La sénatrice québécoise Amina Gerba fait l’objet de critiques après que CBC News, par la plume de Laurence Martin, a révélé qu’elle et son mari ont dépensé près de 22 000 $ en deux voyages à Vancouver pour suivre des cours d’anglais. Ces séjours, effectués en juillet 2023 et 2024, ont été entièrement remboursés par le Sénat, bien qu’ils soulèvent désormais des questions d’éthique et d’usage des fonds publics.
Selon les informations rapportées, la sénatrice et son conjoint ont suivi deux sessions de 20 heures au Collège Éducacentre, pour des frais de scolarité d’environ 1 521 $ chacun. Toutefois, ce ne sont pas ces frais qui attirent l’attention, mais bien les dépenses liées au transport et à l’hébergement : billets d’avion en classe affaires, hôtel et indemnités journalières, soit plus de 9 000 $ pour chaque voyage.
Dans une déclaration écrite, Amina Gerba a souligné avoir respecté la politique de gestion du Sénat, qui autorise le remboursement des cours de langues officielles ainsi que les frais de déplacement et de participation des conjoints. Elle justifie ces voyages en invoquant la nécessité de « mieux comprendre les réalités et enjeux des différentes provinces », mais aussi d’enrichir sa perspective culturelle dans le cadre de son mandat. Elle précise que son séjour incluait également des activités parlementaires et professionnelles, comme des rencontres sur un projet de loi concernant la gestion de l’offre et une cérémonie en hommage aux vétérans de la guerre de Corée.
Or, cette explication n’a pas calmé les critiques. La sénatrice Raymonde Saint-Germain, membre du comité permanent de la régie interne, des budgets et de l’administration (CIBA), affirme qu’il faut revoir ces règles, jugeant qu’elles permettent des dépenses « peu raisonnables ». Selon elle, l’apprentissage immersif devrait se faire seul, et non en compagnie d’un conjoint, ce qui fragilise la justification avancée par Gerba.
Du côté des partis d’opposition, la réaction est tout aussi sévère. Christine Normandin, chef parlementaire du Bloc québécois, estime que ces voyages ressemblent davantage à des vacances payées par le public qu’à une formation linguistique sérieuse. Alexandre Boulerice, député du NPD, souligne qu’il existe de nombreuses options de cours d’anglais à Montréal, bien moins coûteuses. « On peut comprendre la colère des gens », a-t-il déclaré, appelant à un remboursement des frais engagés.
Cette controverse intervient alors que le Sénat examine déjà ses pratiques de voyages. L’été dernier, Radio-Canada avait mis en lumière les « tournées de familiarisation » des sénateurs dans les régions, incluant des arrêts très médiatisés comme le Stampede de Calgary ou le lac Louise, ce qui a provoqué un malaise chez plusieurs parlementaires. Une majorité de sénateurs songeraient désormais à imposer des règles plus strictes sur ces déplacements.
Dans ce climat de méfiance croissante envers les dépenses parlementaires, le cas Gerba risque de devenir un exemple emblématique du débat sur l’utilisation de l’argent des contribuables au Sénat.



