À Rivière-du-Loup, l’application rigide d’un règlement de zonage interdisant les patinoires dans les cours avant a donné lieu à une controverse qui a rapidement dépassé le cadre local. Ce qui aurait pu rester un banal avis de non-conformité est devenu un symbole de dérive réglementaire — et, heureusement, un exemple de recul salutaire de l’administration municipale.
Au cœur de l’affaire, un père de famille, Tommy Primeau, sommé de démanteler la patinoire qu’il avait aménagée pour ses trois enfants devant sa résidence. Comme l’a rapporté Le Soleil, sous la plume de Patricia Rainville, la patinoire n’était pas conforme à un règlement interdisant toute « construction à ciel ouvert » en façade, sauf dans des cas très spécifiques. Or, la configuration de la nouvelle maison de la famille ne permettait pas l’installation d’une patinoire à l’arrière, contrairement à leur ancienne résidence. La Ville avait fixé au 4 janvier la date limite pour le démantèlement, sous peine d’une amende de 400 $ par jour — une perspective d’autant plus absurde que la glace était déjà solidement figée.
L’affaire a rapidement fait réagir bien au-delà du voisinage immédiat. TVA Nouvelles a souligné l’indignation du père, qui décrivait la détresse de ses enfants à l’idée de perdre leur espace de jeu hivernal. Une pétition citoyenne lancée dans la foulée a recueilli plus de 3 000 signatures en quelques jours, illustrant à quel point cette décision était perçue comme déconnectée du réel et des usages familiaux les plus élémentaires.
Face à la pression publique, la Ville a finalement « ajusté le tir ». Comme l’explique Radio-Canada dans un article de Julie Tremblay, le conseil municipal a adopté des mesures temporaires assouplissant le règlement de zonage. Désormais, et jusqu’au 1er mai 2026, les patinoires temporaires de moins de 300 mètres carrés, avec des bandes d’une hauteur maximale d’un mètre et demi, sont autorisées à l’avant des résidences, sous certaines conditions de recul par rapport aux limites du terrain.
Le maire de Rivière-du-Loup, Mario Bastille, a reconnu sans détour le caractère maladroit de la situation. Tant à Radio-Canada qu’à TVA Nouvelles, il a insisté sur le fait que la Ville ne souhaitait ni empêcher les enfants de jouer dehors ni projeter l’image d’une administration déconnectée, évoquant même la gêne ressentie de voir Rivière-du-Loup présentée comme une municipalité qui « interdit aux enfants de jouer ». Cette franchise mérite d’être soulignée : elle tranche avec la tendance, fréquente ailleurs, à défendre coûte que coûte des règlements manifestement excessifs au nom de la cohérence administrative.
Le cas de Tommy Primeau aura donc servi d’électrochoc. Comme le rapporte Le Soleil, le maire a admis que la semaine avait été difficile, marquée par de vives critiques, parfois outrancières, mais il a aussi confirmé que l’assouplissement du règlement s’appliquait à tous les citoyens concernés, et non à un cas isolé. Une consultation publique est d’ailleurs prévue le 19 janvier afin d’élaborer une version permanente du règlement, qui devrait entrer en vigueur pour l’hiver 2026-2027.
Au-delà de la patinoire elle-même, cet épisode pose une question plus large : jusqu’où la réglementation municipale peut-elle aller sans perdre le contact avec la vie quotidienne ? Lorsqu’un règlement conçu sans intention malveillante en vient à menacer une activité aussi banale que le jeu extérieur d’enfants, c’est moins la règle que son application mécanique qui devient problématique. À Rivière-du-Loup, la contestation citoyenne aura permis de réintroduire une dose de jugement, de proportion et de réalité dans l’appareil réglementaire.
Le dénouement est heureux, certes. Mais il rappelle surtout que la vigilance citoyenne demeure souvent le dernier rempart contre une bureaucratie qui, sans correction, tend naturellement à confondre ordre et excès. Cette fois, le bon sens a gagné — et les enfants ont conservé leur glace.



