Alors que le gouvernement fédéral multiplie les engagements pour réduire l’itinérance chronique au Canada, une dépense récente révélée par le Western Standard soulève de sérieuses questions quant à l’utilisation des fonds publics. En pleine crise du logement, près de 1,2 million de dollars auraient été consacrés à un projet artistique dont les résultats demeurent, à ce jour, flous.
Un financement public important pour un projet expérimental
Selon un article publié le 16 avril 2026 par les services de nouvelles du Western Standard, s’appuyant sur des documents obtenus par Blacklock’s Reporter, le ministère fédéral du Logement dirigé par Gregor Robertson a approuvé un financement total de 1 199 921 dollars dans le cadre du programme sur l’itinérance des anciens combattants.
Ce montant a été accordé à l’organisation Egale Canada, un groupe de défense basé à Toronto, pour un projet visant à documenter la réalité des vétérans sans-abri appartenant à des minorités sexuelles à travers une approche artistique fondée sur la photographie.
Des objectifs ambitieux… rapidement compromis
Toujours selon Blacklock’s Reporter, les documents internes révèlent que le projet a connu des difficultés importantes dès ses premières phases. Dans une mise à jour datée du 4 juin, les responsables reconnaissent que la méthode de « photo-élicitation » — consistant à faire produire des images par les participants — « ne s’est pas déroulée comme prévu », certains participants étant mal à l’aise avec l’utilisation d’appareils photo.
Le recrutement lui-même s’est avéré problématique. Initialement, Egale Canada comptait identifier des vétérans itinérants LGBTQ dans plusieurs grandes villes canadiennes, notamment Vancouver, Calgary, Toronto, Ottawa et Halifax. L’objectif était d’impliquer environ 30 participants.
Or, faute de candidats clairement identifiables, le projet a été réduit à deux villes seulement, dont une non divulguée. Plus troublant encore, les documents indiquent explicitement que « la population exacte est inconnue ».
Une répartition des dépenses qui interroge
Le détail du budget soulève également des interrogations. Sur les quelque 1,2 million de dollars alloués, plus de 1,1 million auraient été consacrés à la rémunération des cadres et du personnel impliqué dans le projet, selon les informations rapportées par le Western Standard.
Les autres dépenses incluent :
- 6 050 $ pour des caméras,
- 2 800 $ pour des ordinateurs portables,
- 13 330 $ en frais de déplacement,
- 43 400 $ en honoraires de conférenciers,
- 30 500 $ pour la promotion.
Le cœur du projet consistait à distribuer des appareils photo aux participants afin qu’ils capturent des images de leur quotidien, lesquelles devaient ensuite être présentées dans une exposition publique accompagnée de témoignages écrits.
Une définition élargie du « chez-soi »
Dans sa proposition initiale, Egale Canada adoptait une définition très large du concept de « maison », incluant non seulement des espaces physiques, mais aussi des souvenirs, des sensations ou des environnements familiers.
Les participants étaient invités à photographier les lieux où ils dorment, mangent ou passent du temps, dans une optique de sensibilisation et de plaidoyer.
Le projet visait officiellement à « identifier les besoins et les défis » des vétérans LGBTQ en situation d’itinérance, et à appuyer des efforts de représentation politique à partir des résultats obtenus.
Une pertinence contestée face aux objectifs gouvernementaux
Cependant, comme le souligne Western Standard, les documents ne précisent pas en quoi ce projet artistique contribue concrètement à l’objectif fédéral de réduire de 50 % l’itinérance chronique d’ici 2028.
Selon des données fédérales distinctes, environ 2 000 anciens combattants seraient actuellement en situation d’itinérance au Canada. Par ailleurs, *Statistics Canada estime qu’environ 4 % de la population s’identifie comme homosexuelle ou lesbienne, et 0,24 % comme transgenre ou non binaire — sans qu’il existe de données précises sur ces proportions au sein des vétérans itinérants.
Une controverse symptomatique
Ce dossier met en lumière une tension croissante entre les objectifs déclarés des politiques publiques et les moyens employés pour les atteindre. L’utilisation de fonds publics pour des projets à vocation artistique, surtout lorsqu’ils peinent à démontrer leur efficacité ou même à identifier leur population cible, risque d’alimenter le scepticisme d’une partie de la population.
En relayant ces informations, le Western Standard, sur la base des révélations de Blacklock’s Reporter, pose une question de fond : dans un contexte de crise du logement persistante, les priorités budgétaires du gouvernement fédéral sont-elles réellement alignées avec les besoins les plus urgents?



