Les producteurs de canola face au choc des tarifs chinois : Ottawa au pied du mur

Les fermiers des Prairies canadiennes se retrouvent une fois de plus au cœur d’un conflit commercial qui les dépasse. Dans un article publié le 1er septembre 2025 pour Global News (Canadian Press), le journaliste Jeremy Simes rapporte que les tarifs imposés par la Chine sur le canola canadien frappent de plein fouet la rentabilité d’une culture qui constitue pourtant l’un des piliers de l’agriculture nationale.

Des pertes immédiates et massives

Selon les données relayées par Jeremy Simes dans Global News, l’analyste de marché Chuck Penner, de LeftField Commodity Research, estime que les producteurs ont déjà perdu au moins 140 millions de dollars en seulement deux semaines à cause de la chute des prix au comptant. En élargissant la perspective à partir de mars dernier, moment où Pékin a imposé un tarif de 100 % sur l’huile et le tourteau de canola, Penner évalue les pertes à près de 800 millions de dollars.

Le problème se situe au niveau du « basis », c’est-à-dire la différence entre le prix futur théorique et le prix réellement reçu par les agriculteurs. Celui-ci s’est effondré, créant une pression immédiate sur les revenus des fermes. « Si cette crise n’était pas liée à la Chine, les fermiers pourraient planifier leur production avec une plus grande clarté », souligne Penner dans les propos rapportés par Global News.

Un effet domino sur les rotations de cultures

La situation ne peut pas se résumer à un simple ajustement de semis. Comme l’explique encore Penner, les producteurs doivent composer avec la complexité des rotations de cultures : alterner entre oléagineux, céréales et légumineuses pour maintenir la santé des sols et limiter les maladies. Il ne suffit donc pas de « cesser de cultiver le canola » — ce serait déstabiliser l’ensemble du système agricole des Prairies.

Or, le canola reste une culture à la fois coûteuse à produire et historiquement très rémunératrice. Chris Davison, du Canola Council of Canada, cité par Jeremy Simes, rappelle que la filière a contribué à 43 milliards de dollars à l’économie canadienne en 2024 et qu’elle fait vivre environ 200 000 personnes.

Pékin riposte à Ottawa : un jeu de titans

Le tarif de 75,8 % sur la graine de canola décrété par la Chine en août est perçu comme une mesure de représailles à la décision d’Ottawa d’imposer un tarif de 100 % sur les véhicules électriques chinois. Pékin justifie également sa décision par une enquête antidumping, arguant que les entreprises canadiennes exporteraient à perte et nuiraient à son marché domestique de l’huile de canola.

Cette justification est rejetée par Ottawa et par les producteurs, qui assurent que le commerce se fait dans le respect des règles internationales. Le gouvernement chinois doit rendre une décision finale sur cette enquête d’ici septembre, avec la possibilité de prolonger de six mois.

Ce n’est pas la première fois que Pékin frappe le canola. En 2019, rappelle Global News, la Chine avait restreint les importations de deux entreprises canadiennes dans le sillage de l’arrestation de Meng Wanzhou à Vancouver, suivie par la détention des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor. Mais contrairement à l’épisode de 2019, la crise actuelle porte sur des tarifs généralisés, ce qui amplifie son impact.

Pressions politiques dans l’Ouest

Face à la tourmente, les voix politiques s’élèvent dans les Prairies. Danielle Smith (Alberta) et Scott Moe (Saskatchewan) demandent à Ottawa de lever son tarif sur les véhicules électriques chinois, qu’ils considèrent comme un facteur aggravant pour leurs agriculteurs. Pour eux, les fermiers de l’Ouest sont sacrifiés au nom de considérations industrielles qui profiteraient surtout à l’Est du pays.

Chris Davison abonde dans le même sens : seule une solution politique peut permettre de sortir de cette impasse. En attendant, les récoltes s’annoncent meilleures que l’an passé, ce qui risque paradoxalement d’accentuer le problème en gonflant l’offre au moment où la demande extérieure se contracte.

Une industrie prise en otage par la géopolitique

Comme le souligne Jeremy Simes en conclusion de son reportage, la crise actuelle illustre crûment la vulnérabilité d’une filière agricole pourtant essentielle. Les producteurs de canola, en dépit de leur expertise et de leur productivité, restent à la merci de décisions politiques et diplomatiques qui échappent complètement à leur contrôle.

Penner résume la situation d’une phrase amère : « Les fermiers et l’industrie sont à la merci de la politique. Il y a bien peu de choses qu’ils puissent y faire. »

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