Le Parti communiste révolutionnaire (PCR) a récemment placardé plusieurs affiches sur le boulevard Charest à Québec, dont l’une représente Luigi Mangione sous le slogan « Révolution contre les milliardaires ». Le choix de ce personnage n’a rien d’anodin. Mangione est devenu célèbre après avoir été accusé du meurtre du dirigeant d’une importante entreprise américaine, un geste qui lui a valu d’être transformé en figure héroïque dans certains milieux d’extrême gauche radicale.
En affichant son visage sur les murs de Québec pour promouvoir le recrutement militant, le PCR ne se contente donc pas de dénoncer les inégalités économiques. Il reprend l’image d’un homme associé à un assassinat politique et l’utilise comme symbole de mobilisation. Autrement dit, le message implicite n’est pas simplement que les milliardaires devraient perdre leur influence, mais que la violence exercée contre eux mérite admiration ou inspiration.
Le plus frappant est que cette propagande est affichée ouvertement, en plein centre-ville, puis revendiquée fièrement sur les réseaux sociaux. Les militants expliquent eux-mêmes vouloir s’assurer que personne ne puisse circuler sur le boulevard Charest sans voir leurs affiches.
Au cours des derniers mois, plusieurs épisodes ont déjà suscité l’indignation au Québec et au Canada. On se souvient notamment de la mise en scène d’une décapitation symbolique du ministre du Travail Jean Boulet lors d’une manifestation syndicale, image qui avait largement circulé et qui avait été dénoncée par plusieurs observateurs comme une normalisation inquiétante de la violence envers les adversaires politiques.
Plus récemment encore, lors d’une manifestation pro-palestinienne à Montréal, des images ont montré ce qui semblait être une effigie représentant un homme portant une kippa suspendu à une corde, à proximité de militants et de drapeaux palestiniens. La scène avait provoqué une vague de réactions et de condamnations sur les réseaux sociaux.
Ces événements ne sont évidemment pas identiques sur le plan idéologique. Ils proviennent de groupes, de causes et de contextes différents. Pourtant, ils semblent partager un même imaginaire politique : celui où l’adversaire n’est plus simplement quelqu’un avec qui l’on est en désaccord, mais une figure à humilier, à éliminer symboliquement ou à présenter comme une cible légitime de colère collective.
Le phénomène est d’autant plus frappant que les organisations concernées paraissent rarement conscientes de l’effet produit par leur propre propagande. Dans leur communication publique, plusieurs militants présentent ces mises en scène comme des gestes normaux, humoristiques ou artistiques. Pourtant, lorsque des affiches évoquent une « révolution contre les milliardaires » en reprenant les codes visuels associés à un individu devenu un symbole de violence politique, il devient difficile de prétendre qu’il s’agit simplement d’un débat économique abstrait.
Le PCR se présente ouvertement comme une organisation révolutionnaire visant le renversement du capitalisme. Son propre matériel politique affirme vouloir construire un mouvement capable de mener les travailleurs à « renverser les milliardaires » et à prendre le pouvoir.
Bien sûr, le Canada demeure une démocratie où chacun est libre de défendre des idées radicales dans les limites de la loi. Mais il demeure légitime de s’interroger sur la normalisation croissante d’un discours où les références à la révolution, aux exécutions symboliques, aux pendaisons ou aux éliminations des adversaires deviennent presque routinières dans certains milieux militants.
Car au-delà des causes défendues, une question demeure : pourquoi tant de mouvements contemporains semblent-ils incapables d’exprimer leur colère politique sans constamment revenir à l’imaginaire de la mise à mort, du châtiment ou de l’élimination de leurs ennemis? Pour des groupes qui prétendent construire un monde plus juste, le réflexe apparaît étrangement récurrent.



