La faillite du Canada post-national : lecture du réquisitoire de Malcolm

Il existe des moments dans l’histoire d’un pays où l’on a le sentiment que quelque chose s’est brisé, qu’un fil essentiel reliant les citoyens à leurs institutions et à leur propre récit national s’est rompu. Le Canada traverse aujourd’hui un de ces moments. La succession de paniques morales, de consensus imposés et de récits médiatiques mal vérifiés a créé une atmosphère lourde, presque irréelle, où l’on ne sait plus très bien ce qui relève de la vérité, de la compassion ou de la fabrication idéologique. C’est dans ce climat de désorientation que la journaliste et entrepreneure Candice Malcolm, fondatrice de True North et de Juno News, publie une mise en garde d’une grande sévérité. Dans un texte diffusé par Juno News le 30 novembre 2025, elle offre en exclusivité l’avant-propos de son nouveau livre Dead Wrong: How Canada Got the Residential School Story So Wrong, suite directe de Grave Error paru en 2023. Le ton est donné dès les premières lignes : « Le Canada est dans le champ. Nous avons perdu la carte. »

La panique morale de 2021 : un pays qui s’emballe

Pour Malcolm, le point de bascule remonte au printemps 2021, lorsque la petite bande indienne de Tk’emlúps te Secwépemc annonce la présence présumée de « 215 tombes non marquées » sur le site de l’ancien pensionnat de Kamloops. Ce qu’elle décrit, dans le texte publié par Juno News, est moins un scandale réel qu’un emballement collectif. Tout part d’un rapport préliminaire, non publié et extrêmement incomplet, qui n’a jamais fourni ni exhumations, ni identités, ni preuves matérielles solides. Selon Malcolm, cela n’a pourtant pas empêché journalistes, politiciens, universitaires et experts autoproclamés de relayer le tout comme un fait établi. Elle parle d’un moment où la prudence méthodologique, autrefois considérée comme une valeur professionnelle, a été balayée par un réflexe de validation émotionnelle. Le Canada, écrit-elle, a perdu la tête : les institutions se sont alignées les unes après les autres derrière un récit qui, encore aujourd’hui, n’a jamais été confirmé.

Les conséquences ont été profondes. Malcolm rappelle que plus de 120 églises ont été incendiées ou vandalisées dans les semaines suivant l’annonce, souvent dans l’indifférence générale. Elle souligne également que le pays entier a été symboliquement condamné, décrit comme génocidaire, illégitime, et moralement fautif avant même que la moindre vérification indépendante ne soit menée. Cet épisode constitue à ses yeux un révélateur : celui d’un pays où la compassion s’est substituée à la vérité, et où les institutions n’ont plus le courage ou la volonté de poser des questions difficiles.

Un pays transformé : idéologie, post-nationalisme et effondrement institutionnel

L’avant-propos publié par Juno News va beaucoup plus loin que le cas de Kamloops. Malcolm y décrit un pays profondément déformé par ce qu’elle appelle une « capture institutionnelle » : l’emprise croissante d’une élite politique, médiatique et culturelle qui partage un même imaginaire progressiste, largement alimenté, selon elle, par les médias subventionnés et le diffuseur public. Le Canada serait ainsi devenu un pays qui valorise la discrimination positive, dénigre ses fondateurs, oppose les groupes selon leur couleur de peau et s’éloigne consciemment de son héritage chrétien. Elle cite en exemple la controverse entourant le pasteur évangélique Sean Feucht et l’absence presque totale d’indignation publique face aux églises incendiées.

Dans son texte, Malcolm affirme que le pays souffre d’un excès de « gentillesse », une gentillesse qui s’exprime dans des slogans politiquement séduisants mais souvent détachés de la réalité, comme « Believe All Women », « Diversity is Our Strength » ou « Men Can Become Women ». Pour elle, cette obsession de l’empathie performative a rendu le pays dysfonctionnel : les systèmes se fragilisent parce que personne n’ose contredire les mensonges qui les maintiennent en place.

La pandémie comme accélérateur : censure, conformisme et dérive narrative

L’avant-propos publié par Juno News insiste également sur la pandémie de COVID-19, que Malcolm décrit comme un moment où les mensonges consensuels se sont enchaînés. Le scepticisme sanitaire était diabolisé, les voix dissidentes censurées et les questions légitimes traitées comme des conspirations. Elle rappelle que son média, True North, a été frappé à répétition par des sanctions sur les réseaux sociaux pour avoir rapporté des histoires jugées indésirables à l’époque, comme les blessures liées aux vaccins ou les effets des fermetures d’écoles. Elle évoque également les accusations de conspirationnisme dont elle a fait l’objet pour avoir évoqué l’hypothèse d’une fuite de laboratoire en 2020.

Dans son récit, cette période marque un tournant : la société canadienne, dit-elle, est entrée dans une spirale où chaque mensonge « bien intentionné » en appelait un autre, jusqu’à créer un climat où contester la version dominante relevait de l’hérésie.

Kamloops : l’acte fondateur d’une dissidence personnelle

La partie la plus frappante de son texte est sans doute son témoignage personnel. Malcolm raconte comment, alors qu’elle était en congé de maternité avec deux jeunes enfants, elle a été la première au Canada — et même au monde — à exprimer publiquement des doutes sur le récit de Kamloops. Elle explique que son équipe, ses collègues, des membres de son conseil d’administration et même des amis proches lui ont déconseillé d’aller de l’avant. Elle raconte un conflit violent avec un éditeur, la démission d’une administratrice furieuse, des vagues de messages haineux, et la perte de sa chronique au Toronto Sun. Malgré tout, elle persiste : sa loyauté, écrit-elle, va à Dieu, à sa famille et à la vérité.

Elle affirme que les faits lui ont donné raison. Au fil des mois, plusieurs voix importantes du journalisme — Jonathan Kay, Terry Glavin, JJ McCullough, Barbara Kay, Conrad Black — ont fini par soulever les mêmes incohérences, jusqu’à ce que Grave Error, dirigé par Tom Flanagan et Chris Champion, devienne un best-seller. True North a contribué à la publication et a vu le livre se transformer en ce que Malcolm appelle un « Truth Nuke », une charge explosive destinée à briser la spirale du mensonge.

Dead Wrong : un appel à la vérité, même brutale

Dans son avant-propos dévoilé par Juno News, Malcolm explique que Dead Wrong est la continuation directe de cette démarche : un effort pour ramener le pays sur les rails en affrontant les mensonges consensuels qui nourrissent le dysfonctionnement national. Elle affirme que la restauration du Canada passe par une réhabilitation du courage intellectuel, de la rigueur factuelle et du refus de céder à l’émotivité collective.

Sa conclusion est sans ambiguïté. « Ne soyez pas gentils. Dites la vérité. Le Canada mérite qu’on se batte pour lui. » Pour Malcolm, la vérité est rarement confortable, mais elle constitue la seule voie de sortie d’un pays qui, selon elle, s’est habitué à se raconter des histoires.

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