Gabriel Dominguez, journaliste au Japan Times, rapporte que le Japon et le Canada ont franchi une étape importante dans le renforcement de leur coopération en matière de sécurité en signant, mardi 8 juillet 2025 à Tokyo, un Security of Information Agreement (SIA). Ce traité juridiquement contraignant vise à encadrer le partage, le stockage, le traitement et la destruction de renseignements sensibles entre les deux pays. Il ne détermine pas en soi quelles informations seront échangées, mais établit le cadre légal permettant leur circulation future dans un contexte de collaboration stratégique accrue.
L’accord a été signé par le ministre japonais des Affaires étrangères, Takeshi Iwaya, et la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, au terme d’un processus de négociation entamé il y a plus de deux ans. Il reste à être ratifié par les parlements respectifs avant d’entrer pleinement en vigueur.
Pour Takeshi Iwaya, ce traité revêt une « profonde signification » à l’heure où l’environnement géopolitique mondial devient plus incertain. Il permettra, selon lui, de fluidifier grandement les échanges d’informations de sécurité confidentielles entre le Canada et le Japon. Anita Anand, en visite officielle de deux jours au Japon, a décrit l’accord comme un « jalon important » de la relation stratégique entre les deux nations, qualifiant même ce pacte de « pas critique sur tous les plans », notamment dans le prolongement du plan d’action bilatéral lancé en octobre 2022.
Coopération militaire, industrielle et diplomatique
Gabriel Dominguez précise que le SIA devrait ouvrir la voie à une coopération plus étroite sur le plan militaire et industriel, notamment par la signature éventuelle d’un accord sur le transfert d’équipements et de technologies de défense. Le gouvernement canadien souligne que ce type d’accord facilite l’accès d’entreprises accréditées à des données classifiées, leur permettant ainsi de participer à des appels d’offres sensibles dans les domaines de la défense, de l’aérospatial, du nucléaire ou encore de l’espace.
L’accord s’inscrit aussi dans un contexte plus large d’expansion de la présence militaire et diplomatique canadienne dans l’Indo-Pacifique. Le Canada, sous l’impulsion du gouvernement de Mark Carney, renforce ses liens avec plusieurs partenaires asiatiques stratégiques comme le Japon, la Corée du Sud et les Philippines. Lors du dernier sommet du G7, tenu à Kananaskis (Alberta) en juin, le premier ministre canadien et son homologue japonais, Shigeru Ishiba, avaient déjà discuté de cette convergence sécuritaire grandissante.
Du côté japonais, l’accord s’insère dans une stratégie de renforcement des exportations d’équipements militaires et de technologies de défense, alors que Tokyo multiplie les partenariats bilatéraux dans des domaines aussi variés que la cybersécurité, les opérations spatiales ou les forces spéciales. La coopération avec le Canada s’étend ainsi bien au-delà des traditionnels domaines terrestres, maritimes et aériens.
Vers une intégration partielle au groupe des Five Eyes?
Le Japan Times souligne que cet accord illustre aussi la volonté du Japon de se rapprocher des membres du partenariat de renseignement anglo-saxon des Five Eyes, composé des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Canada. Bien que le Japon ne soit pas membre officiel du groupe, Tokyo travaille en étroite collaboration avec trois de ses membres (États-Unis, Royaume-Uni, Australie) et cherche désormais à finaliser un accord similaire avec la Nouvelle-Zélande.
Déjà, en novembre dernier, le Japon avait accueilli une rencontre de hauts gradés des Five Eyes, une première pour un pays non membre. Interrogée en mai par le Japan Times, la ministre néo-zélandaise de la Défense, Judith Collins, affirmait qu’une intégration complète du Japon n’était pas imminente, mais que Tokyo avait déjà pu bénéficier ponctuellement de renseignements émanant du groupe — une coopération appelée à se poursuivre « lorsque cela est jugé approprié ».
Ainsi, la signature du SIA avec le Canada, tout comme les discussions en cours avec la Nouvelle-Zélande, pourraient contribuer à fluidifier davantage les flux de renseignements avec ce cercle fermé, sans toutefois en faire un membre officiel à court terme.



