«Critiques à courte vue» : le Globe and Mail pourfend les opposants aux oléoducs

Un récent éditorial du Globe and Mail, publié par son conseil éditorial, prend à partie les critiques de nouveaux projets de pipelines, et en particulier deux figures politiques connues pour leur opposition de longue date à l’industrie pétrolière : le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, et l’ex-ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, aujourd’hui ministre du Patrimoine. L’argumentaire développé dans ce texte se veut un plaidoyer en faveur d’une vision pragmatique, à long terme, du développement énergétique canadien, que ses auteurs estiment mise en péril par une opposition idéologique déguisée sous des arguments techniques.

Une lecture faussée de la capacité actuelle

Selon les déclarations récentes de Guilbeault et Eby, il ne serait pas nécessaire de construire une nouvelle infrastructure, tant que les pipelines existants ne sont pas utilisés à pleine capacité. Guilbeault affirmait en mai que le Canada devrait « maximiser l’usage des infrastructures existantes » avant d’envisager d’en construire d’autres. Le Globe qualifie cette position de « disingenuous » — autrement dit, malhonnête — en soulignant que ces deux politiciens sont depuis longtemps des opposants farouches à l’expansion pétrolière.

Les chiffres, eux, contredisent cette posture, note le journal. L’expansion de Trans Mountain, pourtant toute récente, fonctionne déjà à 85-90 % de sa capacité, à peine un an après la première expédition de pétrole vers la Chine. De plus, l’agence S&P Global a révisé à la hausse, à quatre reprises, ses prévisions de production des sables bitumineux. Elle estime maintenant que la capacité des pipelines canadiens sera atteinte d’ici 2030.

Le journal insiste : une infrastructure énergétique d’envergure nécessite des années de planification, de financement et de construction. Ainsi, même dans le scénario optimiste d’un projet lancé dès cet été, les retombées ne se feraient sentir qu’en 2030 – soit exactement au moment où le réseau actuel atteindrait sa limite. Tarder à agir signifie risquer de bloquer les exportations, avec à la clé des revenus perdus, une baisse du prix du pétrole canadien sur les marchés mondiaux et un ralentissement de la croissance économique nationale.

Le pragmatisme économique contre l’idéologie verte

Le Globe and Mail souligne aussi qu’il n’existe aucun projet public de subvention fédérale à un nouveau pipeline, contrairement à ce qu’insinuent certains détracteurs. L’Alberta, pour sa part, propose une solution de compromis en offrant des ententes de redevances en nature — c’est-à-dire en acceptant du pétrole au lieu de paiements monétaires — pour sécuriser les investissements privés dans un nouveau projet. La première ministre Danielle Smith a même laissé entendre qu’un projet privé pourrait être soumis « très bientôt ».

Un autre argument avancé par les critiques consiste à affirmer que la demande mondiale de pétrole est en déclin structurel, et qu’un nouveau pipeline deviendrait un actif échoué. Le Globe rejette cette thèse, citant les données de BMO Marchés des capitaux, selon lesquelles les projets des sables bitumineux canadiens sont rentables dès 50 dollars américains le baril — un seuil de rentabilité compétitif, même dans un contexte de volatilité. Comparés à d’autres producteurs majeurs qui, selon l’IEA ou l’OPEP, voient leur production décliner structurellement, les sables bitumineux offrent une stabilité attrayante pour les investisseurs.

La lenteur réglementaire et le test du Building Canada Act

L’éditorial note que l’un des rares motifs d’espoir réside dans la récente déclaration de Mark Carney. Le nouveau premier ministre, dans un geste interprété comme favorable à l’industrie, a affirmé qu’un projet de pipeline aurait de « très fortes chances » d’être priorisé dans le cadre de son Building Canada Act, une réforme destinée à accélérer les processus réglementaires pour les projets stratégiques. Mais là encore, l’échéancier demeure serré : comme le souligne Heather Exner-Pirot du Macdonald-Laurier Institute, même avec un traitement prioritaire, le projet le plus rapide ne pourrait entrer en service qu’en 2030, « tout juste à temps ».

Autrement dit, il faut agir maintenant, insiste le Globe and Mail, pour éviter les erreurs passées : le sous-investissement, les hésitations politiques, les tergiversations réglementaires. Car chaque année sans nouveau pipeline constitue, selon l’éditorial, un échec politique et économique. Cela expose le pays aux pressions américaines, limite les marges de manœuvre commerciales, et nuit au développement de l’Ouest canadien – y compris la Colombie-Britannique, que M. Eby prétend protéger.

Une ambition bridée par la peur

La conclusion de l’éditorial du Globe and Mail est cinglante : « Les opposants aux pipelines exploitent le manque endémique d’ambition du Canada. » Le journal dénonce un climat politique dans lequel les décisions stratégiques sont paralysées par des considérations électoralistes, idéologiques ou simplement par peur du risque. Pourtant, rappelle-t-il, ce sont les investisseurs qui doivent juger de la rentabilité d’un projet, et non des politiciens soucieux de plaire à des minorités militantes.

La rhétorique sur « l’ici et maintenant » de David Eby, conclut le Globe, illustre cette myopie collective : une incapacité à anticiper les besoins futurs et à penser l’avenir énergétique avec sérieux. Dans un monde en mutation rapide, ce refus de voir loin devient un luxe que le Canada ne peut plus se permettre.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine