Il vaut la peine de revenir sur l’événement qui s’est produit à New York le 7 mars dernier, et dont nos médias ont peu parlé. La presse québécoise a traité l’affaire comme une nouvelle internationale mineure – mais les conséquences auraient pu être terribles et entraîner de sérieuses répercussions.
Le 7 mars, le militant de droite Jake Lang organisait une manifestation anti-islamisation à New York, près de Gracie Mansion, la résidence officielle du maire Zoran Mamdani, qui est musulman. Sur l’affiche outrancièrement sensationnaliste générée par l’IA pour publiciser l’événement, on pouvait lire : « Américains contre l’islamisation » et « Arrêtons les prières islamiques publiques à NYC ».
L’événement survenait dans la foulée d’une prière collective, le 20 février 2026, à Times Square, où des milliers de fidèles musulmans se sont rassemblés à l’occasion du premier vendredi du Ramadan. Lang cible également l’autorisation par la ville de New York de diffuser sans permis l’appel à la prière par haut parleur, notamment le vendredi et pendant le Ramadan depuis 2023.
Jake Lang, dont le nom complet est Edward Jacob Lang, est un activiste américain et figure connue des événements du 6 Janvier 2021. Il a d’ailleurs été inculpé de plusieurs accusations fédérales liées à cette journée qui, dans son cas, dépassent la simple présence sur les lieux. En 2025, Lang a bénéficié du pardon présidentiel général accordé par Donald Trump à toutes les personnes interpelées.
La manifestation de Lang n’a attiré qu’une vingtaine de participants, et cela n’étonne guère. Il est un piètre ambassadeur de la cause. Dans un message pour publiciser l’événement sur X, on pouvait lire : « Les croisés chrétiens arrivent à New York pour se dresser contre cette dégoûtante prise de contrôle musulmane !!! » et « Nous avons des centaines de têtes de cochon ». Si l’on voulait discréditer le souci légitime concernant l’islamisation de la société, on ne pourrait pas mieux choisir qu’un personnage comme Lang. Sa grossièreté et sa rhétorique incendiaire tranchent avec la démarche respectable du militant anti-islamisation britannique Tommy Robinson, dont une marche a rassemblé 150,000 personnes à Londres en 2025, selon les estimations conservatrices de la police. La posture repoussante de Lang ne change cependant rien au fond de l’affaire.
Une contre-manifestation pour protester l’événement de Lang a rassemblé plus d’une centaine de personnes (des militants auraient contrecarré toute manifestation critiquant l’islamisation). L’affiche de mobilisation présentait Lang comme un nazi, et montrait une main lui saisissant le visage, avec des éclaboussures rouges stylisées évoquant du sang qui gicle. C’est une rhétorique classique de l’activisme Antifa : dépeindre l’adversaire comme un nazi pour justifier la violence envers lui.
L’humoriste et militant de gauche Walter Masterson participait à la contre-manifestation. Comme on le voit dans une séquence vidéo, il était en train de s’adresser à Jake Lang avec son mégaphone quand un autre contre-manifestant l’a bousculé pour lancer un engin artisanal combustible et explosif sur la poignée de manifestants anti-islamisation.
La police de New York (NYPD) a confirmé que l’objet n’était pas une simple bombe fumigène ou un leurre, mais un réel engin explosif qui aurait pu causer de graves blessures ou la mort. On parle d’une bombe, qui comportait des boulons, vis, et écrous, et qui s’est éteinte avant d’exploser.
Deux hommes ont été arrêtés dans l’affaire : Emir Balat (18 ans) et Ibrahim Kayumi (19 ans), tous deux musulmans venus de Pennsylvanie. Balat serait citoyen américain : né aux États‑Unis ou naturalisé très jeune via ses parents, qui sont des immigrants turcs. Kayumi est peut-être aussi citoyen américain, mais c’est moins explicitement confirmé. Le nom suggère une origine afghane ou pakistanaise.
Balat aurait allumé et jeté le premier engin, puis tenté d’allumer un second tenu par son complice avant d’être interpellé par la police. Une partie des engins récupérés contenait du TATP, un explosif hautement instable et très puissant souvent associé à des attaques terroristes.
