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Serment au roi : les petits partis en manque d’attention

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Le refus de porter allégeance au roi de la part du PQ et, jusqu’à hier, de QS, fait les manchettes depuis déjà quelques semaines. Je ne me ferai probablement pas d’amis au Québec en affirmant qu’il s’agit là d’une fronde puérile et impertinente qui ne vise qu’à attirer l’attention sur des partis qui n’ont pas réussi à le faire en campagne électorale.

Le respect de la loi commence au parlement

Bien que j’apprécie les qualités d’une monarchie parlementaire et me méfie de l’idéalisme républicain, je ne suis pas pour autant complètement vendu à la domination britannique et comprends très bien en quoi mes compatriotes peuvent aspirer à abolir cette institution. Cela dit, il y a une manière de faire les choses et ce débat ne devrait pas monopoliser les débats à ce point-là.

En effet, le principe le plus sacré des démocraties libérales, qu’elles soient républicaines ou des monarchies constitutionnelles, c’est celui de la suprématie de la loi.

Qu’on l’aime ou pas, la loi c’est la loi et pour la changer, il faut d’abord la respecter et utiliser les canaux appropriés.

Il y a certes une reconnaissance tacite que les lois injustes doivent être combattues, et on reconnaît le droit de protester, voir même celui de faire de la « désobéissance civile », or ces procédés sont habituellement l’apanage des groupes de pression et d’éléments de la société civile extérieurs aux sphères de pouvoir.

C’est simple ; on permet un certain degré de résistance au peuple précisément parce qu’il pourrait être mal représenté par les politiciens et les lois.

Mais l’idée que ce soit les politiciens eux-mêmes qui refusent de se soustraire aux lois est une pente extrêmement glissante. En leur qualité de représentants élus, ils ont de facto le pouvoir de changer les lois ; ils ne devraient jamais tenter de court-circuiter le système par des méthodes alternatives.

Les députés sont élus pour siéger et légiférer, pas pour faire sécession de la chambre d’assemblée et faire leurs débats à l’extérieur du parlement.

Le respect de la loi commence au parlement, et si les parlementaires refusent d’entrée de jeu de se soumettre à la première règle ou convention parlementaire qu’on leur demande, comment peut-on leur faire confiance pour respecter l’institution qu’ils sont censés défendre?

Révolte de partis en manque d’attention

Tout le monde le dit : la monarchie et les serments ne sont que symboliques, ils n’ont pas d’impact réel sur la politique. Et c’est l’argument qu’on utilise pour justifier qu’on s’en départisse. Or ça peut tout à fait justifier l’inverse : si ça n’a pas d’impact réel, ça veut dire que ça ne changerait rien de l’abolir, et donc, que ce débat est une perte de temps.

Mais évidemment, on comprend que c’est une question de principe ; les Québécois aiment l’idée de ne pas courber l’échine face à la monarchie britannique, l’ennemi historique de leur nation. Ce débat devient inévitablement passionné ; c’est une pub assurée pour des partis en perte de vitesse.

Le PQ a fait élire des députés dans 14 élections depuis 1970 ; le serment semble n’avoir jamais été un problème. Il a aussi formé 5 gouvernements qui auraient pu modifier ce serment durant cette même période. Il ne l’a pas fait, parce qu’il avait des réformes beaucoup plus importantes à mettre de l’avant.

Avec le déclin des dernières années, le PQ a travaillé dur pour ranimer la flamme indépendantiste, au risque de s’enliser dans un souverainisme un peu idéaliste. Il a certes fait une remontée en fin de campagne, mais ce ne fut pas assez pour revenir réellement en force.

Avec seulement 3 sièges à l’Assemblée Nationale et une CAQ écrasante ayant élu 90 candidats, il semble que le PQ soit entré dans une sorte de guérilla de la dernière chance. Les péquistes savent qu’ils ne pèseront pour à peu près rien dans les décisions pendant 4 ans, que le CAQ leur a largement volé l’enjeu identitaire, et sont donc réduit à un coup d’éclat facile ; refuser le serment au roi.

QS, qui pour sa part stagne avec son électorat urbain, cherche depuis des années à prouver qu’il est un parti indépendantiste et est particulièrement adepte de révolte, n’avait pas le choix de suivre son adversaire de toujours. « C’est nous, les vrais révolutionnaires! » ont-ils dû se dire en réunion…

Bref, ce refus de porter allégeance au Roi, loin d’être une politique franche d’un parti qui assume fièrement ses principes, est plutôt le dernier acte désespéré de partis moribond ou stagnants. Une manière d’attirer l’attention et de se donner un minimum de prestige.

Et ça sous-entend que malheureusement, les 3 députés péquistes pourraient bien ne pas siéger que ça ne changerait rien ; ce genre de coup d’éclat est rendu carrément plus payant.

Une distraction impertinente

Si on peut comprendre la stratégie dans la perspective des partis politiques, il n’en demeure pas moins que les Québécois se sont laissés entraîner dans ce débat. Le serment au roi fait maintenant ombrage à de nombreux sujets beaucoup plus pressants.

Le monde actuel vit une période extrêmement difficile. Relents pandémiques, inflation, récession, crise énergétique, délitement du système international et reprise d’une Guerre Froide encore plus dangereuse que la précédente ; les problèmes accumulés sont à juste titre extrêmement inquiétants.

Le monde entier est présentement à risque de tomber dans des crises encore plus sévères que celle du Covid-19, et au Québec, on gonfle le torse en posant comme des héros pour avoir refusé un serment qui, nous dit-on, n’est que symbolique?

C’est à croire qu’au-delà de vouloir attirer l’attention, PQ et QS se sont lancés dans une grève de pertinence, refusant le devoir de débattre sur les enjeux réels du monde actuel qu’impliquerait leur présence à l’assemblée nationale, et ont entraîné toute la population avec eux dans leurs débats qui mènent nulle part.

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