Deuxième naufrage en une semaine : les Houthis frappent encore un navire commercial en mer Rouge

La mer Rouge est à nouveau le théâtre d’une escalade dramatique, alors que le navire marchand Eternity C a sombré mercredi après une attaque prolongée des rebelles houthis. Ce deuxième naufrage en une semaine soulève de vives inquiétudes quant à la sécurité maritime sur l’une des voies commerciales les plus stratégiques au monde.

Selon les informations rapportées par Mostafa Salem pour CNN, dix membres d’équipage ont été secourus au total, alors que quatre personnes ont péri et plusieurs autres auraient été enlevées par les assaillants. Le groupe rebelle, soutenu par l’Iran et contrôlant une grande partie du territoire yéménite, a revendiqué l’attaque dans un communiqué publié mercredi, affirmant avoir utilisé un bateau sans pilote ainsi que six missiles de croisière et balistiques pour couler le navire.

L’Eternity C, un transporteur de vrac sec battant pavillon libérien mais exploité par une compagnie grecque, faisait route en direction du port israélien d’Eilat selon les Houthis — une justification fréquemment invoquée par ces derniers pour cibler des navires qu’ils considèrent comme liés à Israël. Le groupe rebelle a assuré avoir « secouru » une partie de l’équipage et leur avoir fourni des soins médicaux, avant de les transférer dans un lieu inconnu. Or, l’Union européenne et les États-Unis considèrent ce transfert comme un enlèvement pur et simple et réclament la libération immédiate des otages.

L’Opération Aspides, mission de sécurité maritime de l’UE dans la région, a coordonné les efforts de sauvetage. Quatre survivants ont été repêchés durant la nuit, dont trois marins philippins et un agent grec de sécurité maritime, tandis que six autres avaient été récupérés la veille. Au total, 25 personnes se trouvaient à bord du navire au moment de l’attaque.

Le naufrage de l’Eternity C survient à peine quelques jours après celui du Magic Seas, également ciblé par les Houthis dimanche. Ce dernier, également un cargo grec sous pavillon libérien, avait été contraint d’abandonner son équipage en mer après une attaque.

Des vidéos publiées par les rebelles montrent le navire en train de sombrer, gravement endommagé par les tirs. On y entend également des communications radio dans lesquelles les Houthis promettent la sécurité aux marins — promesse trahie par les suites de l’incident. Selon l’agence britannique UKMTO (United Kingdom Maritime Trade Operations), l’Eternity C avait subi plusieurs jours de harcèlement avec des lance-roquettes tirés depuis des embarcations légères avant d’être coulé mercredi matin.

Ces attaques récentes marquent un tournant dans la stratégie militaire des Houthis, qui avaient annoncé en mai la fin des assauts directs contre les navires militaires américains après une campagne aérienne intense des forces US. Mais l’absence d’un engagement similaire concernant les navires commerciaux continue d’alimenter la menace. Le groupe yéménite a d’ailleurs réitéré sa volonté de poursuivre les hostilités « jusqu’à la fin de l’agression contre Gaza et la levée du blocus ».

Les implications de ces événements dépassent la seule région du Proche-Orient : la mer Rouge est un passage vital du commerce mondial, reliant la Méditerranée à l’océan Indien via le canal de Suez. Une recrudescence des attaques dans cette zone pourrait engendrer un chaos logistique d’envergure et pousser les armateurs à emprunter des itinéraires beaucoup plus longs et coûteux.

Le reportage de CNN, souligne la gravité de cette nouvelle escalade dans un conflit régional aux ramifications géopolitiques majeures. Les marines occidentales, bien que présentes dans la région, peinent à contenir cette guerre asymétrique contre des groupes paramilitaires qui utilisent les tactiques de guérilla maritime pour perturber le commerce mondial.

La question qui se pose désormais est de savoir si les grandes puissances laisseront le détroit de Bab el-Mandeb glisser dans une insécurité chronique, ou si une réponse multilatérale plus robuste verra le jour pour garantir la liberté de navigation — au risque d’une confrontation directe avec les parrains iraniens du mouvement houthi.

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