Du “microlooting” à Montréal : la gauche veut désormais normaliser le vol

MONTRÉAL — Une boulangerie de quartier transformée en symbole à abattre. Voilà où en est rendu un certain militantisme contemporain.

Vendredi matin, à l’occasion du 1er mai, une dizaine d’individus masqués ont fait irruption dans une succursale de Mamie Clafoutis, sur la rue Saint-Denis, remplissant leurs sacs de produits avant de quitter les lieux sans payer. L’action, organisée et assumée, a été revendiquée par un collectif anticapitaliste dénonçant le système de paiement automatisé de l’entreprise, rapporte l’Agence QMI.

Selon les informations rapportées, les militants visaient spécifiquement l’intégration du système « Scan & Go » développé en partenariat avec la firme technologique Leav, qu’ils associent à une forme de surveillance commerciale. Dans leur communiqué, ils parlent de « vols politiques » et appellent à reproduire ce type d’actions.

Autrement dit : le geste n’est ni spontané, ni marginal. Il est réfléchi, théorisé — et revendiqué.

Une cible absurde

Ce qui frappe d’abord, c’est l’incohérence — voire l’absurdité — du symbole choisi. Mamie Clafoutis n’est ni une multinationale, ni un géant technologique. C’est une PME québécoise, qui emploie des travailleurs locaux, s’approvisionne en produits d’ici et opère dans un modèle artisanal. « On n’est pas Amazon », a d’ailleurs rappelé le propriétaire Nicolas Delourmel, cité par QMI.

Mais dans la logique militante actuelle, cette distinction semble désormais secondaire. Il ne s’agit plus de s’attaquer à des structures de pouvoir clairement identifiées, mais à tout ce qui incarne — de près ou de loin — une forme d’organisation économique jugée illégitime.

Même une boulangerie de quartier.

Du militantisme… au vocabulaire de contournement

Ce qui rend la situation encore plus troublante, c’est le discours qui accompagne ces actions.

Au Québec, des groupes comme les « Robins des ruelles » parlent désormais ouvertement de « vols politiques », qu’ils justifient comme une réponse à un système économique qu’ils jugent oppressif, rapporte La Presse.

Aux États-Unis, au même moment, une tendance similaire émerge dans le discours médiatique et militant. Comme le rapporte Christian Schneider dans National Review, certaines figures de la gauche radicale comme Hasan Piker popularisent le terme « microlooting » — littéralement, un « petit pillage » — pour désigner des vols à petite échelle dans les commerces.

L’objectif est transparent : atténuer la charge morale du geste par le langage.

On ne parle plus de vol. On parle d’un geste politique, d’un acte de redistribution, voire d’une forme de justice sociale.

Une logique aux conséquences bien réelles

Mais derrière ces constructions idéologiques, les conséquences sont, elles, parfaitement concrètes. Car ce type d’actions ne frappe pas « le système » de manière abstraite. Il frappe des commerces réels, avec des marges réelles, dans des quartiers réels.

Et la réponse est prévisible :

D’abord, une hausse des coûts. Plus de vols signifie plus de pertes, mais aussi plus de dépenses en sécurité : caméras, agents, systèmes de contrôle. Ces coûts ne disparaissent pas — ils sont répercutés sur les prix.

Ensuite, une transformation du tissu commercial. Dans les zones où les pertes deviennent trop élevées, certains commerces finissent simplement par fermer.

C’est un phénomène déjà observé dans plusieurs villes américaines, où la multiplication des vols à répétition a contribué à la fermeture de magasins, notamment dans certains quartiers plus vulnérables.

Le résultat est paradoxal : au nom de la lutte contre un système jugé injuste, on contribue à créer des « déserts » commerciaux — moins d’épiceries, moins de pharmacies, moins d’accès aux biens essentiels. Et ce sont souvent les populations les plus modestes qui en subissent directement les conséquences.

Une dérive assumée

Le plus frappant, au fond, n’est pas tant l’existence de ces gestes que leur normalisation progressive. Nous ne sommes plus dans un débordement ponctuel ou une dérive marginale. Nous sommes face à une tentative de redéfinition morale : faire du vol non plus une faute, mais un outil légitime de contestation.

Une tentative qui passe par le langage, par la théorie — et désormais, par l’action directe.

Robin des Bois… vraiment?

Les militants aiment invoquer la figure de Robin des Bois pour se donner bonne conscience.

Sauf que l’image est complètement déformée.

Robin des Bois ne se promenait pas à voler des commerces locaux au hasard. Il ne vidait pas les étagères d’artisans ou de petites entreprises pour “redistribuer”. Il s’attaquait à un pouvoir central — le shérif et, derrière lui, la couronne — qui pressurait les gens avec des taxes abusives.

Autrement dit, dans un langage moderne : il se révoltait contre des impôts trop élevés, pas «aux riches» ou à leur propriété privée.

Ce qu’on voit ici, c’est exactement l’inverse. On ne vole pas l’État. On ne vole pas une élite abstraite. On vole des travailleurs, des employés, des propriétaires de PME — bref, du monde ordinaire qui se lèvent tôt pour gagner leur vie.

Appeler ça du “Robin des Bois”, c’est non seulement faux, c’est une tentative grossière de maquiller un geste banal : du vol.

Appelons les choses par leur nom

Il faut arrêter de tourner autour du pot. Ce qui s’est produit à Montréal — comme dans les autres cas revendiqués — n’est pas du militantisme. Ce n’est pas une “action politique”. Ce n’est pas une “redistribution”.

C’est un cambriolage.

Et surtout, c’est un cambriolage revendiqué, assumé et théorisé. La tentative actuelle n’est pas seulement de poser ces gestes, mais de les normaliser — de les rendre acceptables, presque vertueux, par le langage et par l’idéologie.

Or, une société qui commence à tolérer ce genre de logique s’engage sur une pente dangereuse. Parce qu’une fois que le vol devient une opinion, qu’est-ce qui reste comme règle commune?

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