Alors que le discours politique fédéral met de plus en plus l’accent sur « l’abordabilité », une nouvelle pression sur le coût de la vie continue de s’installer à bas bruit. Loin des débats parlementaires et des annonces budgétaires visibles, certains mécanismes réglementaires produisent des effets bien réels sur le portefeuille des Canadiens. C’est précisément ce que dénonce la Fédération canadienne des contribuables, qui accuse Ottawa d’imposer une taxe carbone déguisée sur l’essence et le diesel, sans transparence et sans compensation.
Une taxe indirecte, mais bien réelle
Dans un communiqué publié le 15 janvier 2026, Franco Terrazzano, directeur fédéral de la Fédération canadienne des contribuables, affirme que les règles fédérales sur les carburants introduisent une taxe carbone cachée pouvant atteindre sept cents le litre d’essence dès 2026. Contrairement à la taxe carbone explicite, celle-ci n’apparaît pas clairement sur les factures et ne s’accompagne d’aucun mécanisme de remboursement pour les ménages.
Selon Terrazzano, ces règles — entrées en vigueur le 1er juillet 2023 — obligent les producteurs de carburants à réduire le contenu carbone de leurs produits. Lorsqu’ils n’y parviennent pas, ils doivent acheter des crédits de conformité, un coût supplémentaire qui est ensuite refilé directement aux consommateurs à la pompe.
« Les taxes carbone rendent la vie plus chère, nuisent à l’économie canadienne et ne fonctionnent pas », soutient Franco Terrazzano, ajoutant que cette taxe cachée coûtera des centaines de dollars par famille et creusera un trou de plusieurs milliards de dollars dans l’économie canadienne.
Les chiffres du directeur parlementaire du budget
La Fédération canadienne des contribuables appuie ses affirmations sur des analyses du Directeur parlementaire du budget (DPB). Selon ces données, la taxe carbone dissimulée représentera jusqu’à sept cents par litre d’essence en 2026, et jusqu’à 17 cents par litre lorsque le régime sera pleinement déployé en 2030.
Toujours selon le DPB, le coût total pour les ménages canadiens varierait, à l’horizon 2030, entre 384 $ et 1 157 $ par année, selon la province de résidence. À l’échelle macroéconomique, les documents gouvernementaux cités estiment que ces mesures pourraient retrancher jusqu’à 9 milliards de dollars à l’économie canadienne d’ici 2030.
Un impact socialement régressif
Un autre élément central soulevé par le communiqué concerne la nature régressive de cette taxe carbone indirecte. Le Directeur parlementaire du budget reconnaît explicitement que les ménages à plus faible revenu sont les plus durement touchés, puisqu’ils consacrent une part plus importante de leur budget au transport et aux biens à forte intensité énergétique.
Le DPB note ainsi que les ménages moins nantis disposent de beaucoup moins de marge de manœuvre pour absorber ces hausses de coûts, ce qui accentue les inégalités économiques sous couvert de politiques climatiques.
Une efficacité climatique contestée
Au-delà de l’impact économique, la Fédération canadienne des contribuables remet également en question la pertinence environnementale de ces mesures. Le Directeur parlementaire du budget souligne en effet que les émissions du Canada, à elles seules, ne sont pas suffisamment élevées pour avoir un impact matériel sur les changements climatiques à l’échelle mondiale.
Cet argument alimente une critique plus large : Ottawa impose des coûts économiques importants à ses citoyens, sans garantie d’un bénéfice environnemental proportionnel, dans un contexte où les grandes puissances émettrices continuent d’augmenter leurs émissions.
Une pression directe sur Mark Carney
Dans ce contexte, la Fédération canadienne des contribuables interpelle directement le premier ministre Mark Carney, l’appelant à abolir non seulement cette taxe carbone dissimulée, mais l’ensemble des mécanismes de tarification du carbone.
« Carney devrait rendre la vie plus abordable et relancer l’économie en mettant fin à toutes les taxes carbone », affirme Franco Terrazzano.
Cette sortie s’inscrit dans une contestation plus large des politiques climatiques fédérales, accusées de sacrifier l’abordabilité, la compétitivité économique et la transparence fiscale au profit d’objectifs idéologiques dont l’efficacité réelle demeure, selon leurs détracteurs, hautement discutable.



