L’AIE déclenche une libération massive de réserves pétrolières, Ottawa promet de « faire sa part »

La guerre en cours au Moyen-Orient commence à produire ses effets les plus redoutés sur les marchés énergétiques mondiaux. Face aux perturbations majeures causées par le blocage du détroit d’Ormuz et à la flambée des prix du pétrole, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et une coalition de pays industrialisés ont annoncé une intervention exceptionnelle pour stabiliser les marchés. Le Canada, bien qu’il ne possède pas de réserve stratégique nationale, affirme vouloir contribuer à cet effort collectif.

Une libération massive de 400 millions de barils

Selon Ariel Rabinovitch pour Global News, l’Agence internationale de l’énergie a annoncé mercredi que ses pays membres libéreraient 400 millions de barils de pétrole provenant de réserves stratégiques afin d’atténuer les perturbations provoquées par la guerre impliquant l’Iran et ses conséquences sur les routes maritimes énergétiques.

L’organisation, qui regroupe 32 pays membres dont le Canada, a pris cette décision après une réunion d’urgence visant à évaluer les conditions du marché et à coordonner une réponse face aux risques pour l’approvisionnement mondial.

Dans un communiqué cité par Global News, le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, a qualifié la situation d’exceptionnelle :

« Les défis auxquels font face les marchés pétroliers sont sans précédent par leur ampleur […] je suis très heureux que les pays membres de l’AIE aient répondu par une action collective d’urgence d’une taille sans précédent. »

Toujours selon Rabinovitch, cette intervention constitue la sixième libération coordonnée de réserves stratégiques depuis la création de l’AIE en 1974, et la plus importante de l’histoire de l’organisation.

Les pays membres disposent d’environ 1,2 milliard de barils de stocks d’urgence, auxquels s’ajoutent 600 millions de barils détenus par l’industrie sous obligation gouvernementale, précise l’agence.

L’intervention exceptionnelle de l’AIE intervient dans un contexte de perturbation majeure du commerce énergétique mondial.

L’Iran a menacé tout navire tentant de traverser le détroit d’Ormuz, la principale artère maritime reliant le golfe Persique aux marchés internationaux. Cette voie stratégique est cruciale : entre 20 % et 25 % de l’approvisionnement mondial en pétrole y transite habituellement.

Dans son communiqué, l’AIE explique que le conflit déclenché le 28 février 2026 a entraîné une chute spectaculaire des flux pétroliers dans la région. Les exportations de pétrole brut et de produits raffinés seraient actuellement inférieures à 10 % de leur niveau normal, ce qui force plusieurs producteurs à réduire ou suspendre leur production.

Les marchés ont réagi immédiatement à ces perturbations. Toujours selon Global News, le prix du pétrole a brièvement approché 120 $ le baril en début de semaine, avant de redescendre autour de 90 $, contre environ 64 $ avant le début du conflit.

Ottawa promet de contribuer à l’effort mondial

Du côté canadien, le gouvernement affirme qu’il participera à la réponse internationale.

Comme le rapporte Craig Lord pour The Canadian Press, le ministre fédéral des Ressources naturelles Tim Hodgson a déclaré que le Canada « fera sa part » pour contribuer à l’augmentation de l’offre mondiale de pétrole et atténuer la pression sur les prix.

« Le Canada fera sa part pour contribuer à l’approvisionnement mondial en pétrole. Cela fera baisser les prix pour les Canadiens et aidera à les maintenir abordables », a affirmé Hodgson aux journalistes.

Le ministre n’a toutefois pas précisé la forme exacte que prendra cette contribution.

La situation canadienne est particulière. Comme le rappelle The Canadian Press, le Canada est le seul pays du G7 à ne pas posséder de réserve stratégique de pétrole, notamment parce qu’il est un exportateur net d’hydrocarbures.

Le gouvernement étudie donc d’autres moyens de soutenir l’effort collectif.

Parmi les options envisagées figurent notamment : retarder certaines opérations de maintenance afin de maintenir la production au maximum ; demander à certaines raffineries utilisant du pétrole importé de privilégier le pétrole canadien ; ou encore libérer indirectement des volumes sur le marché mondial.

Selon The Canadian Press, Hodgson a indiqué que des discussions étaient en cours avec l’industrie énergétique et que davantage de détails pourraient être annoncés dans les prochains jours.

Le dossier discuté au sommet du G7

La crise énergétique a également été au cœur d’une réunion virtuelle du G7 tenue mercredi.

Selon The Canadian Press, le premier ministre Mark Carney s’est entretenu avec les autres dirigeants du groupe, dont le président américain Donald Trump, afin de discuter de la guerre au Moyen-Orient et de ses conséquences économiques.

Dans un compte rendu du bureau du premier ministre, les dirigeants du G7 ont condamné les actions de l’Iran et exprimé leur appui à la libération des réserves décidée par l’AIE afin de stabiliser les marchés pétroliers.

L’Alberta voit une occasion pour le pétrole canadien

Du côté des provinces productrices, la crise actuelle est également perçue comme une preuve supplémentaire de l’importance stratégique du pétrole canadien.

Toujours selon The Canadian Press, le ministre des Finances de l’Alberta, Nate Horner, estime que la simple annonce de la libération des réserves contribue déjà à calmer les marchés et à éviter une flambée incontrôlée des prix.

Il souligne que des hausses trop abruptes pourraient finalement nuire à la demande mondiale.

Le ministre albertain de l’Énergie, Brian Jean, a pour sa part affirmé que la situation démontre la nécessité d’augmenter les infrastructures d’exportation du pétrole canadien vers la côte ouest et vers les marchés asiatiques.

« Le monde veut notre produit. La demande est énorme, particulièrement en Asie et chez nos alliés, et nous devrions faire notre part pour les aider », a-t-il déclaré.

Sécurité énergétique et repositionnement stratégique

Le ministre Hodgson a également souligné que la crise actuelle rappelle un principe souvent invoqué ces dernières années : la sécurité énergétique est devenue un enjeu de sécurité nationale.

Selon The Canadian Press, le ministre affirme recevoir des appels de plusieurs pays intéressés par l’approvisionnement canadien en pétrole, en gaz naturel liquéfié et même en uranium.

Le gouvernement fédéral dit vouloir accélérer la diversification des exportations énergétiques, notamment grâce à un protocole d’entente avec l’Alberta et au travail du Major Projects Office, chargé d’accélérer certains projets d’infrastructures.

Une crise énergétique mondiale en devenir?

La décision historique de l’AIE souligne l’ampleur des tensions provoquées par la guerre au Moyen-Orient. Si la libération de réserves stratégiques vise à stabiliser les marchés à court terme, elle ne constitue qu’une solution temporaire face à une perturbation structurelle majeure de l’approvisionnement mondial.

Dans ce contexte, la crise actuelle remet au premier plan les débats sur la sécurité énergétique, la diversification des sources d’approvisionnement et le rôle des grands producteurs comme le Canada dans l’équilibre du système énergétique mondial.

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