À Toronto, une histoire bouleversante met en lumière l’une des failles les plus douloureuses du système hospitalier ontarien. La journaliste Caryn Lieberman de Global News rapporte que la fille d’une patiente en soins palliatifs, Erin Hayes, affirme avoir découvert des punaises de lit dans le lit de sa mère mourante à l’hôpital Michael Garron.
Nancy Hayes, 81 ans, était en phase terminale, atteinte de cancer du poumon, de démence vasculaire et d’insuffisance rénale. Sa fille explique avoir tenu une promesse faite à son père, décédé seize ans plus tôt : rester au chevet de sa mère jusqu’à la fin et défendre ses intérêts. Pendant seize jours et seize nuits, elle est restée auprès d’elle, jusqu’à ce qu’un incident la contraigne à s’éloigner quelques heures seulement avant son décès.
Tout a commencé à l’aube du vendredi. Erin Hayes raconte à Global News s’être réveillée vers 4 h du matin avec la sensation d’avoir été mordue. Sur son bras, elle a remarqué trois piqûres alignées. En inspectant sa mère, elle a aperçu des traces semblables. « Mes pensées étaient : ce sont des punaises de lit », dit-elle.
Lorsqu’elle s’est adressée au personnel infirmier, elle a d’abord perçu de l’incertitude, puis de la résistance. La gestionnaire des soins lui aurait suggéré de consulter son médecin de famille, insinuant qu’elle se trompait. Mais devant l’insistance d’Erin Hayes, des mesures ont été mises en place : l’hôpital a déployé du personnel équipé de combinaisons protectrices et d’une machine ressemblant à un appareil à vapeur pour désinfecter la chambre. Sa mère a aussi reçu un bain spécial et fut déplacée sur un nouveau lit — un effort physique éprouvant pour une patiente déjà à l’extrême faiblesse.
Le dimanche, alors que le médecin en soins palliatifs avertissait la famille que la fin approchait, Erin Hayes s’est approchée pour embrasser sa mère. C’est à ce moment, raconte-t-elle à Caryn Lieberman, qu’elle a vu un insecte vivant marcher sur l’oreiller de sa mère. Paniquée, elle a montré l’insecte à une infirmière. « Une d’elles s’est mise à crier de ne pas l’approcher, qu’il fallait le mettre dans un sac doublé. Puis, devant ses collègues, on m’a accusée à mots couverts de les avoir apportés moi-même », dit-elle.
Erin Hayes a filmé l’insecte et pris des photos des piqûres visibles sur sa mère et sur son propre corps. Global News a soumis la vidéo à une entreprise spécialisée en extermination, qui n’a toutefois pas pu confirmer s’il s’agissait bel et bien d’une punaise de lit.
Dans ses derniers instants, au lieu de pouvoir rester sereinement auprès de sa mère, Erin Hayes explique avoir dû quitter l’hôpital, défaire ses vêtements dehors et les traiter thermiquement par crainte d’infestation, avant de prendre une longue douche. C’est durant ce moment qu’elle a appris que sa mère venait de mourir. « Je me sens volée de ces derniers moments précieux », confie-t-elle, en larmes.
Face à ces accusations, l’hôpital Michael Garron a reconnu dans un communiqué transmis à Global News avoir été alerté d’un possible cas de punaises de lit le 26 septembre. L’établissement affirme avoir immédiatement appliqué son protocole : évacuation de la chambre et traitement. « Comme tous les hôpitaux, en tant qu’espaces publics très fréquentés, nous avons une stratégie en place pour éradiquer ce type de nuisibles », a précisé l’institution.
Le ministère de la Santé de l’Ontario, sollicité par Global News, a rappelé que les hôpitaux doivent appliquer les standards provinciaux de prévention et de contrôle des infections, incluant le nettoyage environnemental, l’isolement au besoin et la formation du personnel.
Mais pour Erin Hayes, rien ne justifie ce qu’elle a vécu : « Mon pire cauchemar, absolument mon pire », dit-elle, estimant que cette situation illustre « l’Ontario de Doug Ford », un système de santé « brisé » et « privé de ressources » qui a échoué à préserver la dignité d’une femme dans ses derniers instants de vie.



