute de Keir Starmer

En juin dernier, Keir Starmer a quitté son poste de Premier ministre britannique après un règne de moins de deux ans. Selon Jeremy Stubbs, l’ancien premier ministre n’a pas su livrer la marchandise sur les plans économique et de l’immigration. Québec Nouvelles s’est entretenu avec lui.

Jeremy Stubbs est directeur adjoint de la rédaction du magazine Causeur et observateur de la politique britannique.

Simon Leduc : Êtes-vous surpris de la démission de Keir Starmer de son poste de premier ministre britannique?

Jeremy Stubbs : « On s’attendait à ce que le chef travailliste quitte son poste depuis un bon moment. Andy Burnham, ancien maire de Manchester, s’est fait élire à la Chambre des communes dans la circonscription de Makerfield en juin dernier. Le député de cette circonscription a démissionné afin de laisser le champ libre à M. Burnham. Il était le principal prétendant au poste de Premier ministre et de chef du Parti travailliste. À la suite de cela, M. Starmer a décidé de quitter ses fonctions.

M. Burnham a été couronné chef du Labour sans avoir à affronter d’adversaire. Il est devenu le nouveau Premier ministre britannique le 20 juillet dernier. Il aura la lourde tâche de relancer le gouvernement travailliste, qui a été très impopulaire sous la direction de M. Starmer. »

Quel bilan faites-vous du règne de Keir Starmer à la tête du Royaume-Uni?

Jeremy Stubbs : « Keir Starmer aura été premier ministre du pays durant moins de deux ans. Il ne faut pas oublier que, dans les dernières années, d’autres premiers ministres conservateurs ont connu des règnes très courts : Liz Truss (du 8 septembre au 25 octobre 2022) et Rishi Sunak (du 25 octobre 2022 au 5 juillet 2024).

Certains observateurs estiment que le pays traverse une crise politique qui empêche les premiers ministres de demeurer longtemps au pouvoir. L’ancien chef travailliste a été élu en juin 2024 à la tête d’un gouvernement majoritaire, mettant fin à 14 années de règne conservateur. On peut dire qu’il a gaspillé, en très peu de temps, tous les avantages dont il disposait à la tête d’un gouvernement fortement majoritaire.

Durant ses deux années au pouvoir, la population britannique n’a pas senti d’amélioration de sa situation économique. Les travaillistes avaient promis d’agir afin de sortir le pays de sa situation économique précaire. Or, ils n’ont pas livré la marchandise et la cote de popularité de M. Starmer a rapidement chuté de façon spectaculaire.

Il faut savoir que la ministre des Finances, Rachel Reeves, n’était pas du tout appréciée des citoyens britanniques. M. Starmer a également perdu de son autorité à travers l’affaire Mandelson, c’est-à-dire la nomination de l’ancien ministre travailliste Peter Mandelson au poste d’ambassadeur à Washington. Par la suite, on a appris qu’il entretenait une grande amitié avec Jeffrey Epstein. Le premier ministre Starmer a nié toute responsabilité dans la nomination de M. Mandelson. Il a fait démissionner une série de conseillers et de hauts fonctionnaires dans le contexte de cette affaire. L’ancien chef travailliste est ressorti de ce scandale avec l’image d’un premier ministre irresponsable. On lui a reproché d’avoir mal géré cette crise. En conséquence, le gouvernement travailliste est sorti fortement affaibli de cet épisode.

D’autre part, le Parti travailliste a obtenu des résultats désastreux lors des élections locales du 7 mai 2026. Le Labour a perdu plus de 1 300 élus locaux et son score de 17 % est historiquement faible.

La débâcle des travaillistes s’est poursuivie lors des élections nationales en Écosse et au Pays de Galles. En Écosse, le Labour aspirait à déloger le SNP, au pouvoir depuis 2007. Toutefois, en raison de l’impopularité de M. Starmer, les travaillistes ont dû se contenter de 17 sièges. Au Pays de Galles, ils n’ont obtenu que 17 % des voix et ont perdu neuf sièges.

Par ailleurs, son ministre de la Défense, John Healey, a démissionné de son poste en juin dernier en raison de l’incapacité de M. Starmer à augmenter le budget de la Défense et de désaccords sur les questions de sécurité. Cette décision a également entraîné la démission d’Al Carns de son poste de secrétaire d’État aux Forces armées. Le leadership de l’ancien premier ministre a donc été remis en question par le caucus travailliste. »

Selon vous, le gouvernement Starmer a-t-il réglé le problème de l’immigration illégale au Royaume-Uni?

Jeremy Stubbs : « Il faut savoir que le Royaume-Uni est confronté à un problème d’immigration de masse ainsi qu’à une montée de l’islam politique. Plusieurs événements de violence politique impliquant l’intégrisme religieux se sont produits. Il y a notamment eu le cas d’Henry Nowak, qui a été poignardé et assassiné par un jeune sikh, Vickrum Digwa, en décembre 2025. Selon l’assaillant, Henry Nowak aurait tenu des propos racistes à son endroit.

Arrivés sur les lieux du drame, les policiers ont d’abord cru que M. Digwa avait été victime de racisme de la part de M. Nowak. En conséquence, ils ont menotté Henry Nowak alors qu’il était grièvement blessé. Celui-ci s’est vidé de son sang tout en clamant son innocence.

Cet événement a provoqué l’indignation de la population britannique. Le premier ministre Starmer n’a pas réagi avec fermeté à cet acte d’une extrême violence commis, selon plusieurs observateurs, par un intégriste sikh. Le gouvernement travailliste n’a pas non plus tenté de résoudre le problème de l’immigration illégale qui touche le Royaume-Uni depuis plusieurs années. Le nombre d’immigrants en situation irrégulière n’a pas diminué sous le gouvernement de Keir Starmer. La mollesse dont M. Starmer a fait preuve sur cette question a également contribué à la chute de sa popularité auprès des électeurs britanniques. Cela a permis à Reform UK, parti de droite nationaliste, de progresser dans les sondages. »

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