Le Burkina Faso interdit l’homosexualité : silence radio de la gauche radicale

Le Burkina Faso, pays d’Afrique de l’Ouest jadis colonisé par la France, multiplie depuis le coup d’État d’Ibrahim Traoré les politiques ouvertement anti-occidentales. Le français a récemment été aboli comme langue officielle, relégué au rang de simple langue de « travail ». En parallèle, une coopération renforcée avec la Russie bouleverse profondément la géopolitique régionale. Aux yeux de nombreux militants du Sud global et des cercles décoloniaux, Traoré est devenu une sorte de héros.

Mais le héros révèle aussi sa part d’ombre : le gouvernement burkinabè vient d’interdire, à l’unanimité, les pratiques homosexuelles. Les sanctions prévues vont de deux à cinq ans d’emprisonnement, assorties d’amendes pouvant atteindre 15 000 euros, soit près de 10 millions de francs CFA. Quelle a été la réaction de cette gauche radicale, si prompte à dénoncer la haine, le racisme et la colonisation ?

Plusieurs attitudes émergent. La dissonance cognitive, d’abord : certains refusent d’en parler, mettant fin à des conversations trop inconfortables. D’autres minimisent la portée de cette loi, arguant que l’essentiel demeure la lutte du Sud global contre l’Occident. En somme, on fait comme si cela n’existait pas. Voilà mise en lumière l’hypocrisie d’une certaine gauche, habituellement si rapide à condamner l’homophobie et la transphobie dans nos sociétés.

Car, en Amérique du Nord comme en Europe de l’Ouest, les actes haineux contre les minorités sont sanctionnés par la loi et largement ostracisés socialement. La discrimination à l’embauche est interdite, les médias s’alarment régulièrement de tout dérapage. Mais lorsqu’il s’agit de l’Afrique — surtout d’un régime se présentant comme rempart contre le néo-colonialisme occidental —, cela passe presque inaperçu, comme une lettre à la poste.

D’où le double standard face à une colonisation d’un nouveau genre, menée cette fois par la Russie et la Chine. Ces puissances révisionnistes déploient leurs propres travailleurs sur des chantiers qui plongent des pays déjà fragiles dans l’endettement. La Russie, de son côté, s’appuie sur des milices mafieuses pour extraire l’or et d’autres ressources, à la manière des compagnies occidentales d’autrefois.

Certains régimes populistes africains qualifient l’homosexualité « d’agenda occidental ». Mais qu’en est-il de l’agenda russo-chinois d’extraction des ressources, d’endettement massif et de réseaux mafieux ? Silence radio. Bruits de criquets du côté des milieux décoloniaux et prétendument anti-impérialistes. Un combat contre l’impérialisme, certes, mais à géométrie variable. On aura décidément tout vu.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine