De McGill à Pékin : faut-il vraiment écouter des experts qui admirent la dictature chinoise?

Il faut vraiment avoir perdu tout bon sens pour publier, comme l’ont fait Julian Karaguesian et Robin Shaban dans The Globe and Mail, un appel aussi naïf que dangereux à forger des liens plus étroits avec la Chine communiste, sous prétexte de desserrer l’étreinte de Washington. Intitulé “Let’s free ourselves of the U.S. and forge closer ties with China”, cet article d’opinion frise l’aveuglement idéologique — voire, selon certains, le sabotage intellectuel volontaire. L’idée qu’un partenariat renforcé avec un régime autoritaire, expansionniste et profondément hostile aux valeurs démocratiques puisse garantir la « souveraineté » économique du Canada est non seulement erronée, mais relève d’un aveuglement politique suicidaire.

Une vision perverse de la souveraineté

Selon Karaguesian, ex-conseiller au ministère des Finances, et Shaban, « experte » en politiques publiques, le principal obstacle à la prospérité canadienne serait notre alignement stratégique avec les États-Unis. Ils reprochent à Washington de nous traiter en « subordonné » et proposent, comme solution, un rapprochement économique et technologique avec Pékin. Autrement dit : comme les États-Unis nous imposeraient leur agenda, troquons notre allégeance pour un régime qui ne cache même pas ses ambitions totalitaires et impérialistes.

Ils accusent le gouvernement canadien d’être prisonnier d’une vision « atlantiste » dépassée, alors que la Chine, selon eux, serait un partenaire fiable, innovant, porteur d’un avenir plus radieux. Que la République populaire de Chine soit gouvernée d’une main de fer par le Parti communiste, qu’elle procède à la surveillance de masse de sa population, qu’elle ait érigé des camps d’internement pour les Ouïghours, qu’elle musèle toute opposition politique, qu’elle annexe militairement la mer de Chine ou menace Taïwan : tout cela semble secondaire aux yeux de ces deux auteurs.

La Chine, vraiment un partenaire « souverain »?

Affirmer que la Chine est un partenaire commercial neutre et utile pour le Canada revient à ignorer toute la logique du régime. Le PCC n’a jamais séparé commerce et politique. Il utilise les relations économiques comme levier stratégique, ce que démontrent amplement les représailles imposées au Canada après l’arrestation de Meng Wanzhou, puis les sanctions contre les exportations agricoles après le bannissement de Huawei.

Plus encore, la Chine ne cherche pas simplement à commercer — elle infiltre, espionne, achète le silence et s’ingère directement dans nos institutions. Les révélations sur l’ingérence chinoise dans nos élections, la surveillance des diasporas, la pression sur les universités canadiennes, les postes de police clandestins opérés sur notre territoire : voilà les vraies menaces à notre souveraineté.

Fausse équivalence et relativisme moral

Karaguesian et Shaban prétendent que nos critiques envers la Chine relèveraient d’un « narratif fabriqué à Washington ». Ils osent comparer la démocratie libérale américaine, même dysfonctionnelle, à un régime autoritaire à parti unique. Ils relativisent les valeurs fondamentales de la démocratie en comparant la Chine au Japon ou à l’Arabie saoudite — des États très différents dans leur nature politique, mais qui n’ont ni l’ambition impérialiste de Pékin ni son arsenal de subversion mondiale.

Le plus cynique, c’est l’invocation de Jeffrey Sachs — universitaire notoirement indulgent envers les régimes autoritaires et dont les positions font rarement l’unanimité en matière de droits de la personne — pour justifier un réalignement stratégique. Ce « multipolarisme » n’est qu’un euphémisme pour désigner une abdication volontaire de nos alliances fondées sur des principes pour les remplacer par des partenariats dictés par la realpolitik économique.

L’innovation n’est pas un transfert de dépendance

Oui, le Canada doit diversifier ses marchés, améliorer sa productivité, et briser sa dépendance univoque envers les États-Unis. Mais cela ne veut pas dire courir dans les bras du rival géopolitique et moral de l’Occident. L’innovation technologique chinoise est elle-même compromise par le contrôle étatique, la répression de la pensée libre, la censure algorithmique, et l’espionnage industriel. Croire que nous pouvons en bénéficier sans en subir les contreparties — dépendance stratégique, compromission éthique, pertes de contrôle technologique — est tout simplement irréaliste.

Une ligne rouge franchie

En suggérant que le principal obstacle à la souveraineté canadienne serait les États-Unis — et non l’État chinois qui infiltre nos institutions, intimide nos élus et méprise nos valeurs — Karaguesian et Shaban franchissent une ligne dangereuse. Ils ne se contentent pas de proposer une alternative commerciale ; ils proposent un renversement des fondements géopolitiques, moraux et civilisationnels du Canada moderne.

Il est légitime de débattre de notre rapport à Washington. Mais appeler à se rapprocher stratégiquement de Pékin, dans le contexte actuel, n’est pas seulement une erreur d’analyse : c’est une faute politique grave. C’est offrir à un régime dictatorial un blanc-seing sur notre avenir économique, technologique et culturel. C’est trahir l’intérêt national sous couvert d’indépendance.

Il est temps que les experts autoproclamés sortent de leur tour d’ivoire universitaire ou de leur cabinet de consultants et prennent la mesure du réel. L’avenir du Canada ne passe pas par la Chine de Xi Jinping. Il passe par un renforcement de nos alliances occidentales, une diversification saine vers des démocraties crédibles, et une réaffirmation de nos valeurs fondamentales. Toute autre voie est non seulement illusoire, mais périlleuse.

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