Blake Fontenay, éditorialiste chez USA Today et publié sur Yahoo, explique dans sa chronique que la suite tant attendue de Happy Gilmore fonctionne précisément parce qu’elle réussit un rare tour de force dans l’industrie du divertissement contemporain : parler à la fois à la gauche progressiste et à la droite populiste.
Fontenay commence par rappeler que tirer trop de sens caché d’un film d’Adam Sandler est risqué. L’humoriste devenu acteur n’est pas réputé pour son engagement dans de profondes réflexions sociales, mais plutôt pour ses blagues potaches et son humour décalé. Toutefois, selon Fontenay, Happy Gilmore, sorti il y a près de 30 ans, faisait figure d’exception, et sa suite, diffusée depuis le 25 juillet 2025 sur Netflix, poursuit dans cette veine.
Le premier film mettait en scène Happy Gilmore, un joueur de hockey raté reconverti en golfeur atypique. Il y brisait les codes rigides du golf professionnel et s’en prenait aux figures de l’autorité. Pour Fontenay, cette posture en faisait déjà un héros populaire avant l’ère Trump, un homme impulsif et bagarreur, anti-élite, qui défiait ouvertement les conventions. « Happy faisait ce que beaucoup aimeraient faire », écrit-il.
Mais ce n’est pas tout. L’auteur souligne que le personnage de Happy comportait aussi un versant étonnamment inclusif. Il est entouré d’un mentor afro-américain, d’un caddy sans-abri, d’une femme forte et compétente comme intérêt amoureux, et il prend soin de sa grand-mère. « Happy semble voir la valeur des gens, peu importe leur statut social, leur genre ou leur couleur de peau », note Fontenay. Ce double portrait – viril, rebelle, mais aussi bienveillant – lui permettait d’être adopté à la fois par des conservateurs et des progressistes.
Dans Happy Gilmore 2, Sandler reprend son rôle, désormais plus âgé, mais toujours aussi brutal et impulsif. Il vit avec l’ex-golfeur John Daly, véritable partisan de Trump dans la vie réelle, ce qui renforce le clin d’œil au public de droite. Ses fils, tous travailleurs manuels, rejettent les élites et clament que « l’argent, c’est pour les snobs ». Pourtant, le film ne se prive pas d’éléments qui séduiront les libéraux : son nouveau caddy est incarné par Bad Bunny, chanteur engagé aux côtés de Kamala Harris, et ses alliés comprennent notamment le fils de son ancien mentor noir ainsi qu’une femme transgenre.
Plus surprenant encore, Happy passe une grande partie du film à tenter de faire admettre sa fille à une école de ballet à Paris, défendant au passage certaines traditions qu’il méprisait autrefois. Pour Fontenay, cette complexité est ce qui rend le film si efficace dans notre époque polarisée : « Que vous soyez de gauche ou de droite, il n’est pas difficile de trouver chez Happy des traits qui correspondent à votre vision du monde. »
En somme, Happy Gilmore 2 semble avoir été conçu – intentionnellement ou non – comme un miroir aux multiples facettes où chacun peut se reconnaître. C’est peut-être pour cela que, malgré la distance temporelle, Hollywood a jugé bon de ressusciter ce personnage atypique.



