Salle pour pleurer, listes noires de personnes marginalisées ; quand la morale radio-canadienne s’effondre en coulisses

Depuis des années, la CBC se pose en arbitre moral de la société canadienne. Elle sermonne, corrige, moralise : sur le langage, les comportements, la diversité, la santé mentale, l’inclusion, le vivre-ensemble. La population est constamment invitée à se remettre en question, à s’excuser, à « faire mieux ».

Mais voilà que les coulisses de cette institution si prompte à donner des leçons offrent un spectacle nettement moins reluisant — et, disons-le, passablement ironique.

Un article du National Post, signé par Adrian Humphreys, révèle qu’un ancien employé des ressources humaines de CBC poursuit aujourd’hui le diffuseur public pour un climat de travail décrit comme si toxique… qu’une salle pour pleurer y aurait été aménagée.

Une « salle pour pleurer » au cœur de CBC North

Selon les informations rapportées par Adrian Humphreys dans le National Post, Karl Johnston, ancien spécialiste principal en acquisition de talents pour CBC North à Yellowknife, affirme avoir évolué dans un environnement si malsain qu’un bureau adjacent à la salle de rédaction était officiellement désigné comme crying room — un lieu où les employés allaient pleurer pour composer avec le stress du travail.

À son arrivée en poste en 2018, Johnston aurait naïvement cru qu’il s’agissait de son futur bureau. Un collègue lui aurait alors expliqué, en riant, qu’il s’agissait plutôt de la fameuse salle destinée aux effondrements émotionnels du personnel. Une anecdote qui, selon la poursuite, « a donné le ton » d’une culture organisationnelle tolérant la toxicité, la discrimination et le harcèlement.

La poursuite, déposée à la Cour suprême des Territoires du Nord-Ouest en octobre, n’a pas encore été tranchée. Les allégations n’ont pas été prouvées en cour. CBC, par l’entremise de son chef des affaires publiques Chuck Thompson, conteste fermement ces accusations et affirme vouloir se défendre vigoureusement, rapporte le National Post.

Inclusion en façade, intolérance en pratique?

Toujours selon Adrian Humphreys, la poursuite va bien au-delà d’un simple climat de travail difficile. Johnston allègue l’existence d’une liste secrète de gens « à ne pas embaucher », conservée hors des systèmes officiels de CBC, sur des ordinateurs personnels, précisément pour éviter toute demande d’accès à l’information.

Plus troublant encore : cette liste aurait, selon la poursuite, touché de façon disproportionnée des candidats marginalisés, des personnes handicapées et des candidats autochtones — soit exactement les groupes que CBC affirme défendre publiquement avec ferveur.

Johnston soutient avoir été témoin de refus systématiques d’embaucher des personnes handicapées, incluant un candidat inuit écarté sur la simple spéculation qu’il pourrait être autiste ou anxieux. Il affirme également avoir été pressé d’ajouter un journaliste autochtone à cette liste noire, qu’il jugeait profondément contraire à l’éthique.

L’ancien employé dit avoir tenté d’alerter la direction et d’améliorer les politiques d’accommodement, notamment après avoir lui-même subi plusieurs chirurgies nécessitant des congés d’invalidité. Il affirme toutefois avoir rencontré une résistance constante, voire des pressions pour revenir au travail contre l’avis médical, rapporte le National Post.

Le diffuseur qui pleure… mais refuse d’écouter

Il y a quelque chose de presque satirique à voir la CBC — cette institution qui multiplie les chroniques sur la santé mentale, la bienveillance en milieu de travail et la culture du care — accusée d’avoir créé un environnement si hostile que ses employés avaient besoin d’un espace dédié pour pleurer.

Plus encore, selon la poursuite, Johnston aurait été marginalisé après avoir soulevé ces problèmes, sommé de « rester dans sa voie », surveillé discrètement et écarté de ses responsabilités de leadership. Sa situation serait devenue intenable au point de mener à ce qu’il décrit comme un congédiement déguisé en démission.

Son recours réclame notamment douze mois de salaire et avantages, ainsi que 300 000 $ en dommages, souligne Adrian Humphreys.

Une institution qui donne des leçons… mais refuse l’introspection

L’affaire, telle que rapportée par le National Post, pose une question qui dépasse largement le cas individuel de Karl Johnston : comment une institution aussi prompte à juger la société peut-elle tolérer, en son propre sein, un climat que ses propres standards éditoriaux condamneraient sans nuance?

La CBC aime rappeler aux Canadiens ce qu’est un milieu sain, inclusif et respectueux. Peut-être devrait-elle commencer par appliquer à elle-même les principes qu’elle exige des autres — sans avoir besoin d’aménager une salle pour pleurer afin d’en gérer les conséquences.

En attendant qu’un tribunal se prononce, une chose est déjà claire : la morale institutionnelle sonne étrangement creux lorsque ceux qui la prêchent doivent, en coulisses, aller s’effondrer derrière une porte fermée.

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