«Loi Peterson» en Alberta : un modèle de rempart contre la censure institutionnelle?

Il existe, au Canada, une tension grandissante entre la liberté d’expression individuelle et l’appareil réglementaire qui gouverne plusieurs professions essentielles. Là où les ordres professionnels étaient autrefois conçus pour encadrer la pratique, protéger le public et assurer des standards de compétence, ils sont devenus — dans bien des cas — des acteurs politiques à part entière. Cette transformation, discrète mais profonde, a mené à une situation où des professionnels se retrouvent ciblés, intimidés ou punis pour des opinions exprimées en dehors du cadre de leur travail. C’est ce malaise, devenu impossible à ignorer, qu’analyse la chroniqueuse Amy Hamm dans les pages du National Post, dans un article publié le 30 novembre 2025. Toutes les informations rapportées ici sont attribuées à son texte.

Un système qui punit la dissidence

Dans son article, Amy Hamm explique qu’elle n’aurait jamais imaginé, en devenant infirmière en Colombie-Britannique, qu’elle pénétrait un univers professionnel où ses opinions personnelles pourraient lui coûter sa carrière. Elle rappelle avoir été visée par le B.C. College of Nurses and Midwives pour des commentaires politiques formulés dans sa vie privée — une situation qu’elle compare à celle du psychologue Jordan Peterson, menacé par le College of Psychologists and Behaviour Analysts of Ontario de perdre son permis pour des propos tenus sur les réseaux sociaux et sans rapport avec sa pratique clinique.

Hamm cite Peterson, qui écrit avoir quitté le pays « en grande partie » à cause de ce qu’il décrit comme les « entourloupes idéologiquement motivés » et le « petit pouvoir » exercé par son ordre. Dans les deux cas, souligne Hamm, une mécanique identique s’enclenche : des activistes s’indignent, et des régulateurs « tout aussi activistes » utilisent les leviers disciplinaires pour réduire au silence les opinions dissidentes.

Cette dérive, insiste-t-elle, n’a rien à voir avec la protection du public — et tout à voir avec la volonté de contrôler la parole.

La « loi Peterson »

Hamm consacre une large portion de son article au nouveau projet de loi de l’Alberta, le Regulated Professions Neutrality Act (projet de loi 13), rapidement surnommé « Peterson’s Law ». Elle rapporte que la première ministre Danielle Smith a présenté cette législation comme une réponse nécessaire à la politisation des ordres professionnels.

Smith résume ainsi l’esprit du texte :

« Aucun professionnel ne devrait craindre de perdre son permis, sa réputation ou son gagne-pain en raison d’une opinion personnelle, d’un message sur les réseaux sociaux, d’une entrevue ou d’un dialogue ouvert en dehors des heures de travail. »

Comme le rapporte Hamm, le projet de loi protège la liberté d’expression des professionnels, sauf dans des exceptions strictes — menaces de violence, propos condamnés criminellement comme discours haineux, inconduite sexuelle ou bris de frontière professionnelle. À ses yeux, ce sont des exceptions raisonnables qui ne dénaturent pas l’objectif central : empêcher les régulateurs de punir des opinions politiques.

Hamm souligne également que le gouvernement de l’Alberta l’a consultée avant la rédaction de la loi, preuve que son propre combat a servi de matrice à ce virage législatif.

Des régulateurs partisans

La critique la plus incisive du texte tient dans l’affirmation d’Hamm selon laquelle les ordres professionnels au Canada n’appliquent pas leurs règles de manière équitable. Selon elle, ils sanctionnent sélectivement. Ils tolèrent les prises de position « offensantes » qui cadrent avec la ligne idéologique dominante des institutions canadiennes, mais se montrent intraitables lorsqu’il s’agit de propos venant de la droite, d’une perspective dissidente ou simplement non conforme.

Hamm soutient que les régulateurs sont devenus des arbitres politiques. Ils récompensent la conformité morale, punissent l’écart, et transforment l’espace professionnel en champ de discipline idéologique. Le « mandat de protection du public » n’est plus, selon elle, qu’un prétexte — une façade administrative derrière laquelle s’exerce un contrôle de la parole.

Pour cette raison, écrit-elle, seule une intervention politique explicite — telle que celle de l’Alberta — peut rétablir un équilibre minimal.

La liberté de penser, condition de toute société vivante

Au cœur de son argument, Amy Hamm rappelle une phrase célèbre de Jordan Peterson, tirée de son entrevue de 2018 avec Cathy Newman : « Pour pouvoir penser, il faut accepter de risquer d’offenser. » Pour Hamm, c’est là que se situe l’enjeu véritable. Il ne s’agit pas de défendre un droit à l’impolitesse ou à la provocation gratuite, mais bien la liberté fondamentale de réfléchir, d’explorer des idées, de débattre, et même de se tromper. Cette liberté intellectuelle, affirme-t-elle, s’érode dès lors que les professionnels craignent que la moindre opinion politique exprimée dans leur vie privée puisse les exposer à des représailles disciplinaires.

Dans un tel climat, les débats scientifiques s’éteignent avant même de naître, l’innovation se fige, et les idées nouvelles meurent étouffées avant d’être formulées. Hamm souligne que ce contexte toxique décourage également un nombre croissant de candidats d’entrer dans des professions pourtant cruciales pour le bien commun, tandis que d’autres quittent carrément leur domaine faute de pouvoir s’y exprimer librement. Il en résulte un appauvrissement intellectuel dont l’ampleur réelle demeure impossible à mesurer, mais dont chacun perçoit déjà les effets dans la vie publique et professionnelle.

Un appel national : étendre la loi à toutes les provinces

La conclusion du texte d’Amy Hamm est sans équivoque : pour stopper la dérive idéologique des ordres professionnels, la « Peterson’s Law » doit être adoptée d’un océan à l’autre. Selon elle, le Canada se trouve à un carrefour où la conformité idéologique menace la liberté intellectuelle de ses travailleurs les plus qualifiés.

Si nous acceptons, dit-elle en substance, qu’un professionnel puisse perdre sa licence pour un simple commentaire politique publié un soir sur X ou Facebook, alors nous sacrifions un des fondements de la démocratie libérale. Et lorsque ce sacrifice devient banal, routinier, intégré — c’est l’ensemble de la société qui perd sa capacité de débattre, de progresser et de penser librement.

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