Visas étudiants : un système sous pression, des failles majeures révélées par la vérificatrice générale

Alors que le Canada tente de reprendre le contrôle de ses seuils d’immigration temporaire, un nouveau rapport de la vérificatrice générale vient jeter une lumière crue sur les failles du Programme des étudiants étrangers. Derrière les discours de réforme et de rationalisation, l’audit révèle un système débordé, mal contrôlé et, dans certains cas, tout simplement ignoré par l’administration fédérale.

Karen Hogan conclut que le ministère de l’Immigration n’a ni les ressources ni les mécanismes nécessaires pour assurer l’intégrité du programme — un constat lourd de conséquences.

Des dizaines de milliers de cas à risque… largement ignorés

Le rapport met en évidence une donnée frappante : entre 2023 et 2024, environ 150 000 dossiers ont été signalés comme potentiellement problématiques, notamment parce que les étudiants concernés ne fréquentaient pas l’établissement indiqué sur leur permis.

Or, comme le rapporte Radio-Canada, seulement 4 000 enquêtes ont été lancées sur ces cas — soit une infime proportion. Pire encore, près de 40 % de ces enquêtes sont restées sans conclusion, faute de réponse des étudiants concernés.

Le problème est structurel : le ministère affirme ne disposer des ressources nécessaires que pour environ 2 000 enquêtes par année jusqu’en 2028.

Le rapport officiel confirme ce déséquilibre majeur entre les risques identifiés et la capacité réelle d’intervention. Plus de 153 000 cas de non-conformité potentielle ont été recensés, sans que le système puisse suivre adéquatement .

Fraude documentée… mais sans conséquences

L’un des constats les plus préoccupants concerne la gestion des fraudes.

La vérificatrice générale a identifié 800 cas de permis d’études obtenus à l’aide de documents frauduleux ou d’informations erronées entre 2018 et 2023. Pourtant, aucune mesure concrète n’a été prise dans ces dossiers.

Comme le souligne Karen Hogan dans le rapport, ces cas avaient pourtant été identifiés par les propres outils d’évaluation des risques du ministère — sans qu’il y ait de suivi.

Conséquence directe : 92 % de ces individus ont ensuite fait une nouvelle demande d’immigration et plusieurs ont été approuvés, y compris pour la résidence permanente.

Le rapport note explicitement que l’absence d’intervention signifie qu’aucun signal d’alerte n’était inscrit dans leur dossier, compromettant ainsi l’ensemble du système d’immigration .

Un système incapable de suivre les étudiants… ni leur départ

Autre faille majeure : le Canada ne sait tout simplement pas si une grande partie des étudiants étrangers quittent le pays à l’expiration de leur permis.

Sur les 549 000 permis arrivant à échéance en 2024, 93 % des titulaires ont été autorisés à rester et seulement 16 000 départs ont pu être confirmés.

Ce manque de suivi s’ajoute à une autre faiblesse : le ministère est incapable de confirmer efficacement si les étudiants respectent réellement les conditions de leur permis une fois au Canada.

Le rapport souligne que même lorsque des établissements signalent des cas de non-conformité, les enquêtes sont rares et souvent abandonnées faute de réponse .

Des réformes amorcées… mais encore largement incomplètes

Face à ces constats, la ministre de l’Immigration Lena Diab a affirmé, selon Radio-Canada, que le rapport constitue un « aperçu préliminaire » d’un plan de réforme sur plusieurs années.

Parmi les mesures envisagées : centralisation des enquêtes, amélioration du partage d’information avec l’Agence des services frontaliers et plafonnement des visas étudiants.

Cependant, le rapport lui-même nuance fortement cette approche.

Il reconnaît que certaines mesures ont été mises en place — notamment un système de vérification des lettres d’acceptation — mais souligne que les problèmes fondamentaux d’intégrité persistent, notamment en matière de suivi des fraudes et de contrôle post-arrivée .

Un déséquilibre profond entre ouverture et contrôle

Au-delà des chiffres, ce rapport met en lumière une tension plus large dans la politique d’immigration canadienne.

D’un côté, le Canada a activement encouragé l’arrivée d’étudiants étrangers comme voie d’accès à la résidence permanente, ce qui a entraîné une explosion des demandes (+121 % entre 2019 et 2023) .

De l’autre, les mécanismes de contrôle n’ont pas suivi.

Résultat : un système débordé, des fraudes non traitées, un suivi administratif incomplet et une perte de visibilité sur le statut réel de dizaines de milliers de personnes.

Une crise de confiance en gestation

La critique ne vient pas seulement de la vérificatrice générale. Comme le rapporte Radio-Canada, la députée conservatrice Michelle Rempel Garner estime que les réponses du gouvernement risquent de miner la confiance du public.

Et c’est bien là l’enjeu central.

Car au-delà des débats politiques, ce rapport soulève une question fondamentale : le Canada est-il encore capable de gérer efficacement les flux migratoires qu’il a lui-même encouragés?

À défaut de réponse claire, le risque est double : une érosion de la crédibilité du système et une polarisation accrue du débat public autour de l’immigration

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