L’avenir des Républicains en France

Auparavant, les Républicains, la droite classique, dominaient le paysage politique français. De 1995 à 2012, ce courant a occupé l’Élysée sous les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy. Dans les années 2010, cette formation politique s’est progressivement recentrée. Cela a permis au Rassemblement national de s’imposer comme la principale force de droite en France. Québec Nouvelles s’est entretenu avec Ghislain Benhessa afin de discuter de l’avenir des Républicains.

Ghislain Benhessa est docteur en droit, essayiste et observateur de la scène politique française.

Entretien

Simon Leduc : Les Républicains étaient autrefois la première force de droite en France. Pouvez-vous nous raconter le parcours de ce courant politique?

Ghislain Benhessa : « Dans les années 1990 et 2000, la droite française était constituée de trois grandes formations politiques : l’UDF (le parti de centre-droit) et le RPR, tandis que le Front national représentait l’extrême droite. L’Union pour la démocratie française a été fondée par l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing. C’était davantage un parti d’élus que de militants et il constituait une force moyenne dans le paysage politique français. Il soutenait régulièrement la véritable force de la droite française, le RPR (Rassemblement pour la République). C’était un parti gaulliste, héritier du général de Gaulle, doté d’une forte implantation militante. Le RPR était alors le premier parti de France et s’alliait avec l’UDF pour gouverner.

En 2002, Jacques Chirac a été réélu président de la République. Le RPR est alors devenu l’Union pour la majorité présidentielle (UMP), puis l’Union pour un mouvement populaire. Il s’agissait d’un grand parti de rassemblement des différentes sensibilités de la droite, tant gaulliste que centriste. »

Est-ce que la droite française a réussi, sous le leadership de Nicolas Sarkozy, à marginaliser le Front national?

Ghislain Benhessa : « Par la suite, l’UMP est devenue Les Républicains. En 2007, Nicolas Sarkozy a mené une campagne avec un programme de droite assumé, notamment en matière d’immigration et de sécurité. Il est ainsi allé chercher une partie importante de l’électorat du Front national, séduit par un discours proche de certaines de ses préoccupations. Cette stratégie lui a permis de remporter l’élection présidentielle de 2007.

Or, une fois au pouvoir, Nicolas Sarkozy n’a jamais véritablement mis en œuvre le programme musclé qu’il avait promis en matière de sécurité et d’immigration. Les électeurs frontistes sont alors retournés vers le Front national, ce qui a contribué à sa défaite en 2012.

Depuis cette époque, Les Républicains sont devenus une force politique minoritaire parce que le Rassemblement national est devenu la principale force de droite en France. Les Républicains se sont recentrés, ce qui a permis au RN de fédérer une grande partie de l’électorat de droite. Par exemple, dans les années 1990, le RPR faisait élire près de 300 députés et visait la majorité absolue à l’Assemblée nationale. En revanche, lors des élections législatives de juin 2024, Les Républicains n’ont fait élire qu’une soixantaine de députés, tandis que le RN en a fait élire 143, devenant ainsi la première force politique de droite. Les Républicains sont désormais devenus une formation politique marginale. »

Selon vous, Les Républicains vont-ils s’allier au Rassemblement national dans le futur?

Ghislain Benhessa : « Tout d’abord, Marine Le Pen souhaite que le RN demeure un parti patriote et national qui ne tende pas la main à la droite classique. Elle veut que son parti conserve son autonomie et maintienne ses distances avec Les Républicains.

À l’inverse, Jordan Bardella rêve d’une alliance des droites dans laquelle le RN exercerait un rôle hégémonique. À ses yeux, le RN doit devenir une force de droite libérale sur le plan économique et régalienne sur les questions de sécurité et d’immigration. Jordan Bardella ambitionne de séduire le patronat et la bourgeoisie afin d’élargir ses appuis à droite.

La ligne du Rassemblement national est donc partagée entre les visions de Marine Le Pen et de Jordan Bardella.

Les Républicains se retrouvent ainsi coincés, sur le plan idéologique, entre le bloc central macroniste et le Rassemblement national. Deux courants s’y affrontent. D’un côté, les modérés refusent toute alliance avec le RN et sont davantage favorables à un rapprochement avec les macronistes. De l’autre, l’aile droite, représentée notamment par Bruno Retailleau, estime que Les Républicains devraient tendre la main au RN, désormais premier parti de droite, afin de réunifier ce camp politique et de le ramener au pouvoir.

Par exemple, Éric Ciotti, alors président des Républicains, estimait que son parti devait s’allier au RN. Toutefois, la direction du parti refusait catégoriquement cette option. En conséquence, Éric Ciotti a quitté Les Républicains et a fondé un nouveau mouvement politique, l’Union des droites pour la République, un parti de sensibilité libérale et identitaire allié au Rassemblement national.

Pour conclure, Les Républicains ne sont plus une force politique majeure. Ils cherchent désormais à trouver un espace politique entre le bloc central macroniste et le Rassemblement national, qui domine aujourd’hui la droite française. J’estime que l’avenir de ce courant politique, autrefois hégémonique, paraît sombre. Si le candidat des Républicains à l’élection présidentielle de 2027 obtient un nouveau résultat anémique, ce parti devra accepter qu’il n’est plus qu’un parti satellite du Rassemblement national sur le flanc droit de l’échiquier politique français. »

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine