Le retour de la Terre du Milieu au cinéma suscite déjà une controverse qui rappelle les débats ayant entouré plusieurs grandes franchises hollywoodiennes au cours des dernières années. Avant même sa sortie, The Lord of the Rings: The Hunt for Gollum est critiqué par certains observateurs en raison de la composition largement blanche de sa distribution. Une polémique qu’Andy Serkis, interprète emblématique de Gollum et réalisateur du film, rejette catégoriquement.
Dans une entrevue accordée à la BBC, Serkis a défendu le choix de la production de ne pas procéder à une distribution qu’il qualifie de «politiquement correcte» simplement pour satisfaire des critères de diversité.
«Nous ne ferons pas une version où l’on distribue les rôles uniquement pour cocher des cases», a-t-il déclaré, ajoutant que la diversité sera présente «lorsqu’elle sera pertinente».
Fidélité à l’univers de Tolkien
Andy Serkis rappelle que l’univers imaginé par J.R.R. Tolkien est profondément inspiré des mythologies nordiques et de l’Europe médiévale.
«La Comté ressemble énormément à un univers très, très blanc», explique-t-il, avant de souligner que les Hobbits vivent volontairement repliés sur eux-mêmes et se préoccupent peu de ce qui se trouve au-delà de leurs frontières.
Le réalisateur reconnaît que ce type de critiques accompagne la franchise depuis près d’un quart de siècle, mais estime qu’elles ne devraient pas dicter les choix artistiques d’une œuvre dont l’objectif est d’être cohérente avec le monde créé par Tolkien.
Un retour assumé à la continuité de Peter Jackson
La réaction de Serkis s’inscrit également dans un contexte particulier. The Hunt for Gollum est conçu comme une extension directe des trilogies réalisées par Peter Jackson, en se situant chronologiquement entre Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux.
Plusieurs acteurs emblématiques reprendront leurs rôles, notamment Elijah Wood, Ian McKellen et Andy Serkis lui-même. De nouveaux acteurs, comme Anya Taylor-Joy, Kate Winslet, Jamie Dornan et Leo Woodall, viendront compléter cette distribution.
Pour plusieurs amateurs de la franchise, cette continuité constitue précisément l’un des principaux attraits du projet : retrouver le même univers visuel, la même esthétique et les mêmes personnages qui avaient contribué au succès phénoménal des films du début des années 2000.
Une réponse aux controverses de The Rings of Power
La déclaration de Serkis est également perçue comme une réponse indirecte aux débats ayant entouré la série The Lord of the Rings: The Rings of Power, produite par Amazon.
Cette adaptation avait choisi d’introduire plusieurs Elfes, Nains et autres personnages interprétés par des acteurs issus de diverses communautés culturelles, un choix salué par certains, mais vivement critiqué par une partie du public qui estimait que la série s’éloignait inutilement de l’esthétique et de l’univers décrits par Tolkien.
À l’époque, la série avait alimenté un vaste débat sur la place des politiques contemporaines de représentation dans l’adaptation d’œuvres classiques. Le milliardaire Elon Musk avait notamment écrit sur X que «Tolkien se retourne dans sa tombe», tandis que plusieurs acteurs de la trilogie originale avaient répondu par une campagne affirmant que «tout le monde est le bienvenu en Terre du Milieu».
Un réalisateur pourtant favorable à une plus grande représentation
La prise de position d’Andy Serkis est d’autant plus remarquée qu’il ne peut difficilement être présenté comme un adversaire de la diversité à Hollywood.
La BBC rappelle qu’en 2018, après avoir tourné dans Black Panther, Serkis avait expliqué que le fait d’être l’un des rares acteurs blancs sur le plateau lui avait permis de mieux comprendre ce que représente le fait d’appartenir à une minorité dans l’industrie du cinéma.
Il a également été critiqué par le passé pour son adaptation de La Ferme des Animaux, accusée par certains observateurs d’avoir transformé la satire originale de George Orwell — une critique du communisme soviétique — en une dénonciation plus générale du capitalisme, ce qui avait suscité des débats sur la fidélité de son interprétation à l’œuvre originale.
Sa position actuelle ne consiste donc pas à rejeter la diversité comme principe, mais à défendre l’idée que le choix des acteurs doit avant tout demeurer cohérent avec l’univers et le récit que l’on adapte.
Un débat appelé à se poursuivre
Prévu pour décembre 2027, The Hunt for Gollum n’a pas encore dévoilé l’ensemble de sa distribution et d’autres annonces sont attendues au cours des prochains mois.
Une chose apparaît toutefois déjà certaine : près de vingt-cinq ans après La Communauté de l’Anneau, les débats entourant l’héritage de Tolkien et la façon de l’adapter à l’écran continuent d’opposer deux visions du cinéma. D’un côté, ceux qui souhaitent voir les grandes franchises refléter davantage la diversité contemporaine; de l’autre, ceux qui estiment que la fidélité à l’œuvre originale doit primer sur les considérations idéologiques du moment.
Dans ce contexte, Andy Serkis affirme vouloir privilégier la cohérence artistique plutôt qu’une distribution fondée sur des critères extérieurs au récit, une approche qui devrait rassurer de nombreux admirateurs des films de Peter Jackson.



