Le Québec est l’État le plus taxé en Amérique du Nord et son économie et sa compétitivité laisse à désirer. Alors, Gabriel Giguère estime que la mise en place d’une flat tax serait bénéfique pour l’économie du Québec.
Gabriel Giguère est analyste de politiques publiques à l’Institut économique de Montréal.
Entretien
Simon Leduc : C’est quoi le concept de la flat tax?
Gabriel Giguère : «C’est un taux d’imposition unique. C’est-à-dire que tous les contribuables paient le même pourcentage d’impôt peu importe leurs revenus. Il y a qu’un seul taux de taxation. Au Québec, on a un système de fiscalité progressif. Cela veut dire qu’il est basé sur plusieurs paliers d’imposition. Le pourcentage d’imposition d’un contribuable qui gagne 100 000$ est plus élevé que celui qui fait 30 000$ par an. Alors, la flat tax vient éliminer cet élément progressif. De toute façon, si elle est de 10%, deux contribuables qui gagnent 200 000$ et 50 000$ respectivement vont débourser 20 000$ et 5000$ pour payer leurs impôts. C’est un système qui est plus équitable qu’une fiscalité à la québécoise.»
Quels sont les avantages du taux d’imposition unique?
Gabriel Giguère : «Tout d’abord, les codes fiscaux du Canada et du Québec sont très compliqués. Alors, la flat tax permettrait de les simplifier. Cela serait moins difficile pour les contribuables de faire leurs rapports d’impôt. Dans ce scénario, le Québec serait en mesure de réduire ses effectifs à Revenu Québec. Alors, il y aurait un gain pour lui au niveau de ses dépenses.
D’autre part, avec une telle mesure, le Québec pourrait mieux stimuler sa croissance économique. Il faut savoir qu’un taux l’imposition élevé réduit le niveau d’entrepreneuriat. Les gens accumulent moins d’argent et n’ont pas le capital nécessaire pour créer des entreprises ou devenir des travailleurs indépendants. Une telle mesure aurait un effet positif sur la stimulation de l’économie et l’entrepreneuriat exploserait, car plus de gens auraient les moyens de créer des compagnies.
Également, c’est aussi une question de compétitivité. Avec un fardeau fiscal plus modéré, le Québec deviendrait plus attractif et ainsi attirerait de la nouvelle main-d’œuvre provenant du reste du Canada et de l’extérieur. Un faible taux de taxation est un incitatif important pour ceux qui veulent s’établir dans un pays. Actuellement, la Belle province n’est pas concurrentielle en matière de fiscalité. Les Québécois sont les travailleurs les plus taxés en Amérique du Nord. En conséquence, on a de la misère à séduire de nouveaux travailleurs. Donc, notre compétitivité et croissance économique sont faibles. Cela peut expliquer pourquoi notre émigration avec le reste du Canada est toujours négative. Il y a plus de personnes qui quittent le Québec vers le reste du Canada que le contraire.
C’est sûr que l’État perdrait de l’argent avec la flat tax, mais le développement économique serait stimulé. Alors, le Québec serait plus performant sur le plan économique et il en sortirait gagnant.
De plus, ce système de fiscalité est plus juste que les autres, car tout le monde paie le même taux d’imposition peut-être importe le revenu.»
Il y a t-il une province qui a mis en place un système de taux d’imposition unique?
Gabriel Giguère : «Au tournant des années 2000, en Alberta, le gouvernement de Ralph Klein a mis en place une flax tax. Cette politique fiscale s’appelait «The Alberta advantage». Le taux unique d’imposition était de 10%. L’économie de cette province est devenue attractive pour des gens qui gagnent de bons salaires. Cela a permis à l’Alberta de bonifier sa main-d’œuvre. C’est une province qui est devenue le moteur économique du Canada partiellement à cause de son environnement économique intéressant.
Vers le milieu des années 2010, le gouvernement de l’Alberta a mis un terme à cette politique. Les Albertains ont maintenant un système fiscal progressif entre 10 et 15%.
Le Fraser Institute a publié une étude sur le cas albertain. On s’est rendu compte que quatre ans après l’instauration d’une flat tax de 10%, les revenus de l’État albertain, provenant de l’impôt personnel, diminueraient de 2.36 milliards de dollars s’il remettait en place une flat tax. Cela représente une baisse de 9% des revenus pour cette province. Ce n’est pas énorme comme montant, car cela aurait des effets bénéfiques pour son économie et son attractivité auprès des travailleurs à gros revenus hausserait considérablement.
Pour conclure, le Québec est l’État le plus gros et le plus taxé en Amérique du Nord. En conséquence, son économie n’est pas prospère et il ne produit pas assez de richesse. De plus, la Belle province a de la difficulté d’attirer des travailleurs qualifiés. Au contraire, elle en perd au profit de province plus riche et qui ont un taux de taxation plus équitable comme l’Alberta. Alors, le Québec devrait être ouvert à un système de fiscalité plus équitable comme la flat tax. Une telle mesure lui permettrait de devenir une province riche, compétitive et plus captivante sur le plan économique. Mais, il faudrait commencer à ouvrir le débat sur la question. Actuellement, la société québécoise est hostile à une faible baisse des impôts comme celle que la CAQ a mis en place lors de son mandat actuel.».



