L’icône altermondialiste Naomi Klein dans l’embarras après son appui à un démocrate ayant déjà arboré un tatouage SS

La journaliste et essayiste canadienne Naomi Klein, longtemps considérée comme l’une des intellectuelles les plus influentes de la gauche altermondialiste, traverse une nouvelle controverse. Selon Terry Newman, dans une chronique publiée par le National Post, Klein a dû présenter des excuses après avoir fait l’éloge de Graham Platner, alors candidat démocrate au Sénat américain dans le Maine, sans avoir vérifié les nombreuses controverses qui l’entouraient, notamment des accusations d’agression sexuelle et l’existence d’un tatouage représentant un emblème des SS nazis, le Totenkopf.

L’affaire est embarrassante pour une militante qui, depuis plus de vingt-cinq ans, se présente comme une vigie morale dénonçant les dérives du pouvoir, des multinationales et des gouvernements occidentaux.

Sur Bluesky, Naomi Klein a reconnu avoir « vraiment merdé » (« truly f—ked up ») en ne faisant pas preuve de suffisamment de diligence avant de qualifier Platner d’« extraordinaire communicateur politique ». Elle a également présenté ses excuses aux femmes ayant dénoncé son comportement, reconnaissant que les informations disponibles à l’époque auraient dû l’inciter à davantage de prudence.

Mais, comme le souligne Terry Newman, Klein est demeurée étonnamment silencieuse sur un autre élément pourtant largement documenté : Graham Platner avait lui-même reconnu, quelques mois auparavant, dans un balado, porter sur la poitrine un tatouage représentant le Totenkopf, symbole historiquement associé aux unités SS du régime nazi. Plusieurs internautes lui avaient d’ailleurs signalé ce fait dès le mois de mars, sans que cela ne l’empêche de continuer à soutenir que le candidat demeurait politiquement intéressant à observer.

Une figure emblématique de l’altermondialisme

Cette controverse remet sous les projecteurs une personnalité qui a profondément marqué la pensée critique des années 2000.

Publié en 1999, No Logo est rapidement devenu une référence internationale pour toute une génération de militants opposés à la mondialisation économique. Quelques années plus tard, La Stratégie du choc (The Shock Doctrine) allait consacrer la réputation mondiale de Naomi Klein. L’essayiste y soutient que les gouvernements et les élites profitent souvent des crises — guerres, catastrophes ou récessions — pour faire accepter des politiques qui auraient autrement rencontré une forte opposition.

Cette réflexion a conservé une certaine pertinence, particulièrement après les débats suscités par les politiques adoptées durant la pandémie. Elle a toutefois aussi contribué à populariser une profonde méfiance envers les institutions et les élites politiques, une grille de lecture qui est parfois devenue, chez certains de ses admirateurs comme de ses détracteurs, une manière quasi systématique d’interpréter les grands événements internationaux.

Fait intéressant, Naomi Klein s’est récemment intéressée à cette même culture du soupçon dans son ouvrage Doppelganger, consacré notamment à la montée du conspirationnisme et aux anciens militants de gauche ayant basculé vers des mouvements populistes ou de droite radicale. Pour ses critiques, cette évolution de son œuvre présente une certaine ironie : après avoir contribué à diffuser une vision du monde fondée sur une forte méfiance envers les élites, elle tente aujourd’hui d’analyser certaines des dérives auxquelles cette méfiance a pu donner lieu.

D’ailleurs, avec d’autres figures comme Noam Chomsky, Naomi Klein a ainsi contribué à populariser une profonde méfiance envers les institutions occidentales et la politique étrangère américaine. Si cette tradition critique a souvent permis de mettre en lumière de véritables abus, ses détracteurs lui reprochent aussi d’avoir encouragé une lecture parfois réductrice ou excessivement soupçonneuse des grands événements internationaux.

L’angle mort

La controverse entourant Graham Platner illustre peut-être un autre phénomène : lorsqu’une personnalité est perçue comme appartenant au « bon camp » politique, certains militants semblent parfois moins enclins à exercer l’esprit critique qu’ils revendiquent pourtant avec vigueur envers leurs adversaires.

Il ne s’agit évidemment pas de prétendre que Naomi Klein partage les opinions associées au symbole nazi porté par Platner. Rien ne permet de soutenir une telle affirmation.

En revanche, cette affaire rappelle qu’un regard critique exige une certaine cohérence. Une intellectuelle qui a bâti sa carrière sur la dénonciation des angles morts des élites se retrouve aujourd’hui critiquée pour avoir elle-même fermé les yeux sur des informations publiques concernant un candidat qu’elle souhaitait promouvoir.

Comme le souligne Terry Newman dans le National Post, cette erreur dépasse largement un simple manque de vérification journalistique. Elle pose la question de savoir si l’engagement militant peut parfois conduire à appliquer des standards différents selon que les fautes proviennent de ses adversaires idéologiques… ou de ses alliés.

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