Le déficit commercial canadien se creuse avec la chute des exportations automobiles

Le commerce extérieur du Canada a commencé l’année 2026 sur une note difficile. Les nouvelles données publiées par Statistique Canada montrent un recul marqué des exportations en janvier, particulièrement dans le secteur automobile, ce qui a contribué à un élargissement important du déficit commercial du pays. Cette détérioration survient dans un contexte de perturbations industrielles, de tensions commerciales et de volatilité dans plusieurs secteurs clés de l’économie canadienne.

Un déficit commercial en forte hausse

Selon les données analysées par l’économiste Abbey Xu de RBC Economics, le déficit commercial de marchandises du Canada s’est creusé pour atteindre 3,6 milliards de dollars en janvier, contre 1,3 milliard en décembre. Cette détérioration est survenue alors que les exportations et les importations ont toutes deux reculé, mais de manière inégale.

Les exportations totales ont chuté de 4,7 % sur un mois, tandis que les importations ont diminué de seulement 1,1 %, explique Xu dans son analyse publiée par RBC. Cette divergence a contribué à élargir le déficit commercial.

Malgré cette faiblesse, RBC souligne que les flux commerciaux mensuels demeurent souvent très volatils, notamment en raison des fluctuations importantes dans certains produits comme l’or, les véhicules automobiles ou encore les avions.

L’automobile tire les exportations vers le bas

La principale cause de la baisse des exportations canadiennes provient du secteur automobile.

Comme le rapporte Luca Caruso-Moro pour BNN Bloomberg, les exportations de véhicules automobiles et de pièces ont chuté de 21,2 % en janvier pour atteindre 5,4 milliards de dollars, soit leur niveau le plus bas depuis septembre 2021.

Cette baisse est particulièrement marquée dans les segments des voitures particulières et des camionnettes légères, dont les exportations ont reculé de 32,5 % sur un mois.

Selon Statistique Canada, cité par Caruso-Moro, cette contraction s’explique en grande partie par des arrêts de production saisonniers prolongés liés à des changements de modèles dans les usines automobiles. Ces transitions industrielles ont fortement perturbé la production au début de l’année.

L’analyse de RBC Economics confirme que ce secteur a été déterminant dans la chute globale des exportations : la contraction des expéditions de véhicules et de pièces automobiles aurait représenté environ le tiers de la baisse totale des exportations en janvier.

Un recul généralisé dans plusieurs secteurs

La faiblesse du commerce extérieur ne s’est toutefois pas limitée à l’automobile.

Selon Ariel Rabinovitch pour Global News, six des onze grands secteurs d’exportation du Canada ont enregistré un recul en janvier.

Parmi les autres catégories touchées :

  • Les produits métalliques et minéraux non métalliques, incluant l’or non ouvré, ont reculé de 8 %.
  • Les aéronefs et équipements de transport ont vu leurs exportations chuter de 16 % après une forte progression en décembre.

Dans ce dernier cas, Rabinovitch note que la hausse précédente provenait notamment des livraisons d’avions d’affaires fabriqués au Canada par des entreprises comme Bombardier, ce qui explique le repli du mois suivant.

Des échanges en baisse avec les États-Unis

Le commerce avec les États-Unis — de loin le principal partenaire commercial du Canada — a également ralenti.

Selon les données citées par BNN Bloomberg et Global News, les exportations canadiennes vers les États-Unis ont diminué de 3,8 % en janvier, tandis que les importations en provenance des États-Unis ont reculé de 3,4 %.

Malgré cette baisse, le Canada continue d’enregistrer un excédent commercial avec les États-Unis, qui s’élevait à 5,4 milliards de dollars en janvier, en baisse par rapport aux 5,7 milliards enregistrés en décembre, précise l’analyse de RBC.

La banque souligne également que la majorité du commerce transfrontalier reste relativement peu affectée par les tarifs. Selon ses calculs, près de 89 % des exportations canadiennes vers les États-Unis étaient toujours exemptées de droits de douane en janvier, notamment grâce aux dispositions de l’accord de libre-échange nord-américain modernisé (ACEUM/CUSMA).

Les exportations vers le reste du monde reculent aussi

Le ralentissement du commerce canadien ne se limite pas à la relation avec les États-Unis.

Les exportations vers les pays autres que les États-Unis ont chuté de 6,5 % en janvier, principalement en raison d’une baisse des expéditions d’or non ouvré vers le Royaume-Uni, selon Statistique Canada cité par BNN Bloomberg.

Dans le même temps, les importations en provenance de ces pays ont augmenté de 2,1 %, notamment en raison d’une hausse des achats de machines industrielles en provenance de Chine, rapporte Global News.

Cette dynamique a contribué à élargir le déficit commercial du Canada avec le reste du monde, qui a atteint 9 milliards de dollars, contre 7 milliards le mois précédent, selon RBC.

Des effets possibles sur la croissance économique

Cette faiblesse des exportations pourrait avoir des conséquences plus larges sur l’économie canadienne.

L’économiste Jasleen Kaur Trehan, de la Chambre de commerce du Canada, a averti dans une déclaration citée par Global News que si les volumes d’exportations restent faibles, la croissance du produit intérieur brut (PIB) pourrait être affectée.

« Le commerce canadien a commencé l’année sur une note faible », a-t-elle déclaré, soulignant que les secteurs qui avaient porté la croissance des exportations en décembre — notamment l’automobile et l’or — ont enregistré de fortes baisses en janvier.

Cette fragilité survient alors que l’économie canadienne n’a progressé que de 1,7 % en 2025, un rythme inférieur à la moyenne des deux années précédentes.

Des facteurs temporaires… mais une tendance à surveiller

Malgré ces résultats décevants, certains économistes estiment que le recul observé en janvier pourrait être partiellement temporaire.

L’analyse de RBC Economics indique qu’une partie de la baisse provient de facteurs ponctuels, comme les arrêts de production liés aux changements de modèles automobiles ou encore les fluctuations importantes dans les expéditions d’or et d’aéronefs.

Par ailleurs, la hausse des prix de l’énergie — notamment en raison des tensions au Moyen-Orient — pourrait soutenir les exportations canadiennes dans les mois à venir.

Néanmoins, les données de janvier rappellent la dépendance structurelle du commerce canadien à quelques secteurs clés, en particulier l’automobile, les ressources naturelles et l’aéronautique. Lorsque ces industries ralentissent simultanément, l’impact sur la balance commerciale peut être rapide et significatif.

Pour l’instant, les chiffres indiquent clairement que le commerce extérieur du Canada entame 2026 dans un climat d’incertitude — et que la performance des exportations demeurera un facteur déterminant pour l’économie au cours des prochains mois.

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