L’Ontario détrône le Québec et démontre que les subventions abusives freinent la croissance

Depuis longtemps, les Québécois entendent dire que leur gouvernement est champion des subventions aux entreprises. Cette réputation, souvent dénoncée comme un symbole de dirigisme économique, semblait nous distinguer des autres provinces. Or, voilà que l’Ontario nous a non seulement rattrapés, mais largement dépassés dans cette logique de soutien à coups de milliards. Comme le souligne Samantha Dagres dans une récente publication de l’Institut économique de Montréal (IEDM), cette frénésie de subventions n’a pas permis à l’Ontario de sortir de sa stagnation économique. Au contraire, elle illustre les limites d’une stratégie qui prétend stimuler la croissance en choisissant des gagnants plutôt qu’en créant un climat équitable pour toutes les entreprises. Pour le Québec, l’exemple ontarien agit ainsi comme un miroir : multiplier les aides ciblées ne garantit ni prospérité ni compétitivité, et peut même freiner la vitalité économique à long terme.

Une économie ontarienne en perte de vitesse

Samantha Dagres rappelle dans sa publication que la croissance économique de l’Ontario a stagné au cours des dernières années. Entre 2018 et 2023, la croissance du PIB par habitant, corrigée pour l’inflation, a été nulle. En 2024, le PIB réel n’a progressé que de 1,5 %, et les prévisions pour 2025 annoncent un ralentissement à 0,8 %. À cela s’ajoutent les répercussions de la guerre commerciale avec les États-Unis, qui fragilisent encore davantage la compétitivité de la province.

Dans ce contexte, le gouvernement ontarien a choisi d’intervenir directement dans l’économie par le biais de subventions et de crédits d’impôt, reprenant une stratégie longtemps associée au Québec. Or, comme le souligne Dagres, cette politique de « microgestion économique » s’éloigne d’une approche fondée sur des conditions équitables et une réduction de la charge fiscale générale.

L’Ontario détrône le Québec

Historiquement, le Québec dominait le classement des provinces les plus généreuses envers les entreprises. En 2013, par exemple, le Québec avait versé 4,3 milliards $ en subventions, contre 2,9 milliards $ en Ontario. Cette tendance s’est inversée en 2017-2018, alors que l’Ontario a fait bondir ses dépenses de près de 90 % en un seul exercice financier. Résultat : 6,4 milliards $ de subventions contre 4,8 milliards $ pour le Québec.

Depuis, l’Ontario a consolidé sa position de tête. Entre 2017 et 2025, les subventions ont augmenté de 182 % en Ontario, comparativement à 70 % au Québec. Dagres précise que ce basculement ne s’explique pas seulement par une orientation idéologique ponctuelle, mais par une succession de décisions politiques sous les gouvernements libéraux de Kathleen Wynne, puis progressistes-conservateurs de Doug Ford.

L’automobile et l’énergie : principaux bénéficiaires

Le communiqué de l’IEDM illustre comment le secteur automobile est devenu l’un des principaux récipiendaires de ces fonds publics. En 2019, Doug Ford annonçait 40 millions $ en subventions au secteur. En 2022, 259 millions $ ont été accordés à General Motors pour moderniser ses installations. L’année suivante, Stellantis-LGES a reçu 5,4 milliards $ pour une usine de batteries à Windsor. Plus récemment, Honda a bénéficié de 2,5 milliards $ pour appuyer ses projets de véhicules électriques et de batteries. À ces sommes s’ajoutent crédits d’impôt et financements R&D.

Un autre pan majeur est celui des subventions énergétiques. Depuis le Plan pour des frais d’électricité équitables de 2017, qui a réduit de 25 % les coûts pour les consommateurs et petites entreprises, jusqu’au Programme de transfert des coûts de l’énergie renouvelable de 2021 (38,6 milliards $), le gouvernement ontarien a multiplié les aides, réduisant notamment les factures des grands utilisateurs industriels.

La voie alternative proposée par l’IEDM

Plutôt que de maintenir cette logique interventionniste, l’IEDM plaide pour une refonte des priorités. Dagres explique que si l’Ontario éliminait ses subventions, qui atteignent en moyenne 9 milliards $ par année, la province pourrait réduire de manière générale l’impôt sur les sociétés. Avec un taux provincial actuel de 11,5 %, combiné au fédéral pour un total de 26,5 %, l’Ontario pourrait abaisser son taux provincial de 4,5 points pour l’amener à 7 %.

Un tel allègement ferait de l’Ontario la province la plus concurrentielle au pays en matière d’impôt sur les sociétés, devant l’Alberta (8 %), et placerait son taux combiné (22 %) au niveau de celui des États-Unis (21 %). Selon Dagres, cette mesure rendrait la province plus attrayante pour les investisseurs et favoriserait une croissance durable, sans peser davantage sur les finances publiques.

Des secteurs industriels accrocs aux subventions?

En définitive, le communiqué de l’IEDM signé par Samantha Dagres pose un constat sans détour : l’Ontario a dépassé le Québec dans la logique des subventions massives, sans preuve tangible de leur efficacité économique. Les choix faits depuis près d’une décennie traduisent un capitalisme de connivence qui risque d’entretenir une dépendance artificielle des secteurs industriels et énergétiques aux fonds publics.

À rebours, l’IEDM défend une vision de neutralité fiscale, où la réduction des impôts généralisée offrirait un terrain de jeu équitable à toutes les entreprises, grandes ou petites, tout en stimulant l’investissement et l’innovation. Le débat entre subvention ciblée et allègement universel reste donc plus que jamais au cœur de la réflexion sur la compétitivité économique du Canada.

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