Exposition tendancieuse sur la Nakba ; une démission fracassante secoue le Musée canadien pour les droits de la personne

Le scandale entourant la controversée exposition sur la Nakba au Musée canadien pour les droits de la personne de Winnipeg vient de franchir une nouvelle étape. Marc Berlin, professeur à l’Université McGill et membre du conseil d’administration du musée, a annoncé sa démission en dénonçant ce qu’il considère comme une présentation idéologique et historiquement incomplète du conflit israélo-palestinien.

Selon La Presse canadienne, Marc Berlin a transmis sa lettre de démission au ministre du Patrimoine canadien, Marc Miller, ainsi qu’au président du conseil d’administration du musée. Dans cette lettre, il accuse l’institution de privilégier une lecture politique de l’histoire plutôt qu’une présentation équilibrée des événements.

« Présenter le déplacement des Palestiniens de 1948 sans son contexte historique et politique approprié offre un récit étroit et unilatéral de l’histoire », écrit-il. Selon lui, cette approche risque d’alimenter davantage les tensions déjà présentes entre les communautés juive et musulmane au Canada.

L’exposition, qui doit ouvrir ses portes cette semaine, porte sur le déplacement forcé d’environ 750 000 Palestiniens durant la guerre de 1948, un événement connu sous le nom de Nakba, ou « catastrophe » en arabe. Le musée affirme que l’objectif de l’exposition est de mettre en lumière les expériences vécues par les Palestiniens et leurs descendants, et non de présenter une histoire exhaustive du conflit.

Or, Marc Berlin soutient que cette approche omet des éléments essentiels à la compréhension des événements. Il reproche notamment à l’exposition de ne pas expliquer que les États arabes ont rejeté le plan de partage des Nations unies prévoyant la création d’un État juif et d’un État arabe, puis ont lancé une guerre contre le nouvel État d’Israël. Il souligne également que près de 850 000 Juifs ont été expulsés ou contraints de fuir plusieurs pays arabes dans les années qui ont suivi.

Selon lui, ces deux déplacements de population sont intimement liés et ne peuvent être présentés séparément.

« Les histoires ne sont pas dissociables. Elles se sont produites au même moment historique », affirme-t-il dans sa lettre.

Le professeur de McGill va plus loin encore en évoquant la présence d’un « antisionisme institutionnel » au sein du musée. Il accuse l’institution de manquer à son mandat légal et moral de favoriser la compréhension mutuelle et le dialogue entre les Canadiens.

Cette démission survient alors que le musée fait déjà l’objet d’une controverse grandissante depuis plusieurs semaines.

Le chroniqueur Terry Newman révélait récemment dans le National Post l’existence de courriels internes montrant qu’une représentante officielle de l’Autorité palestinienne au Canada avait rencontré des responsables du musée alors que l’exposition était en préparation. Selon les documents obtenus par le quotidien, Mona Abuamara, représentante de la délégation palestinienne au Canada, souhaitait recevoir une mise à jour sur l’avancement du projet et discuter de la manière dont elle pourrait « aider » son développement.

Ces révélations ont alimenté les critiques de plusieurs organisations juives qui dénoncent depuis des mois un manque de transparence dans le processus de consultation ainsi qu’une présentation jugée déséquilibrée des événements de 1948.

Toujours dans les pages du National Post, l’avocat montréalais Neil Oberman a soulevé des questions quant au respect du mandat prévu par la Loi sur les musées. Celui-ci s’interroge notamment sur le rôle qu’a pu jouer une représentante étrangère dans le développement d’une exposition financée par les contribuables canadiens.

Le chroniqueur Kevin Klein rapportait pour sa part qu’une organisation juridique israélienne, le Shurat HaDin-Israel Law Center, préparerait actuellement une demande d’injonction afin de suspendre l’ouverture de l’exposition. Les opposants réclament notamment la divulgation complète des échanges entre le musée, les membres de son comité consultatif et les représentants palestiniens.

De son côté, la direction du musée rejette ces accusations. La présidente-directrice générale, Isha Khan, affirme que l’exposition n’est ni une critique du sionisme ni une remise en question de la légitimité d’Israël. Elle soutient plutôt qu’il s’agit d’un espace consacré aux témoignages et aux expériences vécues par des Canadiens d’origine palestinienne.

Le musée souligne également avoir organisé plusieurs expositions et activités consacrées à la lutte contre l’antisémitisme au cours des dernières années.

Le ministre du Patrimoine, Marc Miller, a pour sa part refusé d’intervenir, affirmant qu’il n’appartient pas au gouvernement de dicter les choix curatoriaux d’un musée national.

Reste que la démission d’un membre du conseil d’administration constitue un sérieux revers pour l’institution. Alors que l’exposition n’est même pas encore ouverte au public, les accusations de partialité, les questions entourant les consultations menées par le musée et les allégations d’influence politique continuent d’alimenter une controverse qui ne montre aucun signe d’essoufflement.

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