Le ministère américain de la Justice a annoncé que les deux suspects étaient des partisans de l’État Islamique (ISIS) et qu’ils auraient agi en soutien à cette organisation terroriste. Emir Balat aurait d’ailleurs écrit: « Je prête allégeance à l’État islamique » suite à son arrestation. Ils ont été placés en détention sans possibilité de libération sous caution, poursuivis pour tentative d’utilisation d’un engin explosif et pour soutien matériel à une organisation terroriste étrangère.
La couverture médiatique de l’affaire est édifiante. Sur le réseau CNN, la journaliste et animatrice Abby Phillip a présenté l’affaire comme « une tentative d’attaque terroriste contre le maire de New York, Zohran Mamdani ». Propos qui a été repris sur la même chaîne par l’analyste politique, Ana Navarro. Pourtant, la bombe visait clairement les manifestants anti-islamisation. De plus, le maire et son épouse n’étaient même pas chez eux : ils visitaient le New York City Sign Museum à Brooklyn.
On note par ailleurs une volonté délibérée de brouiller la réalité. Le réseau ABC fait état « d’un engin explosif improvisé lancé lors de manifestations rivales devant la résidence du maire de New York », comme pour suggérer que la bombe pouvait provenir du groupe de manifestants contre l’islamisation. Il n’y a pourtant jamais eu le moindre doute sur la provenance de l’engin explosif.
La gouverneure Démocrate de l’état de New York Kathy Hochul a blamé à la fois la manifestation anti-islamisation et la bombe artisanale inspirée par l’État Islamique, affirmant que la « haine » n’avait pas de place dans son état – comme s’il n’y avait pas de distinction entre une manifestation et un acte de terrorisme. On relèvera qu’un manifestant accompagnant Lang a utilisé du poivre de Cayenne pour repousser des contre-manifestants qui chargeaient sur lui. D’après les images qui ont circulé en ligne, l’usage est passé relativement inaperçu et les personnes présentes autour n’ont pas semblé gravement affectées. Ceci dit, l’emploi du « pepper spray » n’est pas exclusif à un camp. C’est assez courant dans les confrontations entre groupes antifascistes et leurs adversaires – au point d’être banalisé. Surtout, ce n’est pas du tout équivalent en termes de gravité que de lancer une bombe.
Le pire rapport de l’événement provient du maire Mamdani lui-même. Il commence par condamner la manifestation du suprématiste blanc Jake Lang, qui prend racine dans le racisme et qui constitue un affront envers les valeurs de la ville. Il poursuit avec : « Ce qui a suivi a été encore plus troublant. La violence lors d’une manifestation n’est jamais acceptable. La tentative d’utiliser un engin explosif pour blesser autrui n’est pas seulement criminelle ; elle est répréhensible et constitue l’exact opposé de ce que nous sommes ». Non seulement Mamdani ne fait aucune mention du caractère islamiste, mais son propos laisse croire que Jake Lang et ses sympathisants sont ceux qui ont lancé la bombe.
Si la situation était inversée, et même beaucoup moins grave, les médias et les politiciens Démocrates changeraient radicalement de ton et de vocabulaire. On ne manquerait pas de rappeler le profil ethnique des auteurs et de faire le lien avec l’idéologie. On brandirait la menace posée par le terrorisme domestique nationaliste, ou d’extrême droite, et on tenterait d’y associer toutes les personnes moindrement conservatrices. On ferait des amalgames à profusion.
On constate que, contrairement à ce que soutiennent les partisans de l’immigration massive, les musulmans issus de l’immigration de deuxième génération ne sont pas exempts de radicalisation. Par ailleurs, on voit qu’un élu issu de l’immigration musulmane, et qu’on présente comme un modéré, ne se permet pas de dénoncer le terrorisme islamiste alors qu’il condamne fermement le racisme et le suprématisme blanc. Sans aller jusqu’à accuser Mamdani de complicité directe ou indirecte, sa réaction indique pour le moins qu’il n’est pas aisé pour un musulman de critiquer ce qui a rapport à l’islam. D’une part, la fibre identitaire musulmane est solide; d’autre part, ce sont les moins modérés qui tiennent le gros bout du bâton. Comme dit la formulation populaire: « Importez l’islam et vous aurez l’islamisme ».



