John Carpay, B.A., LL.B., défend la liberté d’expression sur les campus devant les tribunaux et dans l’espace public depuis plus de vingt ans. Il est président du Centre juridique pour les libertés constitutionnelles (cjlc.ca).
Depuis les années 1990, le cancer de la censure est toléré et cajolé par les administrations universitaires partout au Canada.
Il est grand temps que les Canadiens exigent des gouvernements provinciaux qu’ils cessent de verser des milliards de dollars en fonds publics à des universités qui démontrent, par leurs actes, qu’elles n’ont aucun attachement à la recherche intellectuelle, au débat et à la vérité.
L’arrestation de Frances Widdowson à l’Université de Victoria, alors qu’elle tentait d’engager les étudiants dans un débat sur le campus, constitue le dernier exemple en date d’une tendance anti-intellectuelle agressive qui ne cesse de s’aggraver dans les universités, décennie après décennie.
Le 2 décembre 2025, Mme Widdowson a été accusée d’intrusion après avoir tenté de dialoguer ouvertement avec des étudiants à l’UVic. Elle s’était présentée sur le campus avec une pancarte portant simplement l’inscription « Que reste-t-il ? ». Elle espérait discuter avec les étudiants de la question suivante : croient-ils réellement que 215 enfants sont enterrés sur le site de l’ancien pensionnat autochtone de Kamloops ?
À ce jour, aucun corps n’a été retrouvé sur le site de Kamloops. Les contribuables canadiens ont pourtant versé plus de 12 millions de dollars pour financer des fouilles à Kamloops et sur d’autres anciens sites de pensionnats en Colombie-Britannique, des fouilles qui pourraient établir la vérité. Or, le conseil autochtone local de Kamloops continue de refuser toute excavation, malgré l’argent reçu. Pendant ce temps, les discours gouvernementaux, médiatiques et universitaires persistent à qualifier les pensionnats de « génocidaires ». Mme Widdowson, ancienne professeure à l’Université Mount Royal, fait partie des rares universitaires au Canada qui n’ont pas peur de remettre en question des récits dominants aussi peu étayés que celui-ci.
À l’origine, les seules cibles de la censure, du harcèlement et de l’intimidation sur les campus étaient les groupes pro-vie.
Par exemple, la Simon Fraser Student Society a retiré le statut de club officiel au groupe pro-vie SFU LifeLine après avoir décrété que tous les clubs étudiants devaient adopter une position pro-choix dans le cadre d’une nouvelle politique dite de « droits reproductifs ». À l’Université de l’Alberta, l’administration a toléré l’intimidation, la censure et le harcèlement d’un de ses propres groupes étudiants, UAlberta Pro-Life. L’université a finalement été sévèrement réprimandée par la Cour d’appel de l’Alberta pour avoir imposé des frais de sécurité de 17 500 $, somme qu’aucun club étudiant ne pouvait se permettre. À l’Université de Calgary, des étudiants pro-vie ont été reconnus coupables d’inconduite non académique pour avoir exprimé pacifiquement des opinions impopulaires sur le campus, avant que la cour ne donne tort à l’université dans l’affaire Wilson c. University of Calgary.
Depuis les années 1990, le cancer de la censure est toléré et encouragé par les autorités universitaires à travers le pays. Sans surprise, ce cancer s’est propagé. Il ne vise plus uniquement les groupes pro-vie.
Aujourd’hui, la vaste majorité des universités canadiennes affichent un engagement ferme envers la « diversité », l’« équité » et l’« inclusion » dans leurs énoncés de mission, de vision et de valeurs. Elles imposent une idéologie militante à l’ensemble des étudiants et du personnel enseignant. Leur volonté de défendre la liberté d’expression, la recherche ouverte et la quête de la vérité est extrêmement limitée.
Les subventions fédérales visant le renforcement des capacités institutionnelles en matière d’équité, de diversité et d’inclusion minent elles aussi la liberté d’expression et la recherche de la vérité. Pour y avoir droit, les universités doivent imposer des formations obligatoires aux étudiants, aux professeurs et au personnel sur des stratégies dites d’« anti-oppression » et de « biais inconscients ». Toutefois, les principaux bailleurs de fonds des universités publiques demeurent les gouvernements provinciaux, et non le gouvernement fédéral.
Il faudrait non pas un livre, mais une encyclopédie entière pour recenser tous les cas de censure de la parole sur les campus canadiens par des universités et des associations étudiantes au cours des 30 dernières années. Voici néanmoins quelques exemples.
En 2017, l’Université McMaster, à Hamilton, a laissé une foule bruyante et hostile empêcher Jordan Peterson — alors professeur à l’Université de Toronto — de prendre la parole. Le président de l’université ne s’est jamais excusé.
