Dans un contexte où les politiques publiques et les pratiques médicales liées à la transition de genre chez les mineurs se sont imposées à un rythme accéléré au cours de la dernière décennie, une étude finlandaise d’envergure vient ébranler l’idée d’un consensus scientifique établi, en mettant en lumière des données qui contredisent directement le narratif dominant quant aux effets bénéfiques de ces interventions sur la santé mentale des jeunes. Relayée en français par le média féministe Tradfem, cette recherche, initialement présentée et analysée par le journaliste scientifique Benjamin Ryan sur son blogue Hazard Ratio, prétend remettre en cause l’un des fondements centraux des approches médicales contemporaines : l’idée selon laquelle les interventions de transition sexuelle amélioreraient la santé mentale des jeunes.
Une étude finlandaise d’envergure fondée sur des données nationales
L’étude en question, intitulée Psychiatric Morbidity Among Adolescents and Young Adults Who Contacted Specialised Gender Identity Services in Finland in 1996–2019, a été menée par une équipe de chercheurs comprenant notamment Sami-Matti Ruuska, Katinka Tuisku, Timo Holttinen et Riittakerttu Kaltiala.
Comme le rapporte Benjamin Ryan dans Hazard Ratio, cette étude repose sur un registre national finlandais couvrant près de 2 100 jeunes âgés de moins de 23 ans ayant consulté des cliniques spécialisées en identité de genre entre 1996 et 2019. Particularité méthodologique majeure : chaque patient a été comparé à plusieurs individus témoins du même âge issus de la population générale, ce qui permet une analyse comparative plus robuste que dans de nombreuses études antérieures.
Les données couvrent une période de suivi moyenne de plus de cinq ans, avec des cas suivis jusqu’à 25 ans — un élément crucial dans un domaine souvent critiqué pour ses horizons temporels trop courts.
Une détérioration marquée des indicateurs psychiatriques
Les résultats indiquent une augmentation significative du recours à des soins psychiatriques spécialisés — utilisés ici comme indicateur de troubles mentaux graves — chez les jeunes ayant entrepris une transition médicale.
Chez les hommes de naissance ayant subi une transition, la proportion ayant recours à ces soins est passée d’environ 10 % avant la transition à 61 % après. Chez les femmes de naissance, cette proportion est passée de 22 % à 55 %. Ces chiffres, souligne Ryan, contredisent directement l’idée d’une amélioration générale de la santé mentale après intervention.
Plus largement, l’étude révèle que les jeunes ayant fréquenté des cliniques de genre présentent, indépendamment de leur parcours de transition, des taux de troubles psychiatriques nettement supérieurs à ceux de la population générale : environ trois fois plus élevés chez les femmes et jusqu’à cinq fois plus élevés chez les hommes.
Une évolution inquiétante depuis les années 2010
Un autre élément central mis en lumière concerne la transformation du profil des patients au fil du temps. Les chercheurs constatent que les jeunes ayant consulté à partir des années 2010 présentent une santé mentale plus fragile que ceux des décennies précédentes.
Les auteurs suggèrent que cette évolution pourrait indiquer que, pour certains adolescents, la dysphorie de genre ne constitue pas un trouble isolé, mais pourrait être secondaire à des problèmes psychologiques plus profonds. Ils écrivent notamment que les troubles mentaux pourraient, dans certains cas, « se manifester sous la forme de préoccupations liées à l’identité de genre ».
Cette hypothèse, bien que controversée, est explicitement formulée dans l’étude elle-même et reprise par Benjamin Ryan dans son analyse.
Le rôle central de la Dre Riittakerttu Kaltiala
Parmi les coautrices, la psychiatre Riittakerttu Kaltiala occupe une place centrale dans l’interprétation des résultats. Ancienne responsable d’une clinique pédiatrique du genre en Finlande, elle est devenue au fil des années une voix critique de ces approches médicales.
Comme le rappelle Ryan, elle a notamment publié en 2023 un texte dans The Free Press affirmant que les soins d’affirmation du genre pouvaient comporter des risques importants. Elle a également contribué à orienter la Finlande vers une approche plus prudente, notamment après des revues systématiques de la littérature scientifique ayant conclu à la faiblesse des preuves en faveur des traitements hormonaux chez les mineurs.
Ces travaux ont mené la Finlande à restreindre l’accès aux interventions médicales pour les jeunes, privilégiant davantage les approches psychothérapeutiques.
Une étude qui nuance sans trancher définitivement
Toutefois, certains commentaires relayés par Tradfem — notamment celui de l’organisation Society for Evidence-Based Gender Medicine et d’autres observateurs — insistent sur une distinction importante : il s’agit d’une étude observationnelle.
Cela signifie qu’elle ne permet pas d’établir une relation de causalité directe entre la transition médicale et la détérioration de la santé mentale. Comme le souligne une analyse citée dans l’article, l’étude démontre surtout que les troubles psychiatriques persistent — voire s’aggravent — dans cette population, sans pouvoir affirmer que les interventions en sont la cause.
En d’autres termes, elle remet en question une vision simplifiée selon laquelle la transition constituerait une solution thérapeutique suffisante, mais ne permet pas de conclure qu’elle serait en elle-même nuisible dans tous les cas.
Une controverse scientifique et politique appelée à s’intensifier
La publication de cette étude intervient dans un climat international déjà marqué par des révisions importantes des politiques de santé publique. Des pays comme la Finlande, la Suède ou le Royaume-Uni ont amorcé un virage vers plus de prudence, en réévaluant les protocoles médicaux appliqués aux mineurs.
Comme le rapporte Tradfem en relayant Benjamin Ryan, cette étude se distingue notamment par la qualité de ses données, la durée de son suivi et l’utilisation de groupes témoins : autant d’éléments qui lui confèrent un poids particulier dans le débat scientifique.
Reste que l’interprétation de ces résultats demeure profondément divisée. Entre ceux qui y voient une remise en cause majeure du paradigme médical actuel et ceux qui appellent à une lecture nuancée, prudente et contextualisée, le débat est loin d’être clos.
Vers une redéfinition du cadre thérapeutique ?
En conclusion, les auteurs de l’étude affirment que les troubles psychiatriques observés chez ces jeunes nécessitent un traitement approprié, indépendamment des questions d’identité de genre. Ils soulignent que les données ne corroborent pas l’idée d’une amélioration systématique de la santé mentale à la suite d’interventions médicales précoces.
Tel que rapporté par Benjamin Ryan dans Hazard Ratio et relayé par Tradfem, cette étude invite ainsi à reconsidérer les fondements empiriques de certaines pratiques médicales, sans pour autant fournir de réponse définitive.
Dans un domaine où les enjeux scientifiques, éthiques et politiques s’entrecroisent, elle constitue néanmoins un jalon important — et probablement un point de bascule — dans l’évolution du débat sur la prise en charge des jeunes confrontés à la dysphorie de genre.



