Intelligence artificielle et fiscalité : des promesses technologiques aux erreurs coûteuses

À mesure que l’intelligence artificielle s’immisce dans les usages quotidiens, elle est de plus en plus sollicitée pour des tâches complexes traditionnellement réservées aux professionnels, comme la comptabilité et la fiscalité. Mais cette démocratisation accélérée soulève de sérieuses inquiétudes. Dans un article publié le 21 janvier 2026 par Yahoo Finance Canada, la journaliste Leah Golob rapporte que les erreurs fiscales générées par l’IA s’accumulent au Canada, au point d’alarmer les comptables et fiscalistes du pays.

Un recours massif à l’IA… et une hausse des erreurs

Selon Leah Golob (Yahoo Finance Canada), entreprises et particuliers canadiens se tournent de plus en plus vers des outils d’intelligence artificielle généralistes — comme ChatGPT — pour obtenir des réponses en matière de tenue de livres et de fiscalité. Or, cette tendance s’accompagne d’une augmentation notable des erreurs, souvent coûteuses.

L’auteure cite une enquête commandée par Dext, une entreprise internationale spécialisée dans les outils de comptabilité assistés par l’IA. Réalisée en 2025 auprès de 500 comptables et teneurs de livres à travers le Canada, cette enquête révèle que 76 % des répondants ont constaté une hausse du nombre de clients utilisant des modèles d’IA pour des questions fiscales ou comptables — et qu’ils y repèrent régulièrement des erreurs.

Les problèmes les plus fréquemment observés concernent l’interprétation des dépenses d’entreprise (44 %), les réclamations ou calculs fiscaux erronés (43 %), la planification fiscale personnelle (36 %), les erreurs de paie (35 %) et les conseils inadéquats en fiscalité des entreprises (35 %), rapporte Leah Golob.

Des conséquences bien au-delà du simple temps perdu

L’article souligne que ces erreurs n’entraînent pas seulement des pertes de temps et de productivité pour les professionnels chargés de les corriger. Elles se traduisent aussi par des coûts supplémentaires pour les entreprises et les contribuables, qui doivent assumer des heures de travail additionnelles.

Mais les risques vont plus loin. Selon les répondants à l’enquête de Dext, 27 % estiment que l’usage inadéquat de l’IA accroît le risque d’insolvabilité ou d’échec commercial. 42 % redoutent une utilisation croissante de contenus générés par l’IA pour justifier des réclamations inappropriées ou frauduleuses, tandis que 40 % anticipent une hausse des amendes et pénalités. Enfin, 38 % s’attendent à une surveillance accrue de l’Agence du revenu du Canada (ARC) en raison de déclarations incorrectes ou tardives, rapporte Yahoo Finance Canada.

« Une survente des capacités réelles de l’IA »

Interrogée par Leah Golob, Melissa Robertson, principale à la recherche et à la veille stratégique chez CPA Canada, met en garde contre les risques inhérents à l’utilisation d’outils d’IA générative pour des tâches de calcul et d’automatisation.

Elle insiste sur la nécessité de mécanismes de validation et de révision humaine, surtout lorsque les volumes de transactions augmentent. Plus ces volumes sont élevés, plus il devient difficile de vérifier adéquatement les résultats produits par l’outil, explique-t-elle. Et ces risques s’appliquent autant aux particuliers qu’aux entreprises, peu importe le domaine comptable concerné.

Robertson résume le problème sans détour : selon elle, « il y a beaucoup de surpromesses quant à ce que certains outils d’IA peuvent réellement faire à l’heure actuelle », et un danger réel lorsque ces outils sont pris au pied de la lettre, rapporte Yahoo Finance Canada.

Une information parfois obsolète ou mal adaptée

L’article donne aussi la parole à Ryan Minor, directeur de la fiscalité à CPA Canada. Celui-ci reconnaît que l’IA peut être utile pour localiser des documents, mais avertit qu’elle ne reflète pas toujours les positions les plus récentes de l’ARC. Il recommande systématiquement de consulter les sources officielles avant de suivre les conseils générés par une IA.

Selon lui, le risque est particulièrement élevé pour les non-initiés : sans connaissance préalable du sujet, un utilisateur peut être facilement induit en erreur par une réponse qui semble crédible, mais qui est incomplète ou dépassée, rapporte Leah Golob.

Des erreurs lourdes de conséquences, notamment en immobilier

Jason Heath, directeur général d’Objective Financial Partners, explique à Yahoo Finance Canada qu’il reçoit régulièrement de l’information copiée-collée par des clients ayant utilisé des outils d’IA pour valider des concepts fiscaux. Bien que ces réponses soient souvent partiellement exactes, elles peuvent contenir des lacunes importantes, ne pas s’appliquer à la situation du client, ou même confondre les règles fiscales canadiennes et américaines.

Heath souligne que certaines erreurs, notamment en matière de taxes de vente sur les locations à court terme de type Airbnb, peuvent coûter des centaines de milliers de dollars, surtout dans le secteur immobilier. Pire encore : ces erreurs ne sont parfois découvertes que plusieurs années plus tard.

Il rappelle enfin un point crucial : l’ARC ne fera preuve d’aucune indulgence sous prétexte qu’un contribuable s’est fié à un conseil erroné généré par une IA — pas plus qu’elle ne le ferait si ce conseil provenait d’un professionnel, rapporte Leah Golob.

Un outil d’appoint, pas un substitut

La conclusion de l’article est sans ambiguïté. Jason Heath affirme qu’il serait imprudent de se fier aveuglément à l’IA, mais qu’elle peut néanmoins servir d’outil de recherche pour approfondir sa compréhension et formuler de meilleures questions à un professionnel.

Comme le résume Yahoo Finance Canada, l’intelligence artificielle peut faciliter l’accès à l’information, mais elle ne remplace ni l’expertise humaine, ni la responsabilité fiscale du contribuable. Dans un domaine où l’erreur se paie comptant, la promesse de gratuité et d’instantanéité pourrait bien coûter plus cher qu’un véritable conseil professionnel.

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