L’opposition de Greenpeace aux OGM aurait coûté la vie à plus de 100 000 enfants, selon des chercheurs

Dans les débats entourant les organismes génétiquement modifiés (OGM), les opposants présentent souvent leur combat comme une croisade en faveur de la santé publique et de l’environnement. Or, un nouvel article publié dans le magazine américain Reason soulève une question dérangeante : que se passe-t-il lorsque l’opposition à une technologie potentiellement salvatrice entraîne elle-même des conséquences humaines majeures?

Selon le journaliste scientifique Ronald Bailey, qui écrit dans Reason, une nouvelle estimation réalisée par Abi Olvera, fondatrice du groupe de recherche DC Abundance et directrice de recherche au Golden Gate Institute for AI, conclut que les retards imposés à l’adoption du « riz doré » auraient contribué à la mort d’environ 106 000 enfants au cours des dernières décennies. L’étude estime également que de 210 000 à 425 000 autres enfants auraient souffert de cécité liée à une carence en vitamine A.

Le riz doré est une variété de riz génétiquement modifiée afin de produire du bêta-carotène, un précurseur de la vitamine A. Cette innovation a été développée précisément pour répondre à un problème de santé publique majeur dans plusieurs pays en développement où le riz constitue l’aliment de base de millions de personnes.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), citée par Abi Olvera, entre 250 000 et 500 000 enfants souffrant d’une carence en vitamine A deviennent aveugles chaque année. Environ la moitié d’entre eux meurent dans les douze mois suivant la perte de leur vue. La carence en vitamine A demeure d’ailleurs la principale cause évitable de cécité infantile dans le monde.

Les estimations d’Olvera portent sur onze pays où le riz représente une part importante de l’alimentation quotidienne. Elles se veulent prudentes et ne prétendent pas établir un bilan mondial complet des conséquences du retard dans la diffusion de cette culture.

Depuis plus de vingt-cinq ans, le riz doré se trouve au cœur d’une bataille idéologique opposant une grande partie de la communauté scientifique à plusieurs groupes militants environnementalistes, dont Greenpeace.

Ronald Bailey rappelle que Greenpeace s’oppose au projet depuis le début des années 2000. L’organisation affirmait alors que le riz doré présentait les mêmes risques que les autres cultures génétiquement modifiées. Une position que de nombreux chercheurs ont qualifiée d’infondée au fil des ans.

En 2013, la prestigieuse revue scientifique Science avait publié un éditorial particulièrement sévère dénonçant la campagne menée contre le riz doré. L’éditorial affirmait que si une cause méritait l’indignation publique, il s’agissait bien de l’opposition concertée au déploiement de cette technologie.

Trois ans plus tard, plus d’une centaine de lauréats du prix Nobel signaient une lettre ouverte exhortant Greenpeace à mettre fin à sa campagne contre le riz doré et contre les cultures génétiquement améliorées en général. Certains signataires allaient jusqu’à évoquer ce qu’ils considéraient comme un « crime contre l’humanité », estimant que l’opposition idéologique à cette technologie contribuait à prolonger inutilement les souffrances humaines.

Le dossier a connu un nouveau rebondissement en 2024 lorsqu’un tribunal philippin, à la suite de pressions exercées par des groupes militants, a bloqué la culture locale du riz doré. Une décision qui avait suscité de vives critiques de la part de nombreux scientifiques et experts en nutrition.

Au-delà du cas particulier du riz doré, cette controverse illustre un débat plus large sur la relation entre science, politique et militantisme. Les opposants aux OGM invoquent souvent le principe de précaution pour justifier leur position. Les défenseurs de la biotechnologie rétorquent toutefois qu’il faut également tenir compte du coût humain de l’inaction.

Dans le cas du riz doré, la question devient particulièrement difficile à esquiver. Si les estimations avancées par Abi Olvera sont même partiellement exactes, le refus d’adopter cette innovation pourrait avoir coûté la vue à des centaines de milliers d’enfants et contribué à des dizaines de milliers de décès évitables.

Après plus de deux décennies de controverse, les défenseurs du projet espèrent néanmoins que la situation évoluera. À mesure que les pays en développement développent leurs propres capacités en biotechnologie agricole, il devient de plus en plus difficile, selon Olvera, de bloquer indéfiniment une technologie conçue précisément pour sauver des vies.

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