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Jérôme Blanchet-Gravel | The Great Reset: que faut-il retenir de ce livre?

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Que retenir de La Grande Réinitialisation (2020) de Klaus Schwab,le président du Forum économique mondial, et de Thierry Malleret, un consultant pour diverses entreprises? Voici ce que j’ai retenu de ce livre souvent perçu dans les milieux «complotistes» comme la matrice intellectuelle du «nouvel ordre mondial».

Un livre-programme pour un monde nouveau

Il faut d’abord souligner que contrairement à ce qui est souvent dit sur les réseaux sociaux, l’ouvrage ne contient aucun appel à l’instauration d’une dictature mondiale. Les auteurs ne conseillent pas d’alimenter la peur et ne plaident jamais non plus pour la formation de régimes autoritaires, en Occident comme ailleurs sur la planète.

En revanche, il s’agit clairement d’un livre programmatique plaidant pour de profonds changements structurels dans le monde entier. Des changements politiques, économiques et idéologiques de très grande envergure. Des changements qui peuvent être interprétés comme nécessitant de «casser» le modèle libéral sur lequel reposent les sociétés occidentales, les droits et libertés apparaissant comme une entrave à l’avènement d’un monde plus vert et moins individualiste.

Un Great Reset écologique

Klaus Schwab et Thierry Malleret ne proposent rien de moins qu’une révolution des mentalités. Ils présentent leur réinitialisation comme une «absolue nécessité»[1] et en effet, comme le processus grâce auquel l’humanité pourra survivre à la crise environnementale.

Pour les deux auteurs, l’humanité n’a tout simplement aucune chance de survie face aux changements climatiques si les États ne «profitent» pas de la crise sanitaire pour implanter de nouvelles habitudes, voire un nouveau mode de vie dans les populations[2]. Il s’agit du point le plus important du livre: ils proposent carrément de conserver les habitudes sociales et de consommation fondées sur la distanciation prises durant la pandémie.

Le télétravail est bien sûr l’une des premières habitudes à conserver, lequel serait destiné à devenir la norme. En s’adressant surtout aux élites (éclairées), Klaus Schwab et Thierry Malleret exhortent de favoriser la transition numérique et digitale pour permettre aux sociétés de développer une économie virtuelle censée être moins polluante, à la fois plus juste et plus compétitive. Une économie en apparence assez paradoxale.

Un monde axé sur la sécurité

Le traçage des gens au moyen de divers appareils technologiques est aussi pour les auteurs une solution raisonnable pour en finir avec la présente pandémie et prévenir les prochaines. Il faudrait se servir de la technologie pour identifier les personnes contaminées et celles avec qui les premières ont été en contact. Klaus Schwab et Thierry Malleret admettent toutefois que la vie privée pourrait être durement malmenée par la mise en place de tels systèmes de surveillance, c’est pourquoi ils demandent aux États de ne pas en abuser.

Le nouveau monde proposé par les auteurs est un monde avant tout axé sur la sécurité sous toutes ses formes. Sécurité sanitaire et écologique en particulier, mais aussi économique et psychologique, car la santé et le «bien-être personnel» seraient appelés à devenir les valeurs suprêmes de l’époque en gestation. En sociaux-démocrates, ils proposent aussi aux États de développer de meilleurs programmes de redistribution de la richesse et d’intervenir davantage dans l’économie. Ce qui peut évidemment plaire à une partie de la gauche.

Comme je l’ai déjà écrit dans quelques textes, nous allons donc passer d’un monde axé sur l’identité à un monde axé sur la sécurité, le safe space global devant l’idéal par excellence d’un siècle hyper anxieux où les gens cherchent un sens à leur vie.

Implanter de nouvelles habitudes

Ainsi, il n’est pas interdit de penser que des gouvernements occidentaux (dont celui du Québec) exagèrent la gravité de la crise du Covid-19, de manière à accélérer l’implantation des nouvelles habitudes censées être celles des sociétés de demain. Dans cette optique, la pandémie serait devenue une base de lancement pour ces projets futuristes. C’est du moins très exactement la proposition de Schwab et Malleret: de souligner ce fait n’a donc absolument rien de complotiste.

La pandémie est bien réelle et les gouvernements devaient et doivent encore prendre un certain nombre de mesures pour la contrer. Maintenant, s’il ne relève d’aucune machination, le maintien de règles sanitaires souvent inutiles et injustifiées sur les plans scientifique et démocratique concorde étrangement avec le programme du Great Reset.


[1] Page 274 de la version en espagnol Covid-19: El Gran Reinicio.

[2] De nombreux passages du livre en font état.

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