Si vous considérez que de consacrer un mois complet à la fierté 2ELGBTQI+ est inapproprié, méprenez-vous. Sur le site du gouvernement du Canada, la ministre des Femmes et de l’Égalité des genres, Rechie Valdez, a déclaré que « les événements de la Fierté commencent cette semaine et se poursuivront jusqu’au mois de septembre ». On parle donc d’un quart du calendrier.
Pour relativiser, le temps des fêtes dure approximativement 2 à 3 semaines. Un autre point de comparaison: la Journée internationale des personnes handicapées, qui est soulignée chaque année depuis son instauration par l’ONU en 1992 – une seule journée, pas un mois. Elle est observée partout au Québec et au Canada, mais presque tout le monde ignore que ça tombe le 3 décembre. Force est de constater qu’il n’y a pas beaucoup de fanfare autour de l’événement. Serait-ce moins payant commercialement ou électoralement?
L’année 2026 marque le dixième anniversaire de la reconnaissance de juin comme Mois de la Fierté par le gouvernement fédéral – un legs de l’administration Trudeau. C’est à se demander comment on se débrouillait avant, alors qu’on disposait seulement des journées de sensibilisation (comme la Journée contre l’homophobie et la transphobie) dispersées à la grandeur du calendrier et que les célébrations de la Fierté étaient localisées dans les grands centres.
*(L’acronyme 2ELGBTQI+ revient 8 fois dans la courte déclaration de la ministre Valdez. Si l’emploi répété peine à donner du poids au message, il fait mal aux yeux – pour la suite, nous l’abrégerons).
Cette Fierté est mise de l’avant au nom de la « promotion de l’inclusion ». Louable intention, mais les personnes issues des minorités sexuelles sont-elles à ce point invisibilisées ou exclues de la vie publique? Il y a des personnages LGBT dans presque toutes les séries télévisées ainsi que des célébrités sorties du garde-robe sur tous les plateaux d’émissions de variétés.
Lors des élections de 2021, le Canada avait atteint un record de 9 députés ouvertement LGBT à la Chambre des communes. Il y en a actuellement quatre qui siègent au 45ᵉ parlement. Au Québec, deux des cinq chefs des principaux partis sont ouvertement homosexuels. Comme quoi, l’orientation homosexuelle n’empêche pas de faire carrière en politique.
À l’occasion du mois de la Fierté, on observe plutôt une déférence à l’endroit d’un segment exclusif de la population. Un extraterrestre venu étudier les êtres humains aurait l’impression qu’on honore une classe privilégiée, ou qu’on vénère une caste de demi-dieux. On hisse des drapeaux en leur honneur; on harmonise des bannières commerciales avec leurs couleurs; on multiplie les endossements institutionnels à leur cause. La majorité hétérosexuelle n’a jamais droit à un tel honneur.
Quant aux parades, moments phares de la saison, ce sont les groupes BDSM avec des hommes en harnais ou en costumes de chiens tenus en laisse qui volent la vedette. Bien qu’ils ne représentent qu’une infime minorité du cortège, ce sont ceux qui confondent l’affirmation d’une orientation avec l’étalage au grand jour de leurs fantasmes qui définissent l’image publique de l’événement. En quoi ce spectacle débridé et provocateur favorise-t-il l’acceptation sociale?
Au-delà des couleurs arc-en-ciel et de son caractère festif (ou décadent), la Fierté a toujours été une manifestation politique porteuse de revendications. À l’origine, il s’agissait d’une quête d’affirmation pour combattre la discrimination et faire avancer l’égalité en droits des homosexuels. Depuis l’époque de Stonewall, les homosexuels ont obtenu non seulement un degré de tolérance, mais une acceptabilité sociale inégalée dans l’histoire. Pour préserver de tels acquis, il serait sage de savoir prendre sa place et non « la place ». Parce qu’à force de toujours en demander davantage, on s’expose au risque de tout perdre.
Les groupes LGBTQ+ et leurs alliés pensent-ils réellement que d’imposer la célébration des minorités sexuelles à l’ensemble de la population chaque année pendant un mois complet va avoir un impact positif pour celles-ci? Ça relève pourtant de la psychologie élémentaire : personne n’aime le chouchou de la maîtresse d’école.
Il n’existe pas en Occident de sentiment d’hostilité particulier à l’égard des Zoroastriens, fidèles d’une des plus anciennes religions du monde dont la diaspora est très limitée. Mais si l’on venait à leur accorder une attention disproportionnée – journées de reconnaissance, visibilité accrue – et à qualifier de « zoroastrophobie » toute critique, une partie de la population finirait par développer un ras-le-bol, voire une forme de rejet à leur endroit, alors qu’à prime abord, on ne leur accordait aucune attention.
Dans le cas de la Fierté, il n’est pas uniquement question de saturation. Avec la récente prévalence du TQ+, les revendications politiques portées par le mouvement se sont centrées sur le transgenrisme. De s’y joindre revient à cautionner la notion d’identité de genre et tout ce qui en découle : le principe d’autodétermination, l’imposition de néo-pronoms, la participation de mâles dans le sport féminin, les thérapies « d’affirmation de genre » pour mineurs (bloqueurs de puberté, ablation des seins) et la lecture de contes idéologiquement motivés par des drag queens.
La mouvance LGBTQ+ propulse désormais un agenda qui ne concerne plus les personnes homosexuelles « ordinaires » et qui peut même se heurter diamétralement à leurs aspirations. Tant sur sa forme – la place excessive qu’elle occupe – que sur son fond idéologique, la Fierté est contreproductive. Que ce soit sous les publications de Postes Canada ou des Forces armées canadiennes pour souligner l’occasion (et signaler leur obédience), le ratio des commentaires désapprobateurs, moqueurs ou carrément hostiles le démontrent.
Il y aura toujours de l’homophobie dans la société. Ce qui est certain, c’est que le mois de la Fierté, avec son étalage incessant, son exigence de célébration obligatoire et sa promotion de l’idéologie queer, ne fait pas reculer cette hostilité : il l’alimente. Le mouvement LGBTQ+ actuel produit exactement l’effet inverse de celui recherché. S’ils veulent éviter le brutal retour de balancier qui se profile, les personnes LGBT qui ne souscrivent pas au néo-progressisme militant auraient intérêt à s’en dissocier – pour autant qu’il ne soit pas déjà trop tard.



