On a appris, sans trop vraiment être surpris, que la gouverneure générale, Mary Simon, a suivi 324 heures de cours pour apprendre le français, pour une facture s’élevant à plus de 50 000 $ pour les contribuables. On se demande bien ce qui a pu se passer pour que la gouverneure, choisie par Justin Trudeau, soit incapable de prononcer plus de 38 mots dans un français approximatif lors d’un discours au Québec.
Mais faut-il la blâmer directement ? Non, pas vraiment. La faute revient davantage à Justin Trudeau, qui a choisi cette femme parlant anglais et inuktitut, en nous présentant cela comme une forme de bilinguisme. Or, la définition du bilinguisme au Canada, dans les postes gouvernementaux, ce n’est pas de parler anglais, une langue étrangère ou autochtone, mais d’être fluent dans les deux langues officielles : le français et l’anglais.
La décision de Trudeau visait délibérément à délégitimer la place du français au Canada, ainsi qu’à diviser Québécois et Autochtones. Car il s’agit là du dernier alibi des fédéralistes canadiens les plus fervents : il faut utiliser la carte autochtone contre les volontés autonomistes, voire indépendantistes, du Québec. Pour cela, il a effectivement réussi à diviser plus qu’à rassembler.
Pourtant, s’il fallait absolument choisir une personnalité autochtone pour ce poste à la légitimité douteuse, pourquoi ne pas avoir choisi une personne qui parle français et anglais, en plus d’une éventuelle langue autochtone ? Les candidats ne manquent pas. Ils sont nombreux, au Québec, les Autochtones qui parlent trois langues.
Dans l’article du Journal de Montréal, il est dit que le capitaine du Canadien, Nick Suzuki, a appris le français sans avoir recours aux services de professeurs particuliers. C’est vrai qu’il ne faut parfois pas grand-chose pour apprendre une langue. On peut aisément trouver des méthodes en ligne gratuites ou très abordables, en plus de classiques méthodes en format papier et audio.
Mais aucun livre ou cours ne peut remplacer le plus important : la pratique. Mary Simon doit probablement vivre dans un monde anglophone à 95 %. Alors, comment améliorer son français si tout le monde se plie en quatre pour lui parler en anglais ? Cela démontre une fois de plus le fossé culturel grandissant qui se creuse entre le Québec et le Canada anglais.
Et les libéraux, soi-disant champions du bilinguisme, ont fait reculer comme jamais la présence du français, pas seulement au Canada anglophone, mais aussi au Québec. Cet héritage continuera de hanter les libéraux dans les prochaines années et pèsera probablement lors d’un éventuel référendum au Québec. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir alerté les élites cosmopolites de Montréal et Toronto, qui voient dans le français non pas une richesse et un monde en soi, mais un fardeau inutile dans une société mondialisée où le globish est roi.