L’Université Mount Royal, en plus d’avoir congédié Frances Widdowson pour ses désaccords publics avec l’idéologie woke, a également « annulé » l’enseignant Mark Hecht à la suite de plaintes de personnes se disant offensées par une chronique qu’il avait publiée dans le Vancouver Sun en 2019 et qui critiquait la notion de diversité.
En 2019, l’Université Simon Fraser a cédé devant des extrémistes en annulant une table ronde intitulée « Comment le biais médiatique façonne le débat sur l’identité de genre ». Les panélistes comprenaient Meghan Murphy et Jonathan Kay, et la discussion devait être animée par Lindsay Shepherd. En violation du Code criminel, des militants trans ont menacé de perturber physiquement l’événement en détruisant des biens et en déclenchant de fausses alarmes incendie. Comme tant d’autres universités, la SFU a pratiqué la culture de l’annulation sous couvert de « sécurité ».
Les universités canadiennes ignorent systématiquement le fait que les véritables menaces à la sécurité proviennent de voyous intolérants qui enfreignent le Code criminel, et non de ceux qui expriment pacifiquement leurs opinions. Pourtant, les universités récompensent régulièrement ceux qui profèrent des menaces criminelles — comme l’obstruction et la perturbation d’événements — tout en punissant les innocents en annulant les activités prévues.
Le club de la liberté d’expression de l’Université de la Colombie-Britannique avait réservé une salle pour accueillir le journaliste Andy Ngo le 29 janvier 2020, afin qu’il parle de la violence d’Antifa. Le club avait versé un dépôt pour la réservation en novembre, mais l’UBC a annulé l’événement en décembre, invoquant vaguement des préoccupations de « sécurité ». Plus de cinq ans plus tard, cette affaire est toujours devant les tribunaux.
En 2020, l’Université de l’Alberta a démis la professeure d’anthropologie Kathleen Lowrey — qui se décrit comme féministe critique du genre — de son poste de vice-présidente associée aux programmes de premier cycle, à la suite de plaintes anonymes affirmant qu’elle rendait l’environnement d’apprentissage « dangereux ». Ni le doyen des étudiants ni les services d’équité, de diversité, d’inclusion et de ressources humaines de l’université n’ont voulu préciser combien de personnes s’étaient plaintes ni la nature exacte des accusations.
En 2020 également, David Lesbarrères, écologiste évolutionniste et doyen des études supérieures à l’Université Laurentienne, a publié un message sur les réseaux sociaux contenant un mot-clic jugé controversé par les militants : « #AllLivesMatter ». Il a été démis de ses fonctions de doyen par le président de l’université, qui a affirmé que son message avait « blessé beaucoup de gens ».
En 2021, l’Université de Winnipeg a expulsé un étudiant de son programme en éducation pour avoir participé à une manifestation pacifique, en plein air et hors campus, contre les restrictions sanitaires jugées contraires à la Charte. L’université n’a réintégré l’étudiant qu’après avoir reçu une mise en demeure d’un avocat du Justice Centre.
Patrick Provost, professeur de microbiologie et d’immunologie, a été suspendu puis congédié par l’Université Laval. Spécialiste des micro-ARN — des molécules qui régulent l’expression des gènes —, il avait critiqué les vaccins contre la COVID-19 en décembre 2021, estimant que, chez les enfants, les risques liés à la vaccination dépassaient les bénéfices en raison des effets secondaires potentiels des vaccins à ARN messager. Plutôt que de favoriser le débat, l’université l’a licencié en 2022.
L’Université de Lethbridge fait actuellement l’objet d’une poursuite judiciaire en lien avec sa décision, en 2023, d’annuler une conférence de Frances Widdowson intitulée « Comment le wokisme menace la liberté académique ».
Les présidents des universités canadiennes, de concert avec leurs conseils d’administration et leurs cadres supérieurs, ont clairement indiqué qu’ils n’ont aucune intention de rétablir la liberté d’expression sur les campus. Ils invoquent la « liberté académique » comme si celle-ci leur conférait le droit de censurer les opinions impopulaires. Ils imposent une idéologie militante aux étudiants et au personnel. Et ils entendent continuer à recevoir chaque année des milliards de dollars des contribuables, tout en refusant de favoriser la recherche de la vérité par le débat et l’enquête ouverts.
Les gouvernements provinciaux peuvent commencer à corriger la situation dès demain. Ce n’est pas compliqué. Les ministres de l’Enseignement supérieur de chaque province peuvent informer les présidents d’université que le financement public sera désormais conditionnel au respect de la liberté d’expression et à la promotion de la recherche de la vérité par le débat ouvert. La législation provinciale peut être modifiée au besoin. Si une université refuse de satisfaire à cette norme élémentaire et équitable, elle est libre de se tourner vers d’autres sources de financement que l’État.
Les contribuables et leurs représentants élus ont été beaucoup trop tolérants face à des dérives graves, et ce, depuis bien trop longtemps.



