De fausses dates de péremption pour des produits destinés à l’exportation en Inde : Ottawa évalue le risque pour les importations canadiennes

L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) examine actuellement si un vaste système de falsification découvert dans un entrepôt indien pourrait représenter un risque pour les produits alimentaires importés au Canada, après que les autorités locales eurent découvert des aliments dont les dates de péremption et les renseignements nutritionnels avaient été modifiés afin de faciliter leur exportation.

L’affaire mérite une attention particulière au Canada puisque, parmi les produits saisis, un photographe de Reuters a découvert un paquet de croustilles Kurkure de PepsiCo sur lequel avait été apposée une fausse étiquette nutritionnelle en français et en anglais, dans un format semblable à celui exigé par la réglementation canadienne. Rien ne permet encore d’affirmer que ces produits étaient destinés au marché canadien ou que certains d’entre eux y sont effectivement entrés.

« À l’heure actuelle, l’ACIA ne dispose d’aucune information indiquant que des produits associés à cette opération sont entrés au Canada », a précisé l’agence dans une déclaration transmise à Reuters. Elle affirme néanmoins surveiller la situation afin de déterminer si l’opération représente un risque pour les importations canadiennes.

Des dates effacées et remplacées avant l’exportation

La fraude a été découverte dans un entrepôt de Navi Mumbai lors d’une enquête de six jours menée par l’agence responsable des aliments et médicaments de l’État du Maharashtra. Les autorités ont saisi pour près de 80 000 $ de marchandises ainsi que des produits chimiques et de l’équipement servant à effacer puis à remplacer les renseignements imprimés sur les emballages.

Selon Reuters, près de 5 000 cartons se trouvaient dans l’entrepôt. On y retrouvait notamment des croustilles Lay’s et Kurkure de PepsiCo, des nouilles Maggi de Nestlé, de la soupe Knorr et de la mayonnaise Hellmann’s d’Unilever, ainsi que des boissons Thums Up et Limca appartenant à Coca-Cola. Les multinationales en question ne sont accusées d’aucune faute : l’enquête vise plutôt des exportateurs indépendants qui auraient fait modifier les produits sans leur autorisation.

Les autorités indiennes affirment que la majorité des aliments étaient déjà périmés ou approchaient de leur date de péremption. Des solvants auraient servi à effacer les inscriptions originales avant que de nouvelles dates soient imprimées directement sur les emballages. Dans un cas particulièrement révélateur, des inspecteurs ont même trouvé des produits auxquels avait été attribuée une date de fabrication future, soit le 2 octobre 2026.

Les propriétaires de l’entrepôt auraient effectué ce travail pour le compte de 19 petits exportateurs. Les destinations finales des marchandises n’ont toutefois pas encore été établies.

Une fausse étiquette manifestement destinée à un marché étranger

L’affaire ne concerne pas seulement les dates de péremption. Les enquêteurs ont également découvert des modifications aux listes d’ingrédients et aux tableaux nutritionnels afin que les emballages correspondent davantage aux exigences de marchés étrangers.

Sur le paquet de Kurkure portant une étiquette française et anglaise, Reuters rapporte notamment que la proportion indiquée de produits céréaliers avait été réduite de 10 %, tandis que le nombre de calories et la taille des portions avaient été modifiés. L’étiquette semblait ainsi avoir été fabriquée spécifiquement pour donner au produit l’apparence d’un aliment préparé pour l’exportation.

C’est précisément la présence du français et de l’anglais qui attire maintenant l’attention des autorités canadiennes. Les renseignements obligatoires figurant sur les aliments vendus au Canada doivent généralement être présentés dans les deux langues officielles, ce qui rend évidemment plausible l’hypothèse que certains produits de ce réseau aient pu viser le marché canadien, sans toutefois permettre de le démontrer à ce stade.

PepsiCo a depuis indiqué à Reuters n’entretenir aucune relation commerciale avec les exportateurs mentionnés dans cette affaire et ne pas autoriser l’exportation de ses produits indiens par ces entreprises. La compagnie précise que ses grignotines fabriquées en Inde sont destinées au marché indien, sauf lorsqu’une exportation a été expressément autorisée.

Les contrôles à l’importation doivent fonctionner

Cette découverte survient alors que les autorités indiennes ont lancé une importante campagne d’inspections sanitaires. Reuters rapporte que les gouvernements fédéral et régionaux multiplient actuellement les contrôles concernant l’hygiène et les infractions aux normes alimentaires, allant dans certains cas jusqu’à ordonner immédiatement la suspension d’établissements. Dans son reportage initial sur l’entrepôt de Mumbai, l’agence notait également que l’application des règles de salubrité alimentaire demeure historiquement déficiente dans certaines parties du pays.

Pour les consommateurs québécois et canadiens, l’enjeu n’est évidemment pas de présumer que tout aliment fabriqué en Inde est problématique. Il est plutôt de s’assurer que les standards que nous imposons ici demeurent tout aussi rigoureux lorsque les produits viennent de l’étranger. Une étiquette bilingue et un tableau nutritionnel d’apparence canadienne ne valent rien si les renseignements qu’ils contiennent ont été fabriqués clandestinement à des milliers de kilomètres.

L’ACIA affirme prendre au sérieux la fraude alimentaire, notamment les fausses dates, les renseignements nutritionnels inexacts et les indications trompeuses sur l’origine des aliments. Lorsqu’un produit non conforme est découvert, l’agence peut notamment le retirer du marché, suspendre une licence ou imposer des sanctions financières.

Pour l’instant, aucun élément ne permet donc de conclure que les produits saisis en Inde se sont retrouvés sur les tablettes canadiennes. La découverte d’emballages falsifiés pour l’exportation — dont au moins un spécialement préparé avec une étiquette française et anglaise — justifie néanmoins que l’ACIA vérifie soigneusement la filière.

Lorsque nous importons des aliments, nous devons pouvoir avoir la certitude que nous importons le produit annoncé sur l’emballage, et pas simplement une étiquette donnant l’apparence du respect de nos normes.

